Samedi 4 juin 2016
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Sports : Hommage
Il était une fois Méziani


Décédé jeudi dernier à l'âge de 74 ans, Abderrahmane Méziani, dont la figure reste indissociable de l'histoire de l'USMA, a été inhumé hier au cimetière de Dély-Ibrahim.
Quand il rentrait sa tête dans les épaules, à la manière d'un rugbyman fonçant vers les lignes adverses, et qu'il entamait son slalom diabolique, les tribunes entraient en transe. Rarement, nos stades n'ont vu un joueur aussi racé, un dribleur incomparable au caractère trempé, comme Méziani. Cet ailier gauche de débordement comme le football n'en produit que rarement pouvait affoler les meilleures défenses, et faire pencher la destinée d'un match du bon côté, le sien. Il a seize ans à peine, en 1958, lorsqu'il fait ses premiers pas de joueur avec l'équipe de l'AS Saint-Eugène, aux côtés de son meneur de jeu, le regretté Lakhdar Guitoun. À l'indépendance, après le retour à la compétition de l'USMA, Abderrahmane rejoint le club, en compagnie d'autres grands joueurs, comme Krimo Rebih, membre de la glorieuse équipe de l'ALN. En 1963, âgé de 21 ans, Méziani connaît sa première sélection en équipe nationale dans un match amical contre la Bulgarie que l'Algérie gagne grâce à un but de son fantasque ailier gauche. Mais ce joueur d'instinct, qui avait su se faire aimer de ses coéquipiers et du public, n'a jamais pu ou voulu s'attirer durablement les faveurs des sélectionneurs. Il a donc reporté toute son énergie sur l'USMA, jouant avec deux générations successives de joueurs, comme Mustapha Mansouri, Aïssaoui, ou Djamal Keddou, jusqu'au milieu des années soixante-dix. En 2006, Abderrahmane, personnage entier, a été victime d'un grave accident vasculaire cérébral, auquel il a survécu, mais qui l'a contraint à se déplacer en fauteuil roulant. A l'indice de popularité des joueurs de son club de toujours, l'USMA, il battait des coéquipiers talentueux, tels Bentifour et Bernaoui, qui avaient rejoint le club dès la reprise en 1962. Si l'applaudimètre avait existé durant ces années fastes, Méziani l'aurait mis plus que quiconque à contribution, non seulement lors de ses actions d'éclat, mais aussi et surtout quand il entrait sur le terrain. Avec un art consommé de la communication, il savait entretenir sa popularité et soignait avec soin ses apparitions, comme la star qu'il était, pour capter les clameurs de la foule. L'astucieux Méziani utilisait ainsi une technique bien à lui pour monopoliser un moment l'attention du public sur sa personne: il attendait que tous les joueurs soient sur le terrain pour faire son apparition. Ainsi avait-il droit à un traitement particulier en concentrant sur sa personne des applaudissements, sans être contraint de les partager avec le groupe. La technique lui réussissait admirablement, et les supporters, tout comme ses coéquipiers qui n'étaient pas dupes, jouaient le jeu, et savaient à quel moment Méziani allait surgir des vestiaires balle au pied. Les anciens joueurs de l'USMA évoquent cette «ruse de guerre» avec attendrissement, et ils se souviennent que le cérémonial n'avait connu qu'un seul couac. Abderrahmane avait été pris à son propre jeu par le facétieux Bernaoui qui s'était caché dans les toilettes, avait attendu que Méziani sorte, et lui avait emboîté le pas, le forçant ainsi à partager ce moment de gloire. Abderrahmane nous quitte, après tant d'autres, non sans laisser une empreinte indélébile dans l'histoire du football national, une page d'Histoire qui gagnerait à être racontée, pour l'édification des enfants d'aujourd'hui et de demain.
Ahmed Halli

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