Dimanche 24 septembre 2017
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Contribution : EL DJAZAIR, Récit d’un roman national
L’Algérie, une terre millénaire
(1re partie)


Par Ammar Koroghli
L’Algérie est une terre millénaire : des royaumes numides aux invasions romaine, vandale et byzantine. Suite à l’islamisation de la terre algérienne, elle connaît — ainsi d’ailleurs que le Maroc et la Tunisie — les dynasties des Rostémides, Zirides, Hammadides, Zianides, voire Almoravides et Almohades. Territorialement, l’Algérie contemporaine se constitue avec la Régence d’Alger et se perpétue par un Etat-nation après la colonisation française. Dans cette contribution qui se décline en trois parties, j’évoquerai donc le passé de notre Djazaïr ; plus tard, je reviendrai sur El Djazaïr post-indépendance.
Selon les chercheurs, le territoire d’El Djazaïr n’a cessé d’être habité pour une période qui oscille entre 500 000 ans et un million d'années. Des découvertes témoignent de la présence de l’Homo erectus, «contemporain des derniers australopithèques». La présence humaine, datée de 30 000 ans, est attestée par du «matériel lithique» (de pierre) retrouvé sur les gisements côtiers de Mostaganem et Ténès. Il semble également que le paysage était proche de celui de l’Europe (forêt et cours d’eau coulant jusqu’aux confins du Sahara) ; on y trouvait éléphants, rhinocéros, hippopotames, lions, girafes, autruches et antilopes. Dans l’Atlas saharien (Hoggar et plateau du Tassili), on décèle des gravures rupestres de l’homme néolithique d’une richesse artistique reconnue et… délaissée. La fin du néolithique au Maghreb est notamment caractérisée par l’assèchement du climat. Il semble admis que l’actuelle El Djazaïr soit sortie de la Préhistoire vers les XIIe et XIe siècles avant J.-C., lorsque les Phéniciens, navigateurs et commerçants émérites, y débarquèrent.
Deux sites algériens (l’un situé à Aïn El Ahnech près de Sétif et l’autre à Tighennif près de Mascara) attestent de la présence d’hominidés. L’archéologie confirme ainsi l’existence d’ancêtres sur plusieurs milliers d’années. L'Homme de Tighennif est considéré comme le plus ancien représentant connu du peuplement du Maghreb avec l’Atérien (de Bir El Ater, wilaya de Tébessa) où les fouilles archéologiques ont permis de révéler des armes très raffinées servant probablement à la chasse.
Et avec la révolution néolithique sont apparues les sociétés qui se sont sédentarisées pour produire leur nourriture au moyen de l'agriculture et de l’élevage. Il semble que les Capsiens (de Capsa, l’actuelle Gafsa), ancêtres des Numides berbères, sont apparus dans le sud constantinois ; ils s'installaient sur des sites à proximité d'un oued ou près des montagnes. Ils migrèrent aux alentours de 3 000 avant J.-C. au sud de l'Atlas tellien pour se retrouver au-delà de la ville actuelle de Batna, jusqu’à Tamanghasset (Tamanrasset) où ils laissèrent derrière eux les peintures rupestres (celles du Tassili n'Ajjer étant les plus réputées).
Ce sont autant de musées à ciel ouvert qui durent depuis plusieurs millénaires et soumis, hélas, à la dégradation du temps.
