Samedi 6 août 2016
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Soirmagazine : ATTITUDES
La plage


Par Naïma Yachir
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Août s’annonce avec sa chaleur caniculaire, encore un mois de farniente avant les rentrées scolaire, sociale et politique. Les aoûtiens prennent d’assaut les plages de la côte algérienne. Ils sont des milliers issus d’une classe qu’on ne peut plus classer, celle qui n’a plus les moyens de traverser la Méditerranée pour se payer des vacances de rêve ou rejoindre sa résidence secondaire sous d’autres cieux dans des lieux plus propres. Parlons de propreté, puisqu’on y est. Mais qu’est-il arrivé à nos plages ? On ne voit plus leur sable fin et doré. Des étendues jonchées de détritus en tous genres sont transformées en des cafés maures. Tables, chaises et parasols collés les uns aux autres empêchent le visiteur de se frayer un chemin. Les vacanciers sont agressés par des énergumènes au visage renfrogné et à l’allure hautaine qui les somment de louer leurs équipements. Et celui qui aura le malheur de refuser leur offre essuiera un : «Vous ne pouvez pas vous asseoir au bord de l’eau, allez vous mettre au fond, vous gênez ceux qui ont payé.» Ils s’approprient les plages, à l’image de nos «parkingueurs» qui ont spolié rues et espaces vides.
Des amoncellements de bouteilles en plastique, des canettes de soda, du papier d’emballage de tout acabit ne semblent pas gêner outre mesure les familles avec toute leur smala assises autour de plusieurs tables, mordant à pleines dents dans des sandwichs dégoulinants d’huile et dans une cacophonie à vous peforer les tympans. Des mâles découpent des énormes pastèques qu’ils ont au préalable laissées refroidir dans l’eau. Ils croquent dans leurs quartiers et se réjouissent de la douceur du fruit. Repus, ils jettent leurs déchets et, d’un revers de la main, s’essuient la bouche après un dernier rot. Ensuite ils s’enduisent d’huile et se jettent à l’eau dans un plongeon fracassant, éclaboussant tout ce qui bouge autour d’eux.
Les femmes, elles, emmitouflées dans leur hijab, le front en sueur, débarrassent les tables et surveillent leur progéniture, en attendant l’heure du café. Les hommes, quant à eux, après une bonne trempette, se lancent dans des parties interminables de dominos en fumant leur cigarette. Il ne faut surtout pas les déranger ! Les épouses, comme de bonnes maîtresses de maison, sortent l’attirail du goûter, thermos, tasses et gâteaux, ornent en deux temps, trois mouvements les établis. Les époux sont les premiers servis. Puis viennet les enfants, enfin les femmes.
Le soleil commence peu à peu à rejoindre l’horizon, l’heure du retour a sonné. On accorde le dernier plongeon aux enfants récalcitrants qui peinent à quitter l’eau. Et vous l’aurez deviné, ce sont comme toujours les mamans qui sèchent et habillent les plus petits, emballent et rangent tout. Et bien évidemment les traces de leur passage seront bien visibles et viendront grossir les montagnes d’immondices laissées par d’autres familles. On jettera en revanche un dernier coup d’œil pour vérifier que tout a été ramassé. Quant aux ordures abandonnées sur le sable, on n’y prête même pas attention.

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