Samedi 25 novembre 2017
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Soirmagazine : Enquête-Témoignages
Je ne jette jamais rien, même pas la vaisselle ébréchée !


Par Soraya Naili
Ce sont des accumulateurs compulsifs. Vaisselle ébréchée, paperasse inutile, anciens bibelots, vieux meubles, vêtements démodés, vielles chaussures, coupures de journaux, boulons rouillés, bouteilles vides, téléviseurs en panne, cassettes, CD, livres, vinyles… ils ne jettent absolument rien. Résultat des courses : leur maison a des airs de bazar.
Un véritable capharnaüm. Cette manie de tout stocker porte le nom d’une mystérieuse maladie : la syllogomanie. Dans ce cas, on parle de l’accumulation pathologique d’objets. La réponse de ces entasseurs compulsifs est toujours la même : «On ne sait jamais, ça peut toujours servir.» Les années passent et la montagne du fatras grandit. Impossible de se séparer de ces «reliques». Des trésors qu’il ne faut surtout pas leur arracher des mains. Les premiers à trinquer sont leurs proches qui essayent bon an mal an de jeter quelques vieilleries à leur insu. Mais gare à eux s’ils se font surprendre ! Crise de nerfs assurée.

Lamia, 43 ans
«Ma mère a la manie de tout conserver. Son appartement croule sous les objets inutiles. Armoires et placards débordent de partout. Cela va de vieux vêtements, couvertures défraîchies, casseroles rouillées, matelas flapis, poste radio hors d’usage… Un vrai marché aux puces. J’ai essayé à maintes reprises de la convaincre de se débarrasser de tout ce bric-à-brac. En vain. Elle s’accroche à ses objets comme si c’était des trésors et refuse d’entendre raison. Une fois, j’ai profité de son absence pour balancer une partie de ce capharnaüm.
J’ai agi dans son dos, sans lui en piper mot, pensant qu’elle ne remarquerait rien. A son retour, elle a tout de suite repéré les objets disparus et m’a fait une grosse crise de nerfs. Ma mère est âgée. Je ne veux surtout pas la contrarier.
Depuis ce jour, je n’ai plus touché à son fatras. Je pense que cette accumulation est due à l’enfance très pauvre de ma mère. Elle a manqué de tout. Elle a eu froid, elle a marché pieds nus et n’a pas mangé à sa faim. Des années plus tard, elle a toujours peur de manquer de quelque chose. La misère du passé l’a marquée à vie. C’est la seule explication que je trouve à ce comportement irrationnel.»

Ismaïl, 62 ans
«J’ai une conservatrice d’objets anciens à la maison : ma femme. Elle pourrait ouvrir un musée d’antiquités chez nous tellement elle ne jette jamais rien : ses cahiers d’écolière, ses barboteuses quand elle était bébé, les vêtements de nos enfants, leurs jouets, ses robes de la mode des années 70, d’anciens téléviseurs en noir et blanc… Cette accumulation de choses encombrantes et inutiles nous vaut régulièrement des disputes. Voir notre espace vital se réduire à cause de cet attirail sans intérêt me met hors de moi. Mon épouse brandit toujours le même argument : j’ai un attachement affectif à ces choses. M’en séparer, c’est perdre une partie de mon histoire. Une phrase qui a le don de me faire monter la moutarde au nez ! Si au moins nous habitions une villa avec un grenier ou une cave, je comprendrai. Dans un troispièces, ce n’est juste pas possible !»

Dalila, 39 ans
«Le bric-à-brac à la maison, il n’y a rien de pire. J’ai grandi dans un appartement encombré d’objets hétéroclites qui grignotaient mon espace vie. Mes parents gardaient tout. Absolument tout. Vêtements, meubles, articles électroménagers en panne, disques vintage, pièces autos, matelas râpés, couvertures usagées, lampes cassées, vieux magazines, prospectus publicitaires… Le cagibi a débordé puis ce fut autour des placards et des armoires de craquer.
Ce capharnaüm a gagné chaque coin de notre logement. Imaginez l’énergie qu’il fallait déployer juste pour faire le ménage ! J’ai développé une telle phobie pour ce genre de bazar que ça a produit l’effet inverse chez moi. Depuis que je suis mariée, je jette, trie et donne même des choses dont ma famille pourrait avoir besoin, au grand dam de mon mari. Combien de fois n’a-t-il pas chercher une veste, une chemise ou une paire de chaussures presque jamais portées sans réussir à mettre la main dessus. Dans ma maison, rien ne traîne. J’ai une décoration minimaliste et dépouillée. Je n’accumule jamais ce qui tombe en panne par exemple. Lorsque je rachète un objet, je me débarrasse aussitôt du précédent. Il y a moins de poussière et on respire mieux lorsque tout est bien rangé. En tout cas, c’est ainsi que je le ressens.» Accumuler des objets hors d’usage au fil des années a le don de mettre en rogne les autres.
Ceux qui vivent à proximité de ces «collectionneurs» sont finalement les seules à souffrir de ces écuries d’Augias qu’ils aimeraient pouvoir nettoyer, sans y parvenir !

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