Samedi 4 juin 2016
Accueil | Edition du jour
 
Actualités
Périscoop
Régions
Sports
Femme magazine
Le soir numérique & Sat
Culture
Lettre de province  
Soit dit en passant  
Digoutage
Soirmagazine
Pousse avec eux
Edition du jour
 
Nos archives en HTML


Chronique du jour : Lettre de province
De la triche au bac et de la bigoterie du Ramadhan


Par Boubakeur Hamidechi
[email protected]

Un autre baccalauréat de la désillusion. Celui qui, une fois de plus, vient d’être frappé par la peste de la triche en masse alors que la puissance publique s’efforce d’en minimiser l’impact afin d’éviter la grande chirurgie ; celle d’annuler solennellement les épreuves. Seulement, la prudence de l’Etat ne change en rien au désarroi général qui s’exprime à travers les avis des parents et des candidats, notamment. C’est que durant 5 jours, ils furent quelques centaines de milliers à composer afin de conquérir le fameux sésame sans se douter, initialement, que l’on pouvait réussir à l’avoir sans trop «bachoter». C’est ainsi d’ailleurs que la messe de la cyber-triche est parvenue à conquérir de nouvelles ouailles à la barbe des institutions chargées de traquer cette forme de banditisme. Une déconvenue à mettre sur le compte de la vigilance toute relative de l’appareil d’Etat au moment où il mettait en avant sa volonté de sanctuariser la totalité des missions du système éducatif et principalement le volet des examens. Ceux qui dans la clandestinité avaient accompli ces délits de faussaires afin de nuire à une ministre peu «accommodante» idéologiquement sont-ils certains d’engranger des dividendes politiques ? Rien n’est moins sûr car la multiplication de ce genre d’incursion dans l’inviolable volet pédagogique devrait inciter le pouvoir à traquer les hommes de main ainsi que leurs commanditaires politiques. A la suite de quoi il s’engagera à accorder un statut régalien à la fonction de Benghebrit afin d’amplifier son autorité. Mais en attendant du Premier ministre qu’il aille plaider cette cause auprès du président de la République et que s’apaisent provisoirement les indignations des parents et des potaches, il y aura d’abord la torpeur du Ramadhan à laquelle il faudra se plier à partir de cette semaine. En effet, le mois du jeûne sera le sujet principal à partir de lundi ou mardi. Une parenthèse au cours de laquelle les préceptes religieux et le bavardage autour de recettes de cuisine se substitueront à la météo politique.
Pour les mêmes raisons d’ailleurs et sur le même mode de sanctification, la mosquée et l’Etat rivaliseront à travers de sordides surenchères. A la périphérie du culte, l’on prêchera alors la vertu de la charité tandis que la communication officielle s’efforcera de mettre en relief les opérations d’entraide que l’on connaît sous l’intitulé général de «solidarité nationale». En somme, la référence théologique et la démarche profane se croiseront à la perfection pour la circonstance. Car les deux mettent en avant l’existence de la misère et de la pauvreté alors que l’on avait rarement soigné ces plaies sociales les autres onze mois de l’année ! Ainsi choisit-on l’hyper-sacralisation du carême pour manifester des soucis d’apôtres. Mois béni pour la palabre, le Ramadhan n’est-il pas également propice à la remise en cause de cette théâtralité dans les actes de solidarité ? C’est que la répétition annuelle de ce genre de «générosité» surcharge indûment la signification de cette dévotion occasionnelle. De surcroît elle commence à choquer le bon sens au lieu de susciter de l’adhésion. Une irritation souvent ressentie comme une insulte, toutes les fois où l’intervention des pouvoirs publics est subordonnée à la séquence religieuse jusqu’à s’en tenir aux prêchi-prêcha de la mosquée pour se doter de quelques références morales. De plus, en se reconnaissant dans cet exercice de la charité uniquement codifiée par les canons de la religion, l’Etat oublie ses véritables missions.
Dès l’instant où la puissance publique se contente de n’être que la dispensatrice de l’aumône, elle ne fait que brouiller définitivement les codes. Car, par principe, l’Etat n’est pas tenu à la charité mais à l’équité entre les citoyens. Celle qui lui intime le devoir de justice et la péréquation des richesses afin de lutter contre les précarités. Or, tant que les couffins du Ramadhan existeront, ils constitueront chaque fois la preuve que les conditions sociales ne se sont pas améliorées pour des strates entières de la population. Comment qualifier également cet assistanat saisonnier qui coïncide avec le Ramadhan ? De même qu’il faut s’interroger sur la finalité de ce concept mouvant de la solidarité qui jusque-là n’a eu de corolaires que l’hypocrite secourisme alimentaire ? Or, la notion de solidarité lorsqu’elle est l’affaire de l’Etat renvoie essentiellement à une volonté politique de régulation. Laquelle consiste à réduire les écarts entre le train de vie des nantis et le dénuement des éclopés de la société.
En somme, ni les «bonnes actions» des dépôts ni l’infâme propagande des pouvoirs, qui s’achètent de la bonne conscience devant le Ramadhan, n’ont fait reculer la pauvreté. Pour preuve, les saisons du jeûne passent sans que l’indigence disparaisse. Mais alors pourquoi la puissance publique persiste-t-elle dans le mimétisme du culte de la charité alors que son rôle est autre? Celui qui lui dicte d’éviter la mystique des bonnes œuvres dédiées à la foi qu’enseigne la religion et qui exige d’elle qu’elle soit à l’écoute du pays tous les jours et les mois profanes. Inutile, par conséquent, de rappeler que seul Dieu et les miséreux reconnaîtront les leurs après le Ramadhan. Pour l’heure, il s’agira d’obtempérer à la discipline du jeûne en ayant toujours en mémoire la bérézina de la session du baccalauréat que le gouvernement voudra vite maquiller en simple dérapage pour s’éviter des procès d’intention de la part de l’opinion.
B. H.

Nombre de lectures : 1

Format imprimable  Format imprimable

  Options

Format imprimable  Format imprimable

La copie partielle ou totale des articles est autorisée avec mention explicite de l'origine
« Le Soir d'Algérie » et l'adresse du site