Dimanche 2 juillet 2017
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Régions : SI MOSTAGANEM M’ÉTAIT CONTÉE
La mythique Souika Tahtania


Tout passe et repasse mais le souvenir reste à sa place. Il ne restera plus rien de ce qui faisait le charme et l’allégresse de la vie d’autrefois dans ce quartier emblématique de la Souika Tahtania. Loin s’en faut, la génération actuelle hélas, persiste pour affirmer que le qualificatif «d’autrefois» de notre vécu est synonyme d’une vision moyenâgeuse.
Notre indulgence envers eux, c’est de ne pas baisser les bras pour raconter tout ce qui a trait à l’histoire de notre ville et de nous rappeler avec une nostalgie imprégnée à la fois d’amertume et de tristesse, tous les souvenirs qui nous rattachent avec Souika Tahtania resteront gravés d’une façon indélébile dans la mémoire de ceux qui avaient résidés pendant plusieurs générations ou fréquentés ce quartier mythique de Sidi Allal M’hamed et de celui du makaâm de Sidi Benaïssa et sa zaouïa.
Pourtant le passé n’est pas si loin pour notre génération, certains se souviennent d’y avoir vécu ou connu ce quartier, ce n’était guère une cité dortoir, mais un tissu économique intense, les Tidjdittiens étaient fiers de ce quartier, de sa beauté et de son charme.
Nos recherches nous ont conduit à faire découvrir cette partie ouest de la ville de Mostaganem et de remémorer une liste d’évocations historiques pour une réminiscence des familles qui résidèrent et marquèrent de leurs sceaux ce vivre-ensemble, empreint de solidarité, de partage, de respect, de sagesse, de convivialité et de méditation soufie par-devers le caractère mystique et cultuel des deux saints hommes vénérés notamment Sidi Allal M’hamed et Sidi cheikh Benaïssa.
Jadis, nous descendions les marches de Tabana pour aboutir à la Souika la sublime, le seul passage admis par l’administration coloniale pour arriver également au centre-ville. Avant d’arriver au pont construit après les inondations de 1917, à notre droite, se dressait un majestueux moulin à eau, il jouxtait Hammam «El Ghar».
aujourd’hui, les deux bâtisses sont en ruine rongées par l’érosion du temps.
Nous traversons le pont, à notre gauche le bain maure du Lion dit Hammam Esbaâ, un bain maure historique appartenant à l’honorable famille Benkoula, aujourd’hui squatté par des immigrants du Sahel.
Il existait une multitude de cafés maures où nos séniors s’adonnaient à leurs jeux de société préférés (ronda, sopage, belote, dominos, etc.) Ils existaient ici 4 cafés : le café feu Kassab sur le dos de l’oued Aïn Séfra avec sa terrasse – le café de feu Moghtit qui faisait face au café Kassab mitoyen au hammam Sbâa, le café d’El Hassira où il n’y avait pas de tables mais juste des nappes en jute pour jouer au «loto» et autres jeux de cartes – café Tahaleiti dit le Manchot.
C’est dire que Souika Tahtania avec sa centralité drainait hormis ses riverains, une population à la fois hétéroclite mais importante qui venait de tous les coins de Tidjditt et d’ailleurs. Feu si Osmane propriétaire d’un chariot avec un attelage de chevaux servant de transport public stationnait chaque soir son chariot près du café Kassab, puis il amenait son cheval à l’écurie près de son domicile à la rue 16.
La «horma» qui était un exemple, était de rigueur pour les riverains. L’entrée principale de hammam Esebaâ faisait face aux cafés maures ; cela gênait les clientes, alors les propriétaires Benkoula avaient prévu une entrée derrière le bain au niveau de la rue 16 pour permettre aux familles d’y accéder et ressortir par la même porte dans la discrétion la plus totale. En allant vers le mausolée de cheikh Benaïssa, le marchand de beignets était tenu par feu Abdellouaheb,un militant du PPA, un moudjahed.
A côté de lui feu si Boubekeur, artisan de babouches, en face, il y avait un artisan de fabrication à base d’alfa pour tous les accessoires domestiques (couffins, midounettes, nappes, etc.). Plus haut à gauche, il y avait l’épicerie feu Es-Sehli, en face l’épicerie des deux frères Benkoula Hadj Lakhdar et Hadj Mohamed qui habitaient juste dans l’impasse. Enfin, le four banal appartenant à l’artisan boulanger feu Bendjeloul surnommé «Bendjen» avec son apprenti attitré Koko.
En remontant les ruelles s’érigeait le mausolée de Sidi Hamou Cheikh, aujourd’hui zaouïa Bouzidia. Une fontaine jouxtait ce lieu de culte servant à alimenter en eau potable les riverains qui ne possédaient pas l’eau courante, car ils louaient à cet effet, une transporteuse de seaux d’eau pour leur assurer l’approvisionnement. En remontant la fameuse rue mythique N°16, il y avait une école coranique où professait feu Si Mostepha (en 1947).
Bon nombre de citoyens s’arrêtaient à la médersa un haut lieu de nationalisme et de la connaissance islamique. La génération des Tidjdittiens de Novembre 1954 a donné ses meilleurs fils à la Révolution de notre pays. Ils méritent que les rues de Tidjditt portent leurs noms en lieu et place de l’absurdité des numéros qui existent jusqu’à présent et cela depuis 55 ans.
Mais faut-il oublier ? Est-il possible d’anéantir jusqu’au souvenir de ces «choses» anciennes, mythiques et emblématiques de cet autrefois que nous avons aimé ?
Certes, notre ville chérie est devenue rapidement bien plus importante qu’elle ne paraissait devoir l’être, mais devrions-nous pour cela détruire, pour ensuite réhabiliter ou restaurer ou requalifier sur le même emplacement pour faire revivre Souika Tahtania.
Les années qui passent écrèment les souvenirs. Nous dirons tout simplement même qu'ils font partie d'un patrimoine que l'on se sent en devoir de transmettre à nos enfants..
A. B.

1- Remerciements à notre ami Mohamed Krelifa (historien) pour sa participation à cette présente contribution.

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