Samedi 6 août 2016
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Chronique du jour : Lettre de province
Syndicalisme et front social : les «autonomes» se concertent


Par Boubakeur Hamidechi
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S’achemine-t-on vers une recomposition significative du syndicalisme algérien ? A en croire les informations ayant trait à la récente réunion des principaux dirigeants des syndicats autonomes et notamment aux commentaires étayant ces assises, tout indique en effet qu’un consensus est en vue afin de dépasser le corporatisme fractionnel qui les caractérisait(1).
Si au cours de la longue décennie (2005-2015), ayant vu leur nombre se multiplier, le concept unitaire d’une «confédération» était perçu comme une aliénation de substitution, ce refus se justifiait moins par la nature libertaire de la contestation que l’on désirait imprimer que par la crainte d’être à nouveau bridés au nom d’un néo-leadership s’imposant uniquement par la taille de certaines branches d’activité.
L’épreuve du terrain ayant quelque peu souligné l’inefficacité de cet «autonomisme» outrancier, fallait-il oui ou non revoir d’abord les structures organiques de ce syndicalisme rénové ? Après de longues réflexions et des saisons d’hésitation (2008 à ce jour), il semble bien que l’on ait opté pour la cohérence du concept unitaire. Celle d’un passage qualitatif vers un bloc soudé suffisamment dissuasif aussi bien au cours de la contestation qu’autour de la table de la négociation. Sans doute que l’esquisse d’une future refondation est devenue désormais nécessaire en ce sens que l’ensemble des paramètres économiques du pays indiquent bel et bien la fin d’un Etat social, s’imposant à travers des mécanismes de régulation et capable d’imposer une politique de la solidarité à l’égard des couches sociales menacées de précarité. Or dans l’inévitable face-à-face qui ne manquera pas d’avoir lieu alternativement avec la puissance publique et le patronat, quel profil de syndicalisme est susceptible de se faire l’avocat du salariat et même des couches sociales sans revenus ? En somme, cette question n’attend pas une réponse en termes de casting. In fine elle n’est posée que pour rappeler que l’UGTA ne peut en aucun cas être l’accoucheuse d’une nouvelle génération de syndicalistes. En clair, cette «centrale unitaire», vieille de 60 années (1956-2016), n’est plus en mesure d’incarner les nouveaux défis qui attendent les classes sociales de ce siècle. Implicitement, la naissance probable d’une autre «union» contresigne définitivement le placardage d’un sigle devenu trop compromettant pour ses usagers. De plus, la future «révolution» syndicale instruira, en creux, le procès d’une génération de pseudo-syndicalistes ayant sciemment confondu le louable recours à la concertation et les douteux compromis. En effet, lâchée par des vagues entières de syndiqués, l’actuelle direction n’a de véritable visibilité que celle que lui concède charitablement le pouvoir. C’est ainsi d’ailleurs que l’UGTA, version Sidi-Saïd, n’est plus en mesure d’édicter la moindre règle relative au combat syndical dès l’instant où elle avait accepté de se taire quand le pillage et les manipulations des lois étaient des méfaits notoires. Manifestant sa solidarité avec le pouvoir en toutes circonstances, qu’a-t-elle fait d’autre sinon apporter son approbation aux plus infâmes des décisions politiques ?
De bipartite en tripartite, n’a-t-elle pas fait accroire qu’elle défendait les acquis sociaux alors qu’elle participait passivement à leur érosion ? Or cette posture de négociateurs dont se prévalaient publiquement ses dirigeants n’était que de faux discours destinés à masquer le contenu du véritable pacte passé, à la fois, avec le régime politique et les faux capitaines d’industries prospérant grâce aux marchés captifs de l’Etat. Face aux lobbies de la restructuration néolibérale de la première décennie du XXIe siècle, l’on n’a pas le souvenir d’une quelconque réaction de l’UGTA. Alors que le bradage battait son plein et que la disparition des emplois industriels s’accomplissait par charrettes entières, ce syndicat n’avait pas cru «nécessaire» de s’y opposer en appelant aux grèves et aux black-out dans les carrés de l’usine. Bien au contraire, il prétendit percevoir dans cette mutation structurelle le signe d’une «conversion économique» profitable au pays de la même façon qu’il apporta publiquement son soutien à Chakib Khelil lors du débat relatif à la fameuse loi sur les hydrocarbures ! Ainsi, au nom de ce dogme fondé sur la consultation et les compromis, cet ersatz de syndicalisme s’en remettait docilement à «l’intelligence économique» des politiques. N’est-ce pas là l’illustration d’une aveuglante démission au plan éthique lorsqu’on dénie aux classes sociales concernées le droit de recourir à l’affrontement par le biais des grèves et les manifestations. Ainsi, le déclin qui pointe à l’horizon de la maison des syndicats est imputable pour l’essentiel à la culture syndicale du personnel qui la dirige depuis pratiquement quatre mandats. Sur tous les choix, qu’ils soient économiques ou sociaux, n’a-t-il pas, en effet, apporté sa caution au palais ? Il fit même mieux en matière de zèle lorsqu’il lui arrivait de «s’auto-démentir» de ses précédents soutiens. Girouette solidement orientée sur les zéphyrs du palais, ce personnel n’éprouve guère de problème de conscience pour peu qu’il demeure dans les bonnes grâces politiques. A l’inverse, il n’eut de cesse de discréditer les courants alternatifs au moment où ils commençaient à s’organiser en associations syndicales. Dans sa férocité, il mit tant de constances haineuses à les combattre qu’il oublia ce pourquoi l’UGTA, elle-même, a existé ! Ainsi, pour ce personnel syndical notoirement inféodé, le confort de sa proximité avec le pouvoir a définitivement oblitéré la vocation militante initiale. Durant ces dernières années, combien de fois d’ailleurs ne les a-t-on pas surpris à l’œuvre ? Celle de briser des grèves tant sur le carreau des usines qu’aux portes des établissements scolaires. En service commandé, l’UGTA en tant qu’institution a fini par être assimilée à une officine supplétive du pouvoir, chargée de mater le front social. Plus qu’un paradoxe, elle illustre auprès des petites gens la compromission dans ce qu’elle a de plus infamant. Désormais, inapte à désamorcer le moindre mouvement de contestation, l’UGTA de Sidi-Saïd a-t-elle encore les faveurs d’un régime, lui-même en pleine perdition ? Rien n’est moins sûr, notamment lorsque cette hypothèse est évaluée à l’aune de la récente tripartie d’où il est apparu que Sidi-Saïd n’avait même pas voix au chapitre concernant la révision de la loi sur la retraite ! Reléguée au rôle de faire-valoir sans le moindre crédit, son devenir apparaît de plus en plus hypothétique. Ainsi, vu du côté des syndicats autonomes, il semblerait que la messe sera bientôt dite au moment où, à leur tour, ils se confédéreront. Par contre, l’hypothèse la plus probable sur laquelle planche le régime sera de faire du neuf avec du vieux. C'est-à-dire garder le sigle mais nettoyer par le vide les structures. Quel que soit le cas de figure qui prévalera lors de la prochaine séquence politique, la seule certitude que l’on connaisse déjà, est l’imminence d’un «grand remplacement» syndical.
B. H.

(1) Lire l’article paru dans El Watan du 3 août et intitulé «Front social : la rentrée s’annonce houleuse».

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