Samedi 4 juin 2016
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Soirmagazine : ATTITUDES
Charbons ardents


Par Naïma Yachir
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Safia pousse un grand ouf de soulagement. Finis le stress du bac, les révisions, les veillées jusqu'à quatre heures du matin. L’horreur, quoi. Après de dures journées d’épreuves, elle a besoin de calme, de repos et d’une bonne cure de sommeil bien méritée. L’angoisse de l’examen, il faut le dire, elle n’était pas la seule à l’avoir vécue. Sa maman a partagé tous ses moments de crise quand, à quelques heures du jour J, Safia éclate en sanglots. Elle a l’impression de n’avoir rien retenu de tout ce qu’elle a potassé.
A présent que tout est fini, elle ne veut plus voir ni stylo ni feuille. Elle veut être loin de cette ambiance angoissante. Mais déjà une étape plus difficile se prépare pour elle. Le stress des résultats : la panique. «J’ai l’impression que c’est pire que les révisions. Au moins à cette période, on avait encore la chance de revoir les leçons. Maintenant c’est le point de non-retour. Il n’y a plus rien à faire.» Cette envie de s’éclater, d’oublier l’examen, a vite disparu. Safia déprime du coup. Elle ne mange plus, le sourire a disparu de ses lèvres, elle revoit ses brouillons qu’elle a précieusement gardés et s’affole. Elle est convaincue qu’elle a tout faux. Sa maman la raisonne.
- Mais ma fille tu les as revus plus de cent fois avec ta camarade et tu as répondu juste.
- Maman, je n’en suis plus aussi sûre.
- Tu te fais du mourron pour rien. Tu es une bonne élève, il n’y a aucune raison pour que tu ne décroches pas ton examen.
- Ce n’est pas une règle. Il y a des élèves excellents qui n’ont pas réussi. C’est ce qui me fait peur.
- Arrête de t’inquiéter.
La mère est triste pour sa fille. «Il y a des moments où je me dis qu’on devrait supprimer ces examens, c’est une torture pour les enfants, les parents et toute la famille. Tout a été chamboulé à l’approche du jour J. L’ambiance à la maison était électrique, parfois sinistre. Nous vivions sous forte pression. Safia, d’habitude calme, est devenue nerveuse, elle s’irritait pour des broutilles. Son frère aîné a carrément déserté la maison. Il est allé se réfugier chez sa grand-mère, le temps des épreuves. Meriem, la benjamine de six ans et demi, a reçu des instructions strictes, elle ne devait pas broncher et surtout ne pas se faire entendre. Safia et sa camarade s’enfermaient dans une pièce réquisitionnée pour la circonstance.
Elles n’en sortiront que pour avaler les repas que je préparais avec tout mon amour pour elle. La pauvre, elle n’en prenait que quelques bouchées. Je me souviens, elle avait pleuré les larmes de son corps, lorsque ses tantes et ses cousines étaient venues la voir la veille, histoire de lui remonter le moral. Pour elle c’était pousser davantage la pression. Elle s’est enfermée dans sa chambre et a refusé d’en sortir. Je ne savais pas où me mettre. J’étais dans mes petits souliers. En fait, moi aussi j’ai craqué et je ne voulais pas le montrer à Safia, mais j’avais l’impression que c’est moi qui passait l’examen.Le pire est à venir : l’attente des résultats».
Elle se fera, sans nul doute, sur des charbons ardents.

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