Mercredi 29 novembre 2017
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Culture : LES CRIMES GÉNOCIDAIRES D’ISRAËL DE AMAR BELKHODJA
Racisme actif, génocide lent et fausse symétrie


Il y a 70 ans, le 29 novembre 1947 exactement, l’ONU adoptait la résolution 181 annonçant la fin du mandat britannique et un plan de partage de la Palestine. Qui s’en souvient ? Et qui se souvient du cortège de massacres perpétrés par Israël depuis bien avant sa création et jusqu’à aujourd’hui ?
Black-out et manipulations politiciennes sur la question palestinienne, expropriations et implantation de nouvelles colonies israéliennes, assassinats et crimes collectifs restés impunis, banalisation de la violence, racisme... Dans tout cela, le délitement de la mémoire collective se conjugue avec une entreprise de normalisation des relations entre l’entité sioniste et certains régimes réactionnaires arabes. C’est précisément par devoir de mémoire et par fidélité à la cause palestinienne que Amar Belkhodja vient de faire paraître, aux éditions El Kalima, son nouvel ouvrage : Les crimes génocidaires d’Israël, de Deir Yassine à Gaza. Parce que le combat contre l’oubli impose une mobilisation de tous les instants, «afin que le crime commis par Israël contre les Palestiniens demeure un dossier toujours ouvert». En quelque sorte, il s’agit de redoubler de vigilance face aux traîtrises et autres forfaitures, de «vivre avec un Etat d’insurrection morale» permanent et de solidarité avec un peuple martyr. Ne jamais oublier que «le drame du peuple palestinien est un drame unique jamais subi par d’autres peuples de l’humanité». Un drame qui «se caractérise par ses mille et une souffrances mais aussi par sa durée puisque la conspiration remonte au début du XXe siècle et persiste jusqu’à nos jours».
Par exemple, «qui se souvient aujourd’hui du carnage commis en 1948 à Deir Yassine, celui de Qibya en 1953, de Kaf Qacem en 1956, de Jénine et Naplouze en 2002, de Sabra et Chatila en 1982, de Ghaza en 2009 et 2014, de fraîche date»? Dans ce lourd dossier (554 pages), l’auteur récapitule notamment les crimes sionistes avant et après la création de cet «Etat contre-nature au cœur du monde arabe avec la complicité du monde occidental et qui va s’appeler désormais : Israël». Après 1948 surtout, ceux qui se disaient victimes du nazisme se transformèrent à leur tour en bourreaux des Palestiniens... Les charges accumulées dans ce livre s’appuient sur divers témoignages et reposent sur des preuves irréfutables. Ce sont autant de pièces à conviction qui établissent le caractère génocidaire, voire ethnocidaire, d’un processus criminel implacable tel qu’illustré par la sinistre chronologie des faits bruts et précis. La réalité vraie, sans aucun prisme déformant ! Amar Belkhodja reconnaît qu’il ne prétend pas faire œuvre d’historien ou d’un spécialiste à l’analyse pointue, il s’est limité (par manque de temps) à travailler dans l’urgence : rappel des crimes sionistes et compilation de textes, de documents et de citations, le tout lié et enrichi par ses propres idées et commentaires.  Cette relative lacune est naturellement comblée par un jeu complet de déchiffrage et de décryptage de la question palestinienne, dont un examen rétrospectif et introspectif du sionisme et un éclairage a posteriori des relations internationales et des enjeux géostratégiques en cours au Moyen-Orient. Pour dire que l’auteur, déjà rompu au travail d’historien, a privilégié l’essai informel et explicatif, où la mémoire est ravivée par des évènements et des points d’histoire, des textes et des déclarations d’intellectuels, penseurs et hommes politiques (dont des auteurs juifs intègres).
La première partie de l’ouvrage est consacrée à l’origine du sionisme et à la création de l’Etat d’Israël, au soutien des Etats-Unis et des lobbies juifs et à une étude des ouvrages de Roger Garaudy et Israël Shahak notamment. Dans cette partie préliminaire (des choses à savoir absolument pour que le sujet soit clair et intelligible au lecteur), l’auteur revient sur certains évènements-clés : l’effondrement de l’Empire Ottoman (dont la Palestine dépendait) et le partage du Moyen-Orient. Il cite Rachid Boudjedra qui écrit dans Journal palestinien (Sned, Alger 1982) : «Trop d’Etats européens et trop de princes arabes sont coupables de complicités. La Grande-Bretagne et la France avaient facilité les choses pour le mouvement juif en signant en 1916 l’accord Sikes-Picot qui reconnaissait la validité des prétentions de la France sur une grande partie de la Syrie et prévoyait que le sud de la Palestine relèverait désormais d’une autorité internationale confiée à l’Angleterre. C’était ce dont rêvait le responsable du mouvement sioniste, Chaïm Weizmann, qui écrivait, dès 1914, c’est-à-dire deux ans avant la signature de l’accord Sikes-Picot : «Nous pouvons raisonnablement dire que si la Palestine passait dans la sphère d’influence britannique et si la Grande-Bretagne encourageait une colonisation juive dans ce qui serait une de ses dépendances, nous pourrions y avoir un million de juifs d’ici vingt ou trente ans. Ils mettraient le pays en valeur, y ramèneraient la civilisation et monteraient efficacement la garde devant le canal de Suez.» Ces quelques lignes résument toute la tactique sioniste. L’accord anglo-français de 1916 va permettre la réalisation de ce rêve insensé, point par point et dans ses moindres détails. 
