Samedi 6 août 2016
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Actualités : Enlèvements d'enfants et peine de mort

Par Mahmoud Boudarène(*)
L’irruption de ce type de crime – enlèvements d'enfants notamment – n’est pas un épiphénomène. Il est l’arbre qui cache la forêt, et s’il se manifeste aujourd’hui, c’est parce que la société est défaite et que les interdits fondamentaux qui garantissent l’ordre social se sont effondrés.
Des comportements naturellement facilités par le délabrement de nos institutions et le recul de l’autorité de l’Etat.
Voici réunis les éléments qui contribuent à l’émergence de cette nouvelle forme de violence sociale.
Une délinquance qui terrorise les parents et fait naître chez eux l’effroi à l’idée que leur propre progéniture puisse en être victime.
Une angoisse d’autant plus insupportable que les sévices infligés aux enfants sont cruels.
Une cruauté qui inquiète et interpelle la conscience sociale, une libération des instincts qui interroge la société, une débauche de monstruosité qui témoigne de l’inhumanité des auteurs de tels forfaits.
Une situation qui donne aux familles, froid dans le dos et crée un indicible et envahissant sentiment d’insécurité.
Pour autant, est-ce que brandir le spectre de la peine de mort – le «meurtre légal, officiel» – constitue la bonne réponse à cette situation ? Est-ce qu’agiter le fantôme de l’exécution du coupable va rétablir l’autorité de l’Etat et restaurer l’ordre social ? Est-ce que la cruauté des criminels va disparaître du fait de la brutalité de la loi et des institutions ? Sans doute non.
Comme si le spectre de cette peine extrême allait, par une espèce de miracle, provoquer le recul de la violence sociale croissante et faire définitivement disparaître, de la cité, la criminalité.
Si cela devait être le cas, la peine capitale aurait été instaurée depuis longtemps à travers toute la planète ; l’humanité est dans le mouvement contraire, dans le sens de son abolition.
Une vengeance collective, une réciprocité dans le crime.
Est-ce que le fait de reproduire le meurtre – de façon légale (légitime, je devrais dire) – conjurera celui-ci et constituera une garantie pour l’avenir ? Rien n’est moins sûr. «Faire du coupable une victime serait accomplir l’acte même que réclame la vengeance, ce serait obéir strictement aux exigences de l’esprit violent», a écrit l’historien et philosophe René Girard (La violence et le sacré, éditions Pluriel).
La violence ne peut pas – ne doit pas – constituer une réponse à la violence. Pour autant, l’Etat algérien a, par l'amendement du code pénal et l'introduction de l'article 293 bis, autorisé des représailles institutionnelles.
Une démarche qui a, sans doute, valeur de catharsis sociale, mais qui est inopérante, ne serait-ce que parce que l'Algérie a ratifié les conventions internationales contre l'application de la peine de mort.
Pour que la violence et la délinquance reculent, il faut reconstituer le ciment social.
Alors, il faut moins de misère, moins d’inégalités et moins de hogra. Il faut plus de justice. Il faut que l’Algérien accède au statut de citoyen digne, avec la possibilité d’exercer son libre arbitre et de participer à la décision politique, celle qui engage son destin propre, mais aussi celui de sa patrie.
Il faut que la loi soit au dessus de tous et qu’elle ne s’applique pas uniquement au citoyen lambda et au faible.
Enfin, il faut que la probité et la droiture soient érigées en valeurs pérennes et que le pouvoir politique en soit à la fois, le garant et le modèle.
L’intelligence et la compétence ne doivent plus être marginalisées et forcées au silence ou à l’exil.
Elles doivent être réhabilitées et constituer les seuls arguments sur lesquels doivent reposer le mérite et l’accès à la responsabilité.
La ruse et l’imposture ne doivent plus être des critères d’accession à la décision, notamment politique, et l’exemplarité doit prévaloir dans l’exercice de la responsabilité et ce, quel que soit le niveau où elle se situe.
M. B.

* Texte reproduit avec l’aimable autorisation du docteur Boudarène, psychiatre

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