Lundi 25 septembre 2017
Accueil | Edition du jour
 
Actualités
Périscoop
Sports
Femme magazine
Contribution
Régions  
Corruptions  
Culture  
Kiosque arabe  
Digoutage  
Soit dit en passant
Pousse avec eux
Edition du jour
Nos archives en HTML


Chronique du jour : Kiosque arabe
Dieu nous garde de nos amis !



Par Ahmed Halli
[email protected]

On ne les a pas entendus du tout, ou si peu, au moment où la «coalition arabe», ou les Saoudiens si vous préférez, bombardaient indistinctement chiites et sunnites du Yémen. Ils ont donné timidement de la voix il y a quelques semaines lorsqu'une nouvelle «coalition arabe» est partie en guerre contre le Qatar. Entre leur père saoudien, et leur sœur qatarie, les islamistes algériens ne pouvaient que déplorer les divisions arabo-musulmanes, et proposer leur médiation. Toutefois, on sait qu'en matière d'allégeance, la girouette islamiste change souvent de direction, et compte tenu du climat actuel, elle serait plutôt orientée vers Doha. Le Qatar, en effet, soutient et entretient contre vents et marées égypto-saoudiens le mouvement des «Frères musulmans». Chassés du pouvoir en Égypte, les «Frères musulmans» se sont tournés vers le Qatar, et la Turquie, alliés objectifs dans la guerre idéologique qui déchire l'islam. Les «nôtres» d'islamistes plutôt attachés à la sœur qu'au père, et plus proches encore du grand frère musulman, ont naturellement suivi le mouvement, et choisi, mais sans trop le crier sur les minbars, leur «qibla». Faute de nouvelles instructions, ou de nouveaux renversements d'alliances, les minarets islamistes(1) sont au diapason, surtout quand il s'agit de tirer sur Mme Benghabrit.
Il semblerait toutefois que la balance (commerciale) algérienne ait penché dernièrement vers le Qatar, et plus particulièrement vers le mouvement internationaliste des «Frères musulmans». En témoigne cette réaction indignée de l'association des «ulémas», ou «savants» religieux, à certaines arrestations opérées par les autorités saoudiennes dans les milieux des prédicateurs. Cette réaction émane de l'un des dirigeants de l'association, Kaddour Kernache, qui s'est fendu d'un communiqué déplorant l'arrestation d'un «ami de l'Algérie», Moussa Cherif. Ce prédicateur, «ami de l'Algérie», figure dans la liste des théologiens arrêtés il y a une dizaine de jours, dont Salman Al-Awda et Aïdh Al-Qarni, pour suspicion de collusion avec le Qatar. Al-Awdha et Al-Qarni, les plus connus en Algérie, sont considérés comme proches des «Frères musulmans», mais ils étaient relativement discrets jusqu'au récent conflit avec le Qatar. Le quotidien de Londres, Al-Quds, voit dans ces arrestations (une vingtaine) qui ne comprennent pas seulement des théologiens, une volonté de museler toute opposition. Le journal, aussi tourbillonnant que les dirigeants islamistes, relie cette initiative aux intentions du Roi Salman d'abdiquer en faveur de son fils, Mohamed, dirigeant de fait du royaume.
Quant au prédicateur Moussa Cherif, il s'est signalé dans le passé par son soutien aux pseudoprintemps arabes, essentiellement dans la cadre de l'association internationale des «ulémas», présidée par Karadhaoui. Connu pour ses liens avec les «Frères musulmans», tout comme ses «amis algériens», il a récemment appelé les Égyptiens à ne pas vendre leurs terres, et leurs biens, aux entreprises des Émirats. Plus grave encore, Moussa Cherif est revenu sur son sujet favori, le «Printemps arabe», qu'il a comparé à une tempête qui allait emporter tous les régimes arabes. Pour mieux nous faire connaître ce personnage, le responsable de «l'association des ulémas» nous explique pourquoi Moussa Chérif est un ami de l'Algérie : d'abord, parce qu'il a publié une série historique intitulée La guerre des croisés contre l'Algérie(2). Il a visité l'Algérie, pour la première fois en 1986, comme pilote de ligne, l'un des métiers qu'il a exercés avant de se spécialiser dans l'Histoire et la religion, en tant que prêcheur. Depuis, il est revenu nous visiter à plusieurs reprises, et notamment l'année dernière en tant qu'invité pour la commémoration de l'anniversaire de la création de l'association, précise Kaddour Kernache. Moussa Cherif : un ami de l'Algérie, comme on aimerait bien ne jamais en avoir... Dieu nous en garde !
Aussi dévoués à la religion, et au bonheur de musulmans qui survivront au carnage, sont les théologiens de l'université «Al-Azhar», qui font de leur communauté un sujet de dérision pour les étrangers. L'un de ces cheikhs est en passe de se faire un nom, et une carrière, en matière de relations conjugales, et de sexologie, à la lumière des textes élaborés, ou validés par des théologiens. Le «Douktour» Sabri Abd-Al-Raouf, car c'est de lui qu'il s'agit, s'est signalé tout récemment en reprenant à son compte une fatwa marocaine autorisant un mari à s'unir à son épouse défunte. Le cheikh d'Al-Azhar est revenu sur un sujet très controversé, mais source de débats théologiques, et de codification, lors de l'émission «Sur quoi s'interrogent-ils ?», sur la chaîne égyptienne LTC(3). L'émission animée par Ahmed Abdoun, traite, en direct, de sujets aussi saugrenus que les rapports sexuels dans une baignoire, ou la licéité de filmer ces rapports. Pour bien montrer que tout se passe dans un cadre religieux strict, l'animateur a choisi comme titre la première phrase du premier verset de la sourate 78 du Coran «Sur quoi s'interrogent-ils ?». Ainsi couvert, il peut se permettre de traiter, et de régler, les problèmes du couple, les plus scabreux: un téléspectateur s'adresse à la célèbre prédicatrice Souad Salah(4) pour se plaindre de sa femme.
Cette dernière ramènerait régulièrement au domicile conjugal un charlatan qui se livrerait sur elle à des actes d'exorcisme et de sorcellerie, en dépit de l'interdiction du mari. Sentence sans appel, et en direct de Souad Salah : «Répudie-la tout de suite !». Reste à savoir s'il a obéi à l'injonction ou si les formules magiques de l'intrus ont été les plus fortes.
A. H.

(1) On peut se demander, d'ailleurs, s'il y a encore des minarets qui ne sont pas à l'usage exclusif des islamistes, et de leur mère batterie wahhabite.
(2) Je n'ai rien lu de tel, mais au vu du titre et de l'admiration qu'il suscite chez nos distingués «savants», je présume que ce feuilleton, ou livre, historique a dû faire la part belle à l'association fondée par Ben Badis, qui a daigné se joindre à la lutte armée, après son déclenchement, avant de s'en attribuer les mérites.
(3) LTC : Nilesat 07 W/11219 H/
(3) La prédicatrice, qui n'est pourtant pas une révolutionnaire, est actuellement la cible d'Al-Azhar pour avoir affirmé que les théologiens avaient aussi codifié la zoophilie, ou les rapports sexuels avec les animaux.

Nombre de lectures : 1

Format imprimable  Format imprimable

  Options

Format imprimable  Format imprimable

La copie partielle ou totale des articles est autorisée avec mention explicite de l'origine
« Le Soir d'Algérie » et l'adresse du site