Dimanche 29 octobre 2017
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Chronique du jour : Ici mieux que là-bas
L’Ancêtre et le Salon


Par Arezki Metref
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L’ancêtre. J’ai bondi en relisant à la parution du canard la chronique de la semaine dernière. Un morceau en avait disparu. C’est dû à un incident technique, comme on dit. Un banal problème d’envoi d’email qui a pour conséquence cet ajout. Un couac dans la transmission a mutilé le texte du paragraphe conclusif. Comment ne pas y voir un signe ? Cet incident ressort quelque part de l’appel de la providence. Je crois qu’il était écrit qu’il fallait revenir sur le sujet. L’occasion est trop belle pour la bouder.
Un petit rappel pour mettre tout le monde à niveau. C’était l’histoire d’un vieillard en Kabylie dont les gosses se moquaient. Un adulte vint à passer et il rappelle que ce vieux dont on se marre avait été un véritable héros lors de la révolte de 1871.
Après en avoir brossé un topo de façon impersonnelle, une sorte de portrait-robot du héros vieilli et moqué par l’ingratitude, je finissais par la conclusion suivante.
«L'histoire que je viens de rapporter est inspirée d'un personnage véridique. Mais elle n’est pas toute son histoire. Il s'agit de l'un de mes ancêtres, M'hamed Nath Amer, dont aucun livre ne parle, sauf la mémoire collective qui a retenu jusqu’à ce jour ses poèmes qui sont arrivés jusqu’à nous par la magie de cette résistance qu’est l’oralité. Aucun livre ? Pas tout à fait. Il y a ce passage – émouvant — que lui consacre Amar Metref, dans son ouvrage Raconter Ath Yani paru aux éditions El-Amel en 2012. Il y évoque d'autres personnages qui appartiennent au génie populaire sur lesquels on a bougrement envie de revenir.»
Et voilà ! Un retour plus rapide qu’on ne l’aurait imaginé. Nous voilà donc devant la nécessité et le plaisir de poursuive un peu l’histoire de M’hamed Ath Amer. Notre enfance a été bercée de la narration épisodique de ses exploits. Episodique ? A dire vrai, on ne se levait pas tous les matins dans l’écoute méthodique des prouesses de l’ancêtre héroïque. Mais à l’occasion, une tante, sa petite-fille ou son arrière-petite-fille, elle-même assez âgée à l’époque de notre enfance, disait à la perfection ses poèmes et c’est toute la geste de la tribu qui, versifiée, s’égrenait comme un chant d’Homère.
Ce qui est étonnant, à la réflexion, c’est cette transmission défectueuse au niveau des générations qui lui étaient contemporaines, celle de ses petits-enfants, alors qu’elle a été faite, du moins partiellement, pour des générations plus lointaines dans le temps. Sans doute, suite à la défaite de la révolte de 1871, et la terrible répression qui s’abattit sur la Kabylie, poussant à l’exil des milliers de familles, entrait-il dans une stratégie de survie que de mettre la sourdine au récit des combats. La répression coloniale a contraint les Kabyles jusqu'à donner aux insurgés de 1871 tués lors des combats des sépultures anonymes. L’armée coloniale poussait le cynisme jusqu'à profaner les tombes identifiées comme étant celles des révoltés. Donc, le silence s’est peut-être imposé comme ligne de défense.
Des M’hamed Ath Amer, il y en eut beaucoup en Kabylie et ce n’est pas occulter le mérite et l’héroïsme des autres que d’en parler. Au contraire, peut-être, en parler, c’est évoquer les autres. Tous les autres.
Le Salon. Il s’agit du Sila ( Salon international du livre d’Alger), évidemment. Une journée entière d’immersion dans le vertige des livres vaut son pesant d’observations. Une première remarque : le robinet est tari. Par rapport aux années précédentes, on sent que moins de fric circule dans la sphère du livre. Les éditeurs locaux semblent avoir nettement moins publié, les subventions diverses ayant été réduites, voire supprimées. Mais le plus spectaculaire à remarquer, surtout lorsqu’on passe au Salon un vendredi, c’est la raréfaction de ces badauds traînant d’énormes sacs de livres, le plus souvent religieux, qu’ils viennent d’acquérir. Moins de fric qui circule, oui, donc moins de tout !
Des rencontres, diverses, avec des amis, certains perdus de vue depuis des lustres. Mais c’est toujours comme ça, au détour d’une allée surgit un visage des limbes du passé.
Les cheveux ont blanchi, le visage a enregistré les marques du temps qui passe mais quelque chose est encore reconnaissable, un sourire, une façon de se tenir, un je ne sais quoi qui fait tilt et fait faire marche arrière aux aiguilles de l’implacable pendule que chante Jacques Brel, celle qui dit je vous attends.
Plaisir, par exemple, de revoir Azzedine Hamou, blanchi certes mais qui a gardé un sourire chaleureux. Azzedine, je le connais depuis le milieu des années 1970 dans des expériences journalistiques qui paraissent aujourd’hui, avec le recul, fabuleuses. On parle des amis, de ce qu’ils sont devenus.
- Tu sais, me dit-il, j’ai retrouvé une photo, le jour où nous sommes allés, toi et moi, couvrir El Han Oua Chabab. On a pris une photo avec Saloua et Nadia Benyoucef qui était toute jeune. Ce devait être en 1974. Un bail. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts. Mais c’est peut-être toujours la même histoire. Celle de savoir ce que devient ce que nous vivons, collectivement, et individuellement. Une histoire, au fond, de transmission.
A. M.

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