Samedi 4 novembre 2017
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Soirmagazine : ATTITUDES
Hospitalité


Par Naïma Yachir
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Au volant de sa voiture immatriculée à Chlef, Mourad débarque à Boussaâda. Le voyage l’a épuisé. Il cherche désespérément un petit hôtel. Tout ce qu’il veut, un lit où il peut dormir après une nuit de conduite harassante. Un homme, la quarantaine bien entamée, remarque son inquiétude. Il se dirige vers lui et lui demande :
- Vous venez de Chlef ? Vous avez l’air perdu, que cherchez-vous ?
- Un endroit pas cher où je peux m’allonger et me payer un bon somme.
- C’est tout. On va régler ça. Mais avant permettez-moi de vous offrir un café.
-Volontiers.
- Garez votre voiture dans le parking et suivez-moi.
Mourad s’exécute sans se poser de questions.
Nos deux comparses se dirigent vers le café populaire de la ville et s’attablent. Ils passent commande et font connaissance tout en sirotant leur breuvage.
Vous venez donc de Chlef. Et que nous vaut votre visite ?
- Disons que je découvre mon pays que j’adore. Comme je ne suis pas Crésus, je ne peux donc pas me payer le luxe d’un grand hôtel, alors je suis à la recherche d’une petite bicoque où je peux passer quelques jours et je reprendrai la route pour une autre destination.
- Vous êtes en quelque sorte un aventurier...
- Un peu, oui.
Et vous êtes originaire de Chlef ?
- Oui. J’y suis né, y ai vécu ma plus tendre enfance et suis retourné pour m’y établir. Je suis un célibataire endurci, un retraité qui profite de son temps libre pour faire du pays. Mon projet, c’est d’écrire un livre sur les gens de mon pays. Je n’ai pas eu le temps de voyager quand je travaillais. L’administration use. Je me rattrape aujourd’hui.
- Je trouve ça formidable. Vous n’allez pas être déçu. Et ne cherchez plus d’endroit où loger. Vous êtes mon hôte.
- Merci pour votre hospitalité.
- Je vais vous faire un aveu. En fait, quand j’ai vu le matricule de la voiture, des souvenirs ont ressurgi. J’ai connu Chlef il y a dix ans. Je n’ai pas fait d’études très poussées, mais je me débrouille dans le commerce. Je sillonne le pays pour écouler ma marchandise. Un jour que je me trouvais dans cette ville, j’ai été agressé par une bande de voleurs qui après m’avoir asséné des coups de couteau se sont emparés de mon argent et m’ont laissé par terre gisant dans mon sang. Je me suis retrouvé à l’hôpital. Je ne connaissais aucun quidam, et en me réveillant j’ai découvert des personnes qui venaient s’inquiéter de ma santé. Je ne voulais pas effrayer ma mère, je ne lui ai donc pas parlé de l’agression. Et bien figurez-vous que pendant mes quinze jours d’hospitalisation, je recevais des visiteurs tous les jours. Dans un mouvement de solidarité ils entraient dans la salle chargés de nourriture de toutes sortes, de succulents plats préparés à la maison, des friandises. Ils me bichonnaient, choyaient comme si j’étais un membre de leur famille. Ils étaient peinés de ce qui m’était arrivé et juraient par tous les saints que s’ils attrapaient les coupables ils les corrigeraient. Ils me répétaient que j’étais leur invité, et un invité est cher pour eux. J’en avais les larmes aux yeux, à telle enseigne que j’ai vite effacé de ma mémoire l’attaque. Je garde de Chlef la générosité de ses habitants, leur hospitalité, leur amabilité. Quand j’évoque ce souvenir, j’en pleure encore. Et quand je vous ai vu, je me suis tout de suite remémoré cet épisode de ma vie. Pour moi, les gens de Chlef seront toujours mes invités.

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