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Soirmagazine : L’entretien de la semaine
Dr Yacine Agha, médecin psychiatre et psychothérapeute dans un établissement public, au Soirmagazine :
«Avoir du mal à jeter quoi que ce soit peut relever de la maladie mentale»


Par Sarah raymouche
Dans cet entretien, Dr Yacine Agha, médecin psychiatre et psychothérapeute dans un établissement public, explique à quel stade la collection d’objets verse dans la pathologie. Il recense, de même, les différents causes et symptômes de la maladie.

Soirmagazine : Des personnes peuvent garder des objets par besoin ou pour se remémorer un sentiment. Qu'en est-il de celles qui cumulent compulsivement ? A quel stade on évoque la syllogomanie?

Dr Yacine Agha : Être attaché à certains objets c'est normal, mais avoir du mal à jeter quoi que ce soit peut relever de la maladie mentale. L'accumulation compulsive ou la syllogomanie ou thésaurisation pathologique est le fait d'accumuler de manière excessive des objets indépendamment de leur utilité, de leur valeur, parfois sans tenir compte de leur dangerosité ou de leur insalubrité. L'accumulation excessive peut aller jusqu'à affecter la mobilité et interférer avec des activités de base comme faire la cuisine ou le ménage, voire se laver ou dormir.
Le trouble est défini par une accumulation volontaire ou incapacité à jeter un grand nombre de possessions qui semble à toute autre personne inutiles ou d'un intérêt très limité, un lieu de vie encombré au point de limiter les mouvements.

Quelles sont les causes de cette maladie ? Y a-t-il des niveaux ou une évolution ?
Cela pourrait se produire pour différentes raisons telles que :
- ils ont peut-être vécu des expériences de vie (traumatisme ou abus) qui leur ont rendu difficile la confiance ou la connexion avec les gens et par conséquent la connexion au bien est plus sûre ;
- la culture du matérialisme constamment renforcée dans la publicité et la culture populaire ;
- ils peuvent avoir eu des problèmes de deuil et ont peur de faire face à la perte ;
- ils peuvent avoir des problèmes avec les compétences organisationnelles et autres capacités mentales qui rendent difficile de se débarrasser des choses.
Pour ce qui est de l’évolution de cette pathologie, il existe différents degrés d'accumulation compulsive.
Si la syllogomanie est un trouble déjà très handicapant, sa forme la plus extrême porte le nom du syndrome de Diogène. Les victimes de cette pathologie vivent totalement recluses chez elles, dans un bazar d'objets et de déchets inimaginables.
Les personnes âgées de plus de soixante ans restent les plus touchées par le syndrome de Diogène. Souvent en dépression, elles tentent de combler l'absence de liens humains par l'accumulation de nourriture avariée, saletés et même, parfois, excréments. L'hygiène tout comme le rangement sont laissés à l'abandon.
Quelles sont les symptômes ? Comment différencier les personnes atteintes de ce syndrome des collectionneurs ?
Pour ce qui est des symptômes, je me réfère au DSM 5, qui est le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, et représente la référence pour les spécialistes du monde entier.
Ce manuel a établi un ensemble de critères (symptômes) pour la syllogomanie. Il s’agit de :
- difficultés persistantes à jeter ou à se séparer de certains objets, indépendamment de leurs valeurs réelles ;
- la difficulté est due à un besoin ressenti de conserver les objets et à la souffrance associée au fait de les jeter ;
- la difficulté à jeter des objets aboutit à une accumulation d'objets qui envahissent et encombrent les lieux d'habitation compromettant de manière importante leur fonction première. Si ces espaces sont dégagés, c'est uniquement grâce aux interventions de membres tiers de la famille ou agents d'entretien ;
- l'accumulation entraîne une détresse cliniquement significative ou une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d'autres domaines importants.
Pour parler de syllogomanie, ces symptômes ne doivent pas être imputables à une affection médicale ou d'un autre trouble mental. S’agissant de les différencier des collectionneurs, ces derniers peuvent accumuler plusieurs objets : pièces de monnaie, cartes postales, bouchons de bouteille, etc. Ils éprouvent un sentiment de fierté face à leurs collections. Il s'agit d'une activité sociale qui permet de participer à des rencontres avec d'autres collectionneurs partageant le même intérêt.
Par ailleurs, certaines collections peuvent exiger un grand espace physique, mais cela ne veut pas dire qu'elles empiètent sur l'espace vital.

Quelles sont les conséquences de cette maladie sur la personne et son entourage ?
Les conséquences sont nombreuses et sur plusieurs plans, notamment socio-familial. En effet, par honte ou par crainte de la critique, la syllogomanie amène l'individu à se replier sur lui-même, dans son monde que lui seul peut tolérer. Il s'isole ainsi de son environnement familial et professionnel.
Sur le plan matériel, les conséquences peuvent être graves et dramatiques, elles vont de l'insalubrité au risque accru d'incendie.
Les conséquences psychiques sont aussi très importantes.

Existe-t-il des traitements?
Oui, des traitements existent et reposent sur :
-la prise de conscience du trouble par l'individu lui-même, et plus précisément du handicap causé par son comportement ;
- le bénéfice des soins engagés dépend en partie de l'adhésion du sujet à la thérapie, et donc de sa propre motivation à changer. La psychothérapie a pour but de restaurer l'estime de soi, de travailler la motivation à changer et d'acquérir de nouvelles habitudes adaptées ;
- les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) avec visite à domicile ont prouvé leur efficacité. Pour ce qui est du traitement médicamenteux, il s’agit de la prescription d'antidépresseurs.

Un dernier mot....
En conclusion, je dirais que la question du soin de la syllogomanie est souvent soulevée par un proche, car le malade lui-même peine à se faire aider par honte ou par déni. Mais il faut toujours y aller doucement et avec subtilité. Il ne faut pas se montrer intrusif.

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