Le 2 novembre 1917, il y eut la fameuse déclaration Balfour. Arthur James Balfour, alors ministre britannique des Affaires étrangères, adressa une lettre à Lord Rothshild dans laquelle il affirme que «le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif». Il s’agit là de la première déclaration attribuant «un foyer national pour le peuple juif», depuis la création de l’Organisation sioniste mondiale par Théodore Herzl en 1897.
La déclaration Balfour est «soutenue à la conférence de San Remo (1920) et par le Mandat des Nations unies en 1922, qui placera la Palestine sous mandat britannique». Autre fait d’importance, la lettre qu’adresse, en 1919, le roi Fayçal d’Arabie à son ami le leader sioniste Frankfurter. «Nous autres Arabes, considérons, avec la plus grande sympathie, le mouvement sioniste (...) Nous souhaitons de tout cœur aux juifs de retour la bienvenue (...) Nous travaillons ensemble pour réformer et faire revivre le Moyen-Orient ; et nos deux mouvements se complètent», écrit le roi Fayçal. Rachid Boudjedra donne les termes de cette lettre dans son ouvrage suscité. Il précise néanmoins : «Cette lettre ne fut niée par Fayçal que dix ans plus tard, en 1929, lorsqu’il se rendit compte que les Anglais allaient le trahir. On ne peut cependant pas dire que cette lettre est authentique à cent pour cent.» Pour autant, il est tout de même troublant de constater que l’histoire se répète, en 2017, avec le processus de «normalisation» des relations entre Israël et les monarchies du Golfe.
A propos de la résolution 181 des Nations unies, Amar Belkhodja cite Roger Garaudy : «Déjà, la résolution de partage de la Palestine, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies (composée d’une écrasante majorité d’Etats occidentaux) le 29 novembre 1947 marque les desseins de l’Occident sur leur bastion avancé. A cette date, les juifs constituent 32% de la population et possèdent 5,6% du sol. Ils reçoivent 56% du territoire avec les terres les plus fertiles. Ces décisions avaient été obtenues sous la pression des Etats-Unis.»  Depuis la déclaration Balfour, le terrain était donc balisé pour le sionisme politique qui, dans sa thèse principale, soutient que la Palestine est la «terre promise par Dieu», celle qui rassemble tous les juifs éparpillés dans le monde. Terrain balisé également pour l’épuration ethnique, étant entendu que «c’est le sionisme qui a introduit le nationalisme racial dans le judaïsme» (Emmanuel Lévyne, auteur juif). Amar Belkhodja souligne, dans le même ordre d’idées, l’hostilité des dirigeants sionistes à l’assimilation des juifs dans les sociétés où ils vivent.
«L’émigration juive en Palestine est le seul moyen de sauver les juifs de l’assimilation», proclamait Golda Meir. Il faut dire aussi que le projet d’un «foyer juif» en Palestine fut soutenu par Hitler, Mussolini... Citant Chems-Eddine Chitour (Palestine, le calvaire d’un peuple), l’auteur commence par rappeler la présence de juifs allemands dans les troupes d’Hitler avant de pointer du doigt la collusion entre sionisme et nazisme. 
Une entente à tout le moins singulière, mais qui s’explique aisément. «Paradoxalement, écrit-il, dès 1937, le nazisme fait jonction avec le sionisme. La Pologne, la Roumanie et l’Allemagne s’entendent pour organiser l’immigration de 400 000 juifs vers la Palestine. Ces pays désirent se débarrasser de la communauté juive et s’acoquinent avec le sionisme qui compte, lui, assouvir le rêve de créer un foyer national juif, une nation juive ; une nation multinationale, vu que les juifs vont affluer de toutes les contrées.»  Révoltés par tous ces projets, les Palestiniens prirent les armes... «Lutte sanglante qui ne prit fin qu’en 1939 par l’écrasement de la guérilla sous le feu de 17 bataillons d’infanterie britannique ; 10 000 morts ou blessés, des pendaisons, des dynamitages de quartiers entiers, des prisons combles.» (Pierre Rossi).
Pour les leaders sionistes, en tout cas, la fable (la «terre promise» pour le «peuple élu») commence à devenir une réalité. Aline de Dieguez écrit à propos de ces deux «trouvailles» bibliques : «Même si la plupart des dirigeants de cet Etat ne sont pas des religieux pratiquants, tous, sans exception, se réclamant des deux axiomes religieux qui structurent le ‘’retour du peuple élu’’ sur sa ‘’terre promise’’. C’est sur cette fiction idéologique digne d’Alice au pays des merveilles que repose la certitude des sionistes d’aujourd’hui que la terre de Palestine leur a été donnée par leur dieu.»  
Les mythes sacralisés par le sionisme sont déconstruits ou carrément détruits par des auteurs juifs eux-mêmes. Tel Shlomo Sand (commenté par Chems-Eddine Chitour) : «Il n’y a jamais eu de peuple juif, seulement une religion juive et l’exil non plus n’a jamais eu lieu — il n’y a donc pas eu de retour. Sand rejette la plupart des histoires de la formation de l’identité nationale dans la Bible, y compris l’exode d’Egypte et de façon plus satisfaisante les horreurs de la conquête sous Josué. Tout cela est de la fiction et un mythe qui a servi d’excuse