Samedi 6 mai 2017
Accueil | Edition du jour
 
Actualités
Sports
Femme magazine
Culture
Lettre de province  
Soit dit en passant
Soirmagazine
Pousse avec eux
Edition du jour
Nos archives en HTML


Actualités : LA PROMENADE DES SABLETTES
Un jour de vote


En ce jeudi du 4 mai, l’Algérie avait rendez-vous avec les élections législatives. Le gouvernement a voulu faire de cette date un grand événement. Les Algériens étaient-ils au rendez-vous ? Pas ceux ayant choisi de venir se détendre à la promenade des Sablettes, à l’est d’Alger. En tout cas, un grand nombre d’entre eux étaient unanimes à dire qu’ils ne voyaient pas de raison d’accomplir leur devoir d’électeurs puisqu’il «n’y aura aucun changement».
Salima Akkouche - Alger (Le Soir)
- 11h45, en ce jour de vote, la température affichait 29°, la promenade des Sablettes, n’était pas encore envahie. Seulement quelques familles dispersées sur ce grand terrain de détente sont là.
Des enfants, visiblement heureux de se retrouver en plein air, couraient de partout, jouaient avec leurs bicyclettes, avec des patins à roulettes, ou avec des ballons ou des cerfs-volants. Un groupe de jeunes et même des petits enfants ont été tentés, vu les fortes chaleurs de cette journée, de se baigner en mer. Mais plus le temps passait, plus des groupes de personnes, empruntant la passerelle blanche qui mène du Caroubier vers la promenade des Sablettes, arrivaient.
Des familles, nombreuses et moins nombreuses, de jeunes adolescents, commencent peu à peu à prendre possession de ce lieu de front de mer. Certaines familles sont arrivées avec des couffins à la main, pleins de nourriture et autres friandises, pour faire du piquenique.
Certains adolescents ont préféré venir avec leurs bicyclettes. Ils ont choisi cet espace de loisirs situé à l’est d’Alger pour se promener, courir, se détendre en contemplant la mer, ou piqueniquer. Ce lieu est devenu un lieu de loisirs très prisé par les familles notamment celles habitant aux alentours. Contrairement à ce jour, où l’on n’a pas remarqué une grande foule, cet endroit ne désemplit pas notamment durant les week-ends et les jours fériés ou les vacances scolaires durant lesquelles des activités sont programmées pour les enfants.
Mais qu’en est-il de l’événement du jour, le vote pour les élections législatives ? Ces gens ont-ils voté avant de venir ou comptent-ils donner leur voix à l’un des candidats plus tard dans la journée ? Assis sur un banc de la promenade à se contempler les yeux dans les yeux, un couple, pour qui nous interrompons ce moment d’échange avec notre question sur l’événement du jour, reconnaît ne pas avoir voté.
La jeune fille d’à peine 20 ans, que nous nommerons Samira, se détourne de son partenaire et explique sans détour que «le vote ne veut rien dire pour moi, non je ne vote pas, pourquoi le faire ?». Son partenaire relève un peu sa casquette bleue, abonde dans le même sens, «non je n’irai pas voter, c’est un rendez-vous qui ne me concerne pas». Quelques pas plus loin, Hakim la trentaine, tenant la main à ses deux petites filles, interpellé pour nous dire si oui ou non il avait voté ou compte le faire, il répond sans hésitation par la négative. «Est-ce que je suis respecté moi en tant que citoyen ? Est-ce que ma voix est entendue? Est-ce que mes droits sont respectés ? Non, alors je n’irai pas accomplir mon devoir non plus, c’est aussi simple que ça» a-t-il souligné.
Une autre jeune fille, la trentaine, s’est attablée avec sa mère sur la terrasse d’une cafétéria, savourant une pizza et des boissons gazeuses, lâche volontiers sa tranche de pizza pour parler des élections avec nous. «Je ne vois aucun des candidats en lice qui mérite qu’on vote pour lui, et est-ce que les choses vont changer, la situation des Algériens, notamment ceux de la classe moyenne, va-t-elle s’améliorer ? Le scrutin sera-t-il démocratique ? Mon choix, si j’ai décidé de voter, sera-t-il respecté ? Cette nouvelle assemblée sera-t-elle différente de la précédente ? Défendra-t-elle vraiment le peuple et ses droits ? Bien sûr que non. Alors, pourquoi j’irai voter pour des gens dont le seul souci est de gagner de l’argent ?» D’ailleurs, dans cette cafétéria, les quelques familles attablées parlent de tout sauf des élections.
Fayçal, 17 ans, qualifie tout simplement les futurs députés de «corrompus et de voleurs». Ce jeune adolescent passe son bac cette année mais avoue qu’il ne compte pas rester dans «ce pays». D’ailleurs, dit-il, l’idée de pouvoir quitter le pays est une chose qui le motive pour réussir dans ses études pour renforcer ses chances de faire son avenir ailleurs. «Je n’ai jamais voté et je ne compte pas aller voter un jour, au final, ma voix ne compte pas, et les choses ne vont pas changer, les mêmes personnes vont rester pour continuer à voler et grimper les échelons et laisser le peuple dans sa misère», a-t-il déclaré.
Un cinquantenaire, un petit garçon sur ses épaules savourant une glace, s’arrête quand nous l’interpellons. «Est-ce que je compte voter ?», nous dit-il. «Qui va voter aujourd’hui ? Ils pensent qu’ils vont réussir à nous berner avec leurs discours sur la transparence pour nous persuader d’aller voter dans le seul souci de donner de la crédibilité à ces élections», a-t-il soutenu.
Un autre promeneur, se baladant sur les allées des Sablettes avec ses deux petits enfants et sa femme ironise : «Vous voyez, ma femme n’a pas écouté l’instruction du Premier ministre qui a demandé aux femmes de battre leur époux et de les priver de café, ce jeudi matin, s’ils refusent de voter».
Evidemment, dit-il, «je n’irai pas voter et je compte passer cette journée à me détendre en famille».
Les promeneurs des Sablettes ne sont pas tous abstentionnistes. Un autre couple, empruntant la passerelle, sur le chemin du retour, avoue avoir voté. Cependant, cet homme était incapable de nous expliquer pour quelle raison il a voté. Dépité, il hausse ses épaules et répond «bah, juste comme ça !».
Une autre maman, accompagnée de ses quatre enfants, déçue, nous dit-elle, de l’endroit, elle s’apprête, à aller à Sidi Fredj. Elle nous a dit, toutefois, qu’elle ne compte pas non plus voter. «C’est simple, il n’y aura aucun changement surtout envers les femmes», nous a-t-elle indiqué.
Au parking de la promenade, quatre jeunes garçons qui s’apprêtaient à rentrer, ironisent en lançant, d’une seule voix, «M’ansoutich», allusion à la vidéo du youtubeur DZ Joker qui a appelé à ne pas voter.
S. A.

Nombre de lectures : 1

Format imprimable  Format imprimable

  Options

Format imprimable  Format imprimable

La copie partielle ou totale des articles est autorisée avec mention explicite de l'origine
« Le Soir d'Algérie » et l'adresse du site