Il est admis par les historiens que la langue capsienne représente l'ancêtre des langues berbères au Maghreb (tamazight). Les Grecs les appelaient «Libyens» et leur terre «Libye». Il y eût au Sud les Gétules (peuples berbères d’Afrique du Nord décrits comme des nomades et des cavaliers chevronnés) et au nord, les comptoirs phéniciens (peuple originaire des cités de Phénicie, région correspondant au Liban), ensuite les Garamantes (Berbères libyens mentionnés par Hérodote) et finalement les Numides (ancien royaume du Maghreb central qui avait pour capitale Cirta, l'actuelle Constantine). El Djazaïr, conquise par Rome, fut transformée en province romaine ; christianisés, les Berbères résistèrent à Rome, ensuite aux Vandales et à Byzance. Tour à tour, ils ont été désignés sous les noms de Libyens, Maures, Gétules, Garamantes, Numides... Géographiquement, ils étaient établis sur des territoires s’étendant des Iles Canaries à l’Egypte. Parmi les noms illustres des Berbères figurent les empereurs Septime Sévère (par son père, il descend d'une famille d'origine libyco-punique, de culture punique et ayant obtenu la citoyenneté romaine depuis le Ier siècle) et Caracalla (d'origine punique également et berbère par son père Septime Sévère et syrienne par sa mère). D’autres noms non moins prestigieux : les rois numides Massinissa et Jugurtha, mais aussi Juba I et Juba II. Il y eût également Dihya — une reine guerrière berbère zénète des Aurès — et Tin Hinan qui, selon la tradition touarègue, est une princesse originaire de la tribu berbère du Tafilalet marocain qui s’est installée dans le Hoggar algérien. Outre les auteurs Apulée et Augustin, on peut de même citer Youcef Ibn Tachfine (berbère sanhadjien d’Adrar, semble-t-il), Tarek Ibn Ziyad (avec d'autres Berbères, il fut l’un des principaux acteurs de la conquête islamique de la péninsule Ibérique), Ibn Battouta (explorateur et voyageur musulman marocain d'origine berbère qui a parcouru près de 120 000 km)… La Numidie est sans doute le royaume berbère le plus connu. Selon Ibn Khaldoun, le terme amazigh désignerait le patriarche du peuple berbère.

Des Berbères
Historiquement, la question de l’origine des Berbères s’est posée depuis longtemps. Ainsi, selon Hérodote, les Libyens (vocable utilisé alors comme terme générique pour désigner les Nord-Africains) prétendaient descendre des Troyens. S’interrogeant sur les origines des Berbères, Salluste consulte les ouvrages en langue punique.
Diodore de Sicile présente les Berbères comme «arrivés à un assez haut degré de puissance et de civilisation». Le Moyen Âge, à l’appui de récits bibliques et de références historiques étudiées notamment par Ibn Khaldoun, place les Berbères comme ayant une origine chamitique. Ce terme ancien désignait un sous-groupe d’origine caucasienne regroupant, outre des populations sémites, des populations originaires d'Afrique du Nord, de la Corne de l'Afrique, de l'Arabie du Sud, voire d’anciens Égyptiens parlant des langues afro-asiatiques autres que les langues sémitiques. Aux XIXe et XXe siècles, plusieurs auteurs leur attribuèrent une origine européenne et nordique.
Il semblerait que, d’études génétiques, anthropologiques et linguistiques et d’études comparatives entre la langue berbère et d’autres langues, des historiens (tel Charles-André Julien) veulent montrer que les Nord-Africains actuels (arabophones comme
berbérophones) descendent essentiellement des Berbères. Toujours est-il que, pour qualifier à la fois l’ethnie et la langue du Maghreb, le vocable «berbère» fut le plus utilisé (à l’origine «barbaros» utilisé par les Grecs, puis par les Romains qui jugeaient «barabares» tous éléments étrangers à leurs cultures. Ibn Khaldoun l’utilse aussi dans son ouvrage : Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l’Afrique septentrionale. Anthropologiquement, au paléolithique, vivait l'homme de Tafoghalt de type «cromagnoïde». Des tests génétiques sur les squelettes de Tafoghalt semblent avoir confirmé l'origine ouest-eurasienne des Berbères (au sens géographique, l'Eurasie est formé de l'Europe à l'ouest et de l'Asie à l'est). Il appert également qu’au néolithique, le Capsien de type «méditerranoïde» venant de l'est de la Tunisie s’y adjoint, la culture capsienne étant décrite comme «proto-berbère».
