Mercredi 12 avril 2017
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Chronique du jour : Tendances
Quid de la main ?


Youcef Merahi
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La main est un merveilleux instrument au service de l’homme. Elle est un atout pour l’homme adroit et, malheureusement, un désavantage pour le maladroit. L’adresse est un art ; la maladresse peut s’assimiler à un éléphant dans un magasin de porcelaine. Bonjour la justesse ou bonjour les dégâts ; c’est selon. De ce fait, on dit énormément de choses sur la main. On parle d’une main de fer dans un gant de velours, pour exprimer la fermeté, mais dans le sillage de la diplomatie, de la rectitude et de l’argumentation. C’est là où on sent la personne à même d’être rigoureuse, en évitant naturellement la brusquerie et la violence. On dit que les doigts de la main ne sont pas égaux ; je pense qu’ils ne le sont pas, parce qu’ils n’ont pas tous la même fonction ; le pouce est plus utile que l’auriculaire, qui, lui, fait partie du décor. Si l’annulaire joue au noceur, le majeur joue à la sentinelle de la main et provoque, parfois, des dégâts quand il est au garde-à-vous. Je pense que l’index joue le plus mauvais rôle ; il est inutile que je vous fasse un dessin. On dit que main à plume vaut bien main à charrue, pour préciser certainement que le manuel, l’artisan, est à niveau de l’utilisateur du stylo à plume, le col blanc.
On a toujours tendance à opposer ces deux facettes du travail, alors que la société a autant besoin de l’écrivain que du plombier ; même si les conditions de travail sont différentes. J’imagine une société autrement ; l’instituteur est au diapason du maçon, car l’un façonne le savoir, l’autre bâtit une demeure. Puis une main lave l’autre ; ce proverbe est connu. La main droite aura toujours besoin de la gauche, vice versa. On passe le savon, on se frotte les mains sous le robinet ; voilà le tour est joué, on peut se mettre à table. La main remplit diverses fonctions ; elle peut cogner durement, faire très mal et briser un nez ou une mâchoire. Et c’est la même main qui va cajoler un gamin ; c’est aussi la même main qui va prodiguer des caresses dans un moment d’amour.
Cette ambivalence est liée à la nature humaine qui fait fi de sa bestialité pour se convaincre d’élans câlins. C’est également la main qui indique le chemin au touriste égaré, comme elle érige un doigt d’honneur, à un moment de mauvaise humeur. Quel destin homérique pour une seule main ! Et c’est là où intervient, fort à propos, le proverbe qui veut que jeu de main jeu de vilain. A trop vouloir utiliser sa main dans un jeu que celui-ci peut se transformer, encore cette fichue nature humaine, en rixe avérée. Et bonjour les coups et blessures !
Ah, ça me revient ! Je crois que c’est Balzac qui était amoureux de ses mains, au point où il en faisait des représentations coulées dans un moule qu’il plaçait, à vue d’œil, chez lui. Je crois bien que c’est, en effet, Balzac ; c’est dire que l’amour peut se nicher n’importe où. La nature humaine, me diriez-vous. Je vous répondrai que Narcisse fait le bonheur des grands couturiers et des parfumeurs, à travers le monde. Il est inutile de leur faire davantage de publicité.
Chez nous, Hamid Tibouchi, poète et peintre, s’est posé une question hautement philosophique pour les uns, et saugrenue pour les autres : «Pourquoi la main réfléchit-elle la tête en bas ?» Il faut pouvoir axer un poème sur cette problématique. Je ne voudrais pas proposer de réponse. Chacun aura la sienne ; je tais la mienne. Néanmoins, l’auteur de Parésie a ses raisons de se la poser ; car dans une certaine assemblée, la main ne réfléchit pas ; elle lève la tête dans un réflexe pavlovien, au moment où la sonnerie distinctive du tiroir-caisse se fait entendre. Aïe, aïe, cher Hamid, tu as eu du flair, beaucoup de flair, même en tentant l’exil ailleurs. C’est Vgayet qui doit te regretter. De son côté, Abdelmadjid Kaouah, dans une lucidité totalement militante, lance de son côté une question, elle aussi, prémonitoire : «Par quelle main retenir le vent», du temps où ce poète souhaitait désirer des mots à l’image de ses amitiés, du temps où les rêves de progrès habitaient nos cœurs. Puis le vent a fait son œuvre ; la brise a laissé le champ libre à la bise, laquelle a chuté dans son intensité pour laisser libre cours au fœhn qui, du désert hostile, a calciné nos rêves les plus fous. J’ai toujours su que le poète disposait d’un temps d’avance sur les événements ; même si ce poète, aujourd’hui, lisse sa barbe blanchie par l’exil, ailleurs, loin d’Alger, capitale qui a bouffé nos amours clandestines. Rappelle-toi, Madjid ! Il fut un temps où la main de l’étranger expliquait toutes nos tares et les velléités de changement pour une Algérie salvatrice, citoyenne et démocratique. A chaque mouvement, la main de l’étranger vient expliquer le phénomène ; à la moindre réplique, comme la grande blessure d’Octobre, «le chahut de gamins» porte l’empreinte de la main de l’étranger. Cette main est à toutes les sauces ; il suffit de demander, le plat est servi à satiété. Désormais, à cette main étrangère, on lui accole la main de l’intérieur, en attendant de trouver une troisième main, une quatrième, voire une cinquième. Tiens, tiens, le chiffre 5 se fétichise pour retenir le temps qui, lui, n’accepte aucune corruption. Je pose bêtement ma question : quelle main choisir ? La gauche ou la droite ? L’étrangère ou l’interne ? Bienheureux l’ambidextre qui sait utiliser les deux, sans coup férir ! Là, un proverbe persan pallie mon hésitation : on ne porte pas deux pastèques dans une seule main. Décidément, je ne suis pas loin de ne plus distinguer ma main droite de la gauche quand l’une réfléchit le nez en l’air, et l’autre fait des efforts de démon pour retenir ce vent, sentez-le mes amis, qui transperce ma paume de la main.
Y. M.

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