Jeudi 28 septembre 2017
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Chronique du jour : SOIT DIT EN PASSANT
Mémoire en devenir


Par Malika Boussouf
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Ces derniers jours ont été l’occasion pour certains médias, heureusement qu’ils sont là, de commémorer les massacres, à moins d’un mois d’intervalle, de Raïs et Bentalha. Ces nuits terribles de fin août et fin septembre 1997 où l’innommable et l’horreur avaient rendu incomparable cette violente entreprise de négation et démontré qu’il suffisait d’un rien pour basculer vers le néant, pour redéfinir le sens même de la condition humaine. Il m’est déjà arrivé d’évoquer le cas de ces jeunes filles qui n’avaient, alors, jamais franchi le seuil du domicile familial et qui, puisqu’elles avaient échappé au pire, se décidèrent à braver l’interdit parental, à réclamer le droit de se regrouper pour tenter d’apprendre à se débrouiller par elles-mêmes. A coudre par exemple. J’en avais rencontré quelques-unes dans une ancienne écurie qui sentait fort le crottin de cheval. Elles n’avaient même pas de quoi dessiner un patron et faisaient tout à même le sol. Toutes savaient qu’à Alger aussi les monstres des GIA avaient semé la terreur mais ce qui se passe sous vos yeux paraît toujours inégalable en atrocité. Lorsque je les avais rencontrées une année après le drame, la douleur était encore là.
Plus que jamais là, étranglant les mots dans la gorge de celles qui avaient encore du mal à en parler. Mais elles étaient quand même là, certaines se prêtant volontiers au jeu des questions-réponses, réalisant, au fur et à mesure que la parole se libérait, qu’elles n’étaient plus seules et qu’elles pouvaient rompre le silence.
Et tandis que l’une racontait, une autre perdait connaissance à l’évocation de la nuit des longs couteaux qui avaient emporté parents et voisins.
Dans une atmosphère hantée par les visages de parents disparus, je regardais, la gorge serrée, certaines rescapées débattre de ce sentiment d’impuissance et de désespoir qui accompagnait chacun des mots prononcés qui redonnait vie au cauchemar. Un jour, je reparlerai de ces enfants victimes du terrorisme regroupés autour de Belkacem Hadjadj qui filmait, ce jour- là, une fresque réalisée par eux et conduite par le peintre plasticien Djamel Merbah. Un jour...
M. B.

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