Les linguistes pensent que les langues berbères (la langue amazighe) appartiennent à la famille des langues chamito-sémitiques («langues sémitiques, amharique, copte, langues tchadiques»…). En tout état de cause, Ibn Khaldoun fait remonter l'origine des Berbères à Mazigh, fils de Canaan. Les Berbères descendraient ainsi de Canaan, fils de Cham. Dans son ouvrage intitulé l'«Histoire des Berbères», il cite les travaux déjà faits sur la généalogie ancienne en désignant deux grandes familles : Madghis (Medghassen) et Barnis. Les Berbères, formés de plusieurs alliances entre les Gétules, les Garamantes, les Libyens…, ont noué des relations culturelles avec les Phéniciens. De ces échanges est née la brillante civilisation carthaginoise durant laquelle plusieurs villes portuaires furent érigées (dont Carthage), mais également avec l'Afrique noire, l'Égypte ancienne, la Grèce antique, l'Empire romain. Par la suite, il y eut la première guerre punique ; Massinissa mit en place le premier Etat : la Numidie. Durant l'ère pré-romaine, plusieurs Etats indépendants se succédèrent : Massaesyles, Massyles, Maures (Berbères nomades)… Le roi Massinissa unifia la Numidie et fonda la capitale Cirta. Au cours de la deuxième guerre punique, les Massaesyles (commandés par Syphax) s’allièrent à Carthage alors que les Massyles (commandés par Massinissa) se rallièrent à Rome. La guerre finie, les Romains attribuèrent la Numidie à Massinissa. A la mort de ce dernier, Scipion Emilien (général et homme d’Etat romain) partagea la Numidie entre les trois fils du roi. Rome obligea Micipsa, dernier fils de Massinissa, à répartir sa part entre ses deux fils et Jugurtha, fils naturel de son frère. Dans sa quête d’unification du royaume, ce dernier fit assassiner ses cousins et se rebella contre Rome à qui il infligea de sévères défaites. Mais il fut livré à Rome par Bocchus, son beau-père et jusque-là allié. La Numidie fut partagée : sa partie occidentale fut attribuée à celui-ci (il devint ainsi roi de Maurétanie), le reste fut laissé à un roi vassal de Rome. Plus tard, les Romains parvinrent à devenir maîtres de la totalité du Maghreb qui fut divisé en provinces.

La Numidie
Au IIIe siècle, l’Afrique du Nord était divisée en trois royaumes berbères : celui des Maures (royaume de Maurétanie), au centre celui des Masaesyles avec à sa tête le roi Syphax et près de Carthage, le royaume des Massyles. Les Masaesyles et les Massyles s'opposaient. Massinissa, chef des Massyles, parvint à unifier la Numidie, à défendre l'indépendance de son royaume et à acquérir une prospérité économique (notamment développement de l'agriculture et de l'élevage). Une monnaie fut frappée à son effigie. D’un point de vue de l’organisation politique, chaque province avait un gouverneur et à la tête de chaque tribu un «Amokrane» (un chef). Parmi ses conseillers figurèrent ses trois fils : Gulussa (chargé de l’armée), Mastanabal (chargé du trésor royal) et Micipsa (auquel furent déléguées certaines affaires). A sa mort, s’ensuivit une difficulté de succession (déjà le problème de succession se posait à El Djazaïr) ; la Numidie connut alors des troubles politiques.
Ce fut Micipsa, qui lui succéda ; il envoya Jugurtha (petit-fils de Massinissa) en Ibérie à seule fin de l'éloigner du pouvoir et nomma Gulussa vice-roi et ministre de la Guerre. Toutefois, ses deux fils Adherbal et Hiempsal achevèrent l’œuvre d'unification de Massinissa en scindant la Numidie en Numidie orientale et occidentale. S’ensuivit ensuite une guerre entre Rome et la Numidie lorsque Jugurtha y revint pour s’emparer du pouvoir en exécutant Hiempsal et en expulsant Adherbal afin de réunifier de nouveau la Numidie.
