Samedi 22 avril 2017
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Chronique du jour : Lettre de province
Passes d’armes au sein de la courtisanerie


Par Boubakeur Hamidechi
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C’est du n’importe quoi aussi bien de la part des politiciens les plus en vue que du côté de la cohorte des candidats sans la moindre qualification dans les techniques de la communication. Car, de quelque côté où l’on croit pouvoir capter enfin un message politique cohérent et à la hauteur des enjeux de ce scrutin, l’on est vite dissuadé par l’insignifiance des propos tenus. Même les piques verbales échangées entre chapelles rivales ont des airs de déjà «entendu» et ne contribuent guère à bonifier ce vieux duel au fleuret moucheté, auquel s’adonnent le FLN et le RND à l’abri du pré carré du pouvoir.
Ce sont d’ailleurs ces vieilles branches de notre pluralisme de pacotille qui cette fois imitent le style relâché et à la limite de la trivialité de ces nouvelles pousses à peine sorties des limbes d’une administration bienveillante. Tous, sans exception, ont choisi pour l’oral de la compétition de bavarder plutôt avec les auditoires faute de pouvoir convaincre par le discours. C’est dire que tout reste à faire dans le domaine de la communication de cette classe politique qui gouverne le pays. Même ceux parmi les ténors auto-proclamés qui s’étaient décidés à faire un travail de proximité en optant pour des allocutions explicatives susceptibles d’être relancées par des questions ou des interpellations venant de la salle, ce retrouvèrent piégés plus d’une fois. Et ce furent les Ouyahia et Ould-Abbès indissociables faire-valoir du palais, mais dont l’inimitié politique relèverait plutôt d’une certaine coquetterie propre à la courtisanerie, qui exhumèrent alors la polémique autour du rôle de chacun des partis dans la perpétuation de l’actuel pouvoir. A travers certaines allusions, ce furent eux qui, sans se douter, donneront le «la» de cette législative dont les urnes n’auront pour unique fonction que de déterminer l’ordre de la botte.
Se sachant par avance vainqueurs avant d’avoir réellement convaincu, le FLN et le RND ferraillent déjà sur la question de la prééminence dans le prochain gouvernement. Mais alors quid du mot d’ordre «changement» que l’appareil d’Etat utilise comme argument afin de mobiliser et les partis et l’électorat ? Il est vrai que le premier cercle du pouvoir n’a pas trouvé nécessaire d’étayer cette promesse se contentant de rassurer vaguement les partis d’un retour d’ascenseur valorisant.
Le contrat de dupes n’est-il donc pas en train de s’esquisser au détriment du reste de la classe politique priée impérativement de faire d’abord campagne pour une participation massive avant de plaider pour ses propres programmes ? Tant que les leviers de l’Etat resteront du domaine exclusif de l’exécutif, un Parlement ne peut au mieux que justifier les options du président de la République en lui combinant en toutes circonstances une «majorité».
Autrement expliquées, les limites du changement attendu pour le lendemain du 4 mai consisteront à multiplier les groupes parlementaires pour les besoins des débats sans pour autant remettre en cause la majorité des 232 sièges octroyés de facto au binôme FLN et RND. Or, si au cœur de la campagne, Ould-Abbès et Ouyahia s’efforcent de marquer une certaine différence par rapport à l’autre, ils sont en définitive interchangeables dans la pratique du pouvoir qui, durant 13 années (2000-2013), avait alterné l’octroi du poste de Premier ministre entre ces deux partis. Ouyahia, bien mieux loti que tous les alter-ego qui se sont partagé ce privilège au nom du FLN, apprécie parfaitement l’avantage qu’il tire de ce nivellement d’influence dans l’appréciation personnelle de Bouteflika, lequel avait rarement tenu compte de l’argument arithmétique de la représentativité, pourtant avantageuse pour le FLN.
Pour sa part, la nouvelle direction de celui-ci rappelle souvent au RND qu’il ne doit le privilège de paritaire qu’au fait du prince et qu’il en sera autrement au cours de cette législative dès l’instant où l’amendement récent de la Constitution accorde clairement au parti majoritaire le droit de conduire le gouvernement. Seulement, cette précision constitutionnelle ne prive en aucune manière le chef de l’Etat de son pouvoir régalien de désigner à ce poste qui il souhaite. Voilà ce qui pourrait obliger cette coalition de mettre un bémol à ses querelles intestines.
Cimentée comme un véritable cartel, cette alliance, réduite à deux après l’exclusion en 2012 du Hamas, survivra sûrement à la prochaine phase de recomposition. Bien qu’elle fût la véritable cheville ouvrière du pouvoir dans le domaine politique grâce à laquelle sa longévité est parvenue à transgresser tous les problèmes d’éthique, elle se révèle par contre comme la source de toutes les contradictions qui ont émaillé les grandes options économiques, voire l’échec souligné d’un Etat dilapidateur. Depuis des mois déjà, les «spin doctors» du palais réfléchissent sur une alternative à ce tissu partisan afin d’être en capacité de relancer la machine politique du pouvoir malgré l’effacement physique du Président et, par conséquent, autrement qu’avec le RND et le FLN que seul Bouteflika avait l’ascendant de contrôler. Or, c’est au creux de ce doute ambiant que ce binôme en question s’affranchit de certaines précautions dans les discours et abuse dans l’échange de malsaines accusations. Même si l’hypothèse est peu envisageable dans l’immédiat, cette «union» conduite par deux personnalités installées depuis longtemps dans la servitude du palais et rompues à la complotite, hésitera à prendre les devants. Sans doute que les retombées de ce scrutin ne la sanctionneront pas dans ce sens sauf qu’elle sera destinataire de mise en garde. C’est alors qu’au nom de la «sainte alliance» ayant accompagné le régime durant 19 années, il sera décidé que les partis politiques n’ont plus de raison d’exister tant l’archaïsme de la notion de «militant» est tombé en désuétude. Alors s’organiseront des portes ouvertes sur le mouvement associatif et la société civile pour occuper l’espace dévolu à la défense des libertés publiques.
Utopie que ce genre de projet ? Certainement pas pour peu que l’on sache lire la presse qui nous apprend qu’une rencontre nationale du mouvement associatif se tiendra le 29 avril au Club-des-Pins dans le but de s’impliquer dans la mobilisation populaire le 4 mai(1).
Tristes partis politiques à la peine coupables d’avoir démonétisé les glorieuses notions «d’engagement et de militantisme».
B. H.

(1) In le Quotidien d’Oran du jeudi 20 avril (page 2) «Rencontre nationale du mouvement associatif».

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