Samedi 25 novembre 2017
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Chronique du jour : Lettre de province
Urnes à moitié vides et pas de «Madame» le maire en vue !


Par Boubakeur Hamidechi
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Malgré le fait que les scrutins locaux sont, par définition, des élections sans grands enjeux politiques, l’abstention continue tout de même à marquer leur déroulement. D’un cycle quinquennal à un autre, puis au suivant, l’on a constaté, au soir du vote, la même amplitude de la défection de l’électorat. Un désintérêt qui ne date d’ailleurs pas du rendez-vous raté de 2012 comme le suggérait le ministre de l’Intérieur ce jeudi lorsqu’il insistait sur le «léger mieux» dans la participation par rapport à celle des urnes précédentes. Car plus loin dans le passé récent, en 2007 précisément, un véritable boycott balaya la légitimité des mandats communaux au point de susciter le désarroi en haut lieu et pousser le ministre de l’Intérieur de l’époque – Zerhouni pour ne pas le nommer – à adresser un courrier en millions d’exemplaires à des abstentionnistes listés dans chaque registre communal. Un délire quasi-ubuesque qui suscitera de franches rigolades jusque dans les hameaux les plus reculés, tant le procédé manquait de sérieux et de légalité juridique de la part de la haute bureaucratie.
Alors qu’auparavant l’abstention était régulièrement corrigée à partir des procès-verbaux établis par les centres de vote et sous le contrôle pointilleux des walis, l’on décida, dès 2007, d’expérimenter la redoutable règle de la transparence mais seulement dans le palier électoral le moins compromettant : celui des scrutins locaux. Le cinglant retour de manivelle de cette innovation allait justement contraindre le pouvoir à l’orchestration de vastes campagnes de sensibilisation. Sauf que faute de grands communicants sachant cibler convenablement les catégories sociales les plus réfractaires, ces fameux matraquages médiatiques finirent par susciter de la suspicion. Car l’exercice n’avait sûrement pas contribué au recul escompté de l’abstention. D’ailleurs, au vu des premiers taux donnés par le ministre de l’Intérieur, ils sont demeurés dans la même fourchette que ceux des récentes législatives.
De par sa répétition depuis au moins six consultations (législatives+communales) peut-on continuer dès lors à justifier le désintérêt électoral algérien par de folkloriques arguments quand il faut aller vers des diagnostics plus sérieux exigeant que l’on se penche d’abord au chevet d’une société en permanence désorientée même dans son comportement de tous les jours ? Comme quoi, il en sera toujours ainsi de nos votes futurs tant que les ambiguïtés politiques dans lesquelles baigne le pays demeureront en l’état et surtout qu’elles continuent à peser dans la modulation sélective, voire discriminatoire des candidatures à tel ou tel scrutin.
C’est d’ailleurs cette question qui revient régulièrement dans le débat à la veille de chaque renouvellement des APC. Alors que l’on se gargarise à satiété du fait que le Parlement algérien est le moins sexiste du monde arabe grâce à une forte présence de femmes dans les hémicycles, pourquoi ne se pose-t-on pas la même question quant à l’absence d’Algériennes dans la fonction de maire ? Autrement dit, peut-on espérer voir une poignée de communes, parmi les 1 541 que comptent les territoires, déclarer ce samedi 25 novembre avoir une femme à sa tête ? Certainement pas à cause cette fois-ci d’une énorme maladresse du juriste qui, en voulant amender la loi électorale récemment (2016), n’a pas pris la précaution d’introduire certaines conditions à la nouvelle règle qui veut dorénavant que le maire soit automatiquement celui qui est à la tête de la liste majoritaire. En somme, le premier de cordée des victorieux. Or, après avoir opté pour cette manière de résoudre le casse-tête de la majorité absolue nécessaire à la désignation du maire, le législateur a en même temps introduit un deuxième verrou informel dans le fameux article 65. Celui qui pénalise notamment les candidates élues qui ne sont majoritairement pas têtes de listes chez les partis les plus puissants. En effet, il se trouve que nulle part dans les listes des partis de premier rang (FLN, RND, FFS et RCD) l’on ait désigné une femme en qualité de pilote. Mais, dira-t-on, que devait faire le législateur ? Tout simplement introduire le principe de «l’exception» dans la loi ordonnant à tout parti présent dans plus de 100 communes d’en désigner à hauteur de 10% des femmes comme têtes de listes.
Hélas, ce préalable à la véritable promotion de l’autre moitié de la société a été omis en dépit des professions de foi politiques que même les partis parrainés par le pouvoir n’ont eu de cesse d’affirmer qu’ils l’appliqueront selon les contextes. Qu’est-ce à dire sinon que les faiseurs des listes électorales sont certes fondés formellement à illustrer cette théorie des quotas sans jamais rompre avec l’éternelle relégation politique de la militante appelée à tenir le rôle de faire-valoir. Cantonnée dans le rôle ingrat de simple suffragette sans la possibilité d’accéder à la fonction élective de maire (doit-on écrire «mairesse» ?), l’Algérienne, pourtant bardée de diplômes, est encore loin d’avoir surmonté certains préjugés en exigeant des partis politiques le droit, non-seulement à la parité mais également du primat dans la désignation en contrepartie de ses capacités intellectuelles et ses compétences. Autant supposer que cette lutte durera et consumera beaucoup d’énergies avant d’aboutir. Mais quand ? Difficile de prendre de nos jours rendez-vous avec l’ère de la parité sociétale quand les grandes villes auront des maires femmes et que le président de la République algérienne sera enfin une présidente ainsi que la chefferie du gouvernement lorsqu’elle sera dirigée par l’une des sommités universitaires présentes dans les amphithéâtres mais écartées de la lumière publique. Sans être un fantasme ou même une utopie, décourageante par définition, le pari est cependant difficile à tenir à court terme au vu de l’impréparation d’une société en pleine régression avec le retour des incantations de derviches. Reste tout de même la volonté d’airain d’un pouvoir politique capable de ne pas céder devant la pression des lobbies conservateurs en imposant une sorte de «dictature» positive de la loi au nom de l’égalité constitutionnelle entre le genre. Ce sera peut-être ainsi que l’Algérie fera l’apprentissage de l’indifférenciation entre l’autorité d’un chef et celle d’une cheftaine, comme il se dit dans le monde du scoutisme.
C’est ce décalage entre les bavardages politiques des partis et leurs craintes, par machisme, de briser les archaïques tabous ne concernant en vérité que le microcosme dans lequel ils agissent qui sont à l’origine de ce conservatisme. celui qui persiste à faire la part belle à la prudence d’un législateur prétendant réinventer le «réformisme» en distillant par petites touches assassines des «franchises» prétendument destinées à promouvoir le statut politique de la femme et dans le même temps verrouiller par le haut la porte des maires aux Algériennes en sachant qu’elles sont rarement têtes de listes des partis !
C’est à cela qu’en est déjà réduit ce scrutin du 23 novembre de l’an de grâce 2017. Semblable au précédent, datant déjà de 5 années, il en est la copie à peine corrigée et de surcroît en mal. Ce qui s’appelle de l’immobilisme politique à ne jamais confondre avec la positive stabilité.
B. H.

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