Non satisfaite de cette politique, Rome se mit en devoir de chercher querelle à Jugurtha. Conscient de l'étendue de la corruption qui prévalait chez les officiels romains, il semble qu’il se soit résolu à corrompre une partie de la classe politique romaine pour avoir la paix. Rome reconnut diplomatiquement la Numidie occidentale, mais imposa Adherbal sur le trône en Numidie orientale. Jugurtha, n’arrivant pas à s’y résoudre, finit par envahir cette partie de la Numidie afin de la réunir de nouveau. L’exécution par celui-ci de plusieurs hommes d'affaires romains opérant en Numidie orientale exacerba Rome. Derechef, Jugurtha parvint à corrompre ses responsables politiques. Malgré la conclusion d’un traité de paix, les légions romaines envahirent la Numidie. Jugurtha parvint à résister durant des années, combinant manœuvres militaires face aux Romains et politiques avec le roi Bocchus Ier de Maurétanie qui finit par trahir Jugurtha (capturé lors d’un guet-apens et exécuté). Dès lors, la partie occidentale de la Numidie fut attribuée à Bocchus, roi de Maurétanie. Les populations se rebellèrent de nombreuses fois (notamment les Zénètes).
Par ailleurs, autour de Tlemcen, des populations composant les royaumes Gétules auraient agi de même. On évoque le cas de Tacfarinas qui parvint à soulever celles-ci ; il mourut à Pomaria (l’actuelle ville de Tlemcen). La Numidie constitua alors une province de fait.
Elle fut néanmoins, sous Septime Sévère, détachée de la province d'Afrique pour constituer une province à part entière ; sous Dioclétien, elle fut une simple province, puis brièvement divisée en deux : «Numidie militaire et Numidie cirtéenne». Il semblerait que de nombreuses tribus berbères se convertirent au judaïsme. Le christianisme put ensuite se développer. Il y eut une révolte à la fois religieuse et politique. Le donatisme — du nom de l'évêque Donatus — s'étant développé dans l’actuelle El Djazaïr (notamment dans les Aurès) qui déserta peu à peu le champ religieux pour devenir une opposition politique à Rome.
Ce, car les donatistes rejetaient la politique religieuse de Constantin Ier, le premier empereur romain chrétien ; ils réclamaient ni plus ni moins que la séparation de l'État et de la religion. La répression ne se fit pas attendre. De l'idéologie donatiste naquit une secte dite des «circoncellions» : («ceux qui encerclent les fermes»). Ces circoncellions, ouvriers agricoles, devinrent des radicaux. Ils considéraient le martyre comme l’ultime vertu chrétienne. Ils voulaient mourir au combat en refusant de porter des armes en fer. Il semble que lorsqu'ils n'étaient pas tués, ils se suicidaient en sautant du haut d'une falaise… Ce mouvement autant religieux que social finit par disparaître vers le IVe siècle.
Vers 395, l'Empire romain finit par réduire son contrôle sur l’actuelle Afrique du Nord compte tenu des sérieux problèmes internes qui le minaient. Toutefois, ce n’est que vers l’an 430 que Rome se retira de cette région sous la pression des Vandales et des Alains (autre peuple indo-européen). Vers la même époque, saint Augustin (considéré comme le symbole de l'intégration de la population berbère au sein de l'Empire romain) trouva la mort durant le siège d'Annaba par les Vandales. Sous le règne de Gabaon, les Berbères réussirent à battre les Vandales et à s'emparer des Aurès. Les attaques de plus en plus fréquentes des Berbères et la résolution de l'empereur byzantin Justinien provoquèrent la chute du royaume vandale. C’est ainsi que vers 544, les Byzantins exercèrent le pouvoir dans la province de l’actuelle Constantine ; de l'insurrection berbère contre les Byzantins naquirent plusieurs États : les Djerawa, les Banou Ifren, les Maghraouas, les Awarbas, et les Zénètes.

