Chronique du jour : CE MONDE QUI BOUGE
Alors que le football unit les Syriens, en Algérie, il sert d’exutoire


Par Hassane Zerrouky
[email protected]

Les armes ne vont sans doute pas se taire mais chacun en Syrie a semblé les rengainer le temps d’un match de football. Et pas n’importe quel match puisqu’il s’agissait d’une rencontre comptant pour le Mondial 2018 en Russie, opposant l’équipe nationale syrienne à son homologue iranienne. Que ce soit dans cette partie de la Syrie sous contrôle des forces de Bachar ou dans le nord syrien et la Ghouta sous contrôle des groupes islamo-nationalistes, tous souhaitaient la victoire de l’équipe syrienne : le nul obtenu mardi à Téhéran, deux buts partout, a ainsi été fêté par tous les Syriens. Il lui faudra maintenant battre l’Australie en match de barrage.
Pour le régime syrien, une qualification de l’équipe nationale ne pourrait que tomber à point après la victoire remportée par l’armée de Bachar sur l’Etat islamique (EI, Daesh) à Deir Ezzor. Pour ses adversaires non djihadistes du nord syrien, qui estiment que l’équipe nationale n’est pas la propriété du régime mais de tous les Syriens, on souhaite aussi la qualification de cette équipe. «Si on se qualifie, je suis sûr que le combattant qui est de l'autre côté du front, en face de moi, va entendre ma joie, et peut-être même qu'il va y répondre» dit ce soldat syrien cité par l’AFP.
Ainsi, grâce au football, cette communion entre tous les Syriens a eu raison du religieux qui les divise car on feint de l’oublier parfois, c’est dans le registre religieux que les différents groupes armés se réclamant de l’islam puisent leurs arguments pour légitimer leur «djihad» contre le régime de Damas. Même dans les régions kurdes, on a souhaité la victoire de l’équipe syrienne. Comme quoi, quelque part, demeure un attachement à ce territoire qui a pour nom la Syrie, et que les Occidentaux, Etats-Unis et France en tête, et leurs obligés les pétromonarchies du Golfe avant que le petit Qatar ne soit mis au coin par le grand frère saoudien, se sont employés à imploser en soutenant financièrement et en armant les groupes islamistes armés.
Alors question : cette unité manifestée autour de la sélection nationale syrienne va-t-elle permettre d’éviter la désintégration de la Syrie ? Cela serait possible si le régime de Bachar mettait fin à sa prétention d’incarner tous les Syriens au nom d’une idéologie arabiste pseudo-laïque, génératrice de dérives dictatoriales et de corruption ayant mené tout droit à la guerre qui déchire ce pays de vieille civilisation. Car si l’islamisme est par définition une impasse politique, le nationalisme arabe à la sauce baâthiste, parfois teinté conjoncturellement de religiosité islamisante, l’est tout autant.
Mais pour ce faire, il reste à savoir si les Etats-Unis, pour qui la région moyen-orientale est une chasse gardée depuis le pacte scellé entre Roosevelt et Ibn Saoud en 1945 – ils mènent une guerre depuis 1990 quand ce n’est pas leur bras armé israélien qui l’assure avec leur aval – et la Russie qui lui conteste ce rôle et qui y a effectué un retour en force, vont laisser les Syriens décider de leur avenir. On verra bien. Pour l’heure, saluons cette unité retrouvée, même momentanée, des Syriens grâce au football.
Quoi d’autre ? L’Algérie qui n’ira pas au Mondial en Russie ? Certes, les supporters de base que nous sommes, ne peuvent que compatir. Mais entre nous, il y a plus grave. C’est que les indicateurs du pays sont encore au rouge. Et une qualification algérienne à la Coupe du monde n’aurait rien changé à ce fait sinon à servir encore une fois d’exutoire à une réalité que d’aucuns qualifient de socialement et politiquement très, très préoccupante.
La dégradation économique couplée à la dégradation sociale – les deux vont de pair – sont bien là. Qui plus est, avec une valeur du dinar qui ne cesse de plonger, un chômage qui commence à remonter, un personnel politique qui ne se renouvelle pas – c’est pratiquement le même personnel qui est aux manettes depuis au moins 1999 –, un président invisible et une opposition politique à l’image fortement dégradée auprès de l’opinion, l’avenir ne s’annonce pas rose. Et ce n’est pas inviter l’armée à intervenir après avoir exigé sur tous les toits son retrait de la scène politique qui va concourir à rendre crédible le discours de l’opposition, si tant est qu’il soit écouté, auprès des Algériens.
H. Z.



Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2017/09/07/article.php?sid=1611&cid=8