El Djazaïr conquise à l’Islam
Plus tard, El Djazaïr (Maghreb central) fut conquise par les Arabes (conquête ayant duré de 641 à 711). La résistance fut plus marquée dans les Aurès avec la reine berbère Dihya surnommée la Kahéna, qui a pu vaincre Hassan Ibn Noumâne en 693. De même, Okba Ibn Nafaâ a été vaincu par Koceila en 689 près de Biskra. La conversion des Berbères à l’Islam se fit depuis jusqu’au IXe siècle à travers notamment les mosquées et les zaouïas.
L’arabisation du Maghreb central fut un processus long ; il semble que la langue se répandit davantage avec l’arrivée des Hilaliens ou Banou Hilal. L’avancée de la langue arabe se fit également par l’intermédiaire des Andalous, le berbère subsistant en Kabylie, les Aurès, le Dahra (où habitaient les Zénètes, descendants des Banou Ifren et des Maghraouas) et l'Ouarsenis qui regroupe les actuelles wilayas de Médéa, Aïn Defla, Tissemsilt, Chlef, Relizane et Tiaret.
Après la conquête musulmane du Maghreb, les Berbères se révoltèrent contre le régime omeyyade à telle enseigne que le Maghreb central devint autonome. Le kharidjisme devint l'étendard. La dynastie la plus connue en Algérie fut celle des Rostémides ; dans le reste du Maghreb, on connaît celles des Aghlabides — sunnites de Kairouan — et les Idrissides — chiites de Fès. L’histoire a retenu le nom d’Ibn Roustom, kharidjite (d'origine perse) qui se réfugia dans l'Ouest algérien où il fonda Tahert en 761 (Etat caractérisé par l’ascétisme de ses dirigeants, son rayonnement culturel et sa tolérance religieuse). Ayant gardé son indépendance vis-à-vis des Abbassides, Ibn al-Aghlab fonda la dynastie des Aghlabides et occupa la partie orientale du pays, hors les Aurès et la Petite Kabylie. Devenue une cité riche par le commerce, Tahert était également réputée par ses bibliothèques où on trouvait des manuscrits de médecine et d'astronomie.
L’Etat rostomide finit par tomber aux mains des Fatimides en 909 (dynastie califale chiite ismaélienne qui régna sur un empire qui englobait une grande partie de l'Afrique du Nord, la Sicile et une partie du Moyen-Orient). Ses habitants furent pour les uns massacrés et pour les autres exilés. Ils finirent au M’zab où ils bâtirent Ghardaïa, Melika, Beni Isguen, Bounoura et El Ateuf. Le kharidjisme fut remplacé par le malékisme.
Cette nouvelle dynastie des Fatimides pensait que le khalifat devait revenir à la descendance d'Ali et de Fatima, considérant les khalifes abbassides comme des usurpateurs. Il y eût alors l’accession de Ubayd Allah avec le titre de Mahdi et de commandeur des croyants, après avoir fait assassiner Abou Abdallah (Yéménite installé à Ikjan, localité de la commune de Beni Aziz dans l’actuelle wilaya de Sétif). Cet assassinat déclencha des révoltes berbères notamment chez les Kotamas (Petite Kabylie).
Les Fatimides, avec l'aide de leurs alliés Sanhadja menés par le chef berbère Ziri Ibn Menad, réprimèrent les révoltes zénète et kharidjite. Selon Ibn Khaldoun, les Sanhadja constituaient une des sept grandes tribus des Branès (Bernés serait le fils de Mazigh, l'ancêtre de tous les Berbères). Avant son départ, le calife fatimide désigna Bologhine Ibn Ziri, chef des Sanhadja, comme gouverneur du Maghreb (fondateur de la dynastie berbère des Zirides régnant sur l'Ifriqiya de 972 à 984).
Les Zirides bâtirent une souveraineté dans le Maghreb central. Ziri chargea son fils Bologhine Ibn Ziri de construire trois villes : Miliana, Médéa et Alger. En 972, Bologhine fut nommé Emir du Maghreb par les Fatimides. Il étendit son autorité à l'ouest en s’emparant de Tahert et de Tlemcen.
Les Zirides s'installèrent en Tunisie, laissant le Maghreb central à leurs cousins Hammadites. Le fondateur de la dynastie, Hammad Ibn Bologhine (fils de Bologhine Ibn Ziri), fut désigné gouverneur dans le Maghreb central. Les Hammadites se détachèrent de l'autorité ziride et construisirent en 1007 une nouvelle capitale (Al-Qalaa) et rejetèrent l’autorité fatimide pour signifier leur indépendance tout en adoptant le sunnisme.
En représailles, les Fatimides lancèrent contre eux les tribus arabes des Hilaliens installés en Haute-Égypte en 1051. Pour éviter l'affrontement avec les tribus arabes et s'intégrer au commerce méditerranéen, les Hammadites transférèrent leur capitale à Béjaïa qu'ils fondèrent en 1064 ; ils s’y installèrent définitivement en 1090 avant d'être vaincus par l'Almohade Zénète Abd El Moumen.
L'«invasion hilalienne», phénomène migratoire s’étalant sur trois siècles, a constitué un événement majeur pour tout le Maghreb. Selon Ibn Khaldoun, des tensions ont existé entre Arabes nomades et sédentaires, mais également entre les sédentaires et les nomades berbères. Progressivement intégrés dans la société d'accueil, ils permirent l'arabisation (notamment chez les Zénètes nomades). A l’en croire, il y eût une régression dans l’agriculture, mais également dans le domaine urbain avec le déplacement des populations vers le littoral et l'abandon des villes intérieures. La nouvelle capitale a été peuplée par les citadins, commerçants, savants et lettrés ayant fui Kairouan. La région connut une vraie prospérité.
La cité abritait de nombreux palais et lieux de culte. Le souverain hammadite El Nasir construisit Béjaïa (capitale du royaume et l'un des plus importants ports du Maghreb), outre qu’elle fût un pôle intellectuel renommé pour la science qui attira nombre d’étudiants et de savants.

Almoravides et Almohades
Du XIe siècle au XIIIe siècle, les Almoravides (El Mourabitoun) puis les Almohades (El Mouahidoun) ont tenté de construire deux empires qui regroupaient le Maghreb et El Andalous. Au début du XIe siècle, les nomades Sanhadja du Sahara occidental se proclamèrent Almoravides. La «guerre sainte» toucha l'Afrique noire aux fins de conversion. Au début du XIIe siècle, cet «empire» berbère s'étendit du Sénégal à l’Espagne. L'Etat almoravide, d’obédience religieuse et militaire, eut une armée composée de Sanhadja auxquels se joignirent des mercenaires noirs et européens. Au Maghreb central, les Almoravides s’emparèrent de Tlemcen, d’Oran et d’Alger. Il semblerait que les villes d’Alger et Tlemcen aient connu un épanouissement pendant leur règne, mais sans égaler celui de Béjaïa la hammadite conçue comme centre économique et culturel du Maghreb central. Le mouvement almohade naissant signifia la fin de l'empire des Almoravides.
Fondé par Ibn Toumert, ce mouvement s’installa dans les années 1120 dans le Haut-Atlas marocain.
Les Almohades préconisaient une doctrine réclamant l'unicité absolue de Dieu. Ibn Toumert prêcha dans une mosquée à Béjaïa en critiquant notamment les mœurs des citadins ; il en a été chassé. A sa mort, Abd El Moumen changea le système politique en monarchie héréditaire avec l’appui de sa tribu d'origine : les Koumya et les Hilaliens qu'il intégra dans l'armée régulière. Il occupa Tlemcen et Oran.
En 1151, il battit les Hammadites et occupa Béjaïa en battant les Hilaliens près de Sétif, vers 1153. L'empire déclina au cours de la première moitié du XIIIe siècle. Ainsi, en 1212, les Almohades subirent une importante défaite face aux armées chrétiennes en Espagne. De même, au Maghreb, le gouverneur de l'Ifriqiya se proclama indépendant en 1229 ; ensuite, ce fut au tour du gouverneur de Tlemcen en 1236. Las, la Reconquista progressait. Les Mérinides mirent fin à l'empire almohade en 1269 avec la prise de Marrakech. Sous les Almohades, il semblerait qu’il y eût des conversions forcées de juifs et de chrétiens. Durant leur règne, la langue arabe devint la langue de la culture ; le mysticisme et les chants soufis se développèrent.
Le Maghreb connut alors un grand afflux d'«immigrés» andalous. Après la fin de l'empire des Almohades, le Maghreb fut partagé en trois entités politiques : les Hafsides à l'est, les Zianides au centre et les Mérinides à l'ouest. La dynastie zianide fut fondée par Yaghmoracen Ibn Ziane (ancien gouverneur almohade de Tlemcen). La dynastie hafside, vassale des Almohades, rompit avec eux ; elle domina la moitié orientale de l'Algérie actuelle avec Tunis pour capitale.
Les deux dynasties résistèrent pendant plus de trois siècles. À l'est, les Zianides tentèrent d'élargir leur influence. De nombreuses révoltes éclatèrent à Béjaïa et Constantine, accentuant ainsi leur caractère de principautés instables.
En 1299, les Mérinides parvinrent à occuper la ville à deux reprises ; ils envahirent également le territoire hafside. Les deux dynasties hafside et zianide disparurent après la prise de leur capitale Tunis et Tlemcen par les Ottomans, respectivement en 1574 et 1555. Les Zianides firent de Tlemcen (ville réputée pour sa tolérance religieuse) une cité importante avec cent mille habitants (tout comme Béjaïa). Centre de rayonnement culturel et commercial, elle fut l’une des villes les plus renommées du Maghreb.
A. K.
(À suivre)

Bibliographie (non exhaustive)
• Mahfoud Kaddache : L'Algérie des Algériens de la Préhistoire à 1954, Ed. Paris Méditerranée EDIF, 2003 ;
• Paul Balta (sous la direction de) : Algérie, Ed. Nathan-ENAL, 1988 ;
• Gilbert Meynier : (L’Algérie des origines. De la préhistoire à l’avènement de l’islam, 2007).
• Ibn Khaldoun : Histoire des Berbères (Traduction, William Mac-Guckin de Slane, Éd Berti, Alger 2003).
• Serge Lancel : L’Algérie antique : De Massinissa à saint Augustin (éditions Mengès, 2003).
• Charles-André Julien, Histoire de l’Afrique du Nord, Payot et Rivages 1994 ;
• Charles-Robert Ageron : Histoire de l’Algérie contemporaine, (Presses universitaires de France - PUF, 1990).
• Benjamin Stora : Histoire de l’Algérie coloniale : 1830-1954 (La Découverte, 2004).
• Pierre Bourdieu : Sociologie de l’Algérie, (Ed. PUF 1958, réédition de 2001).
• Salem Chaker : Berbères aujourd’hui, (Ed. L’Harmattan, 1999).
• Renaud de Rochebrune, Benjamin Stora, Mohamed Harbi : La guerre d'Algérie vue par les Algériens. 1, Des origines à la bataille d'Alger (Ed. Denoël, 2011).
• Rédha Malek : L'Algérie à Evian : histoire des négociations secrètes : 1956-1962 (Ed. du Seuil, 1995).
• Lounis Aggoun, Jean-Baptiste Rivoire : Françalgérie : crimes et mensonges d'Etats : histoire secrète, de la guerre d'indépendance à la «troisième guerre» d'Algérie ; (Ed. La Découverte, 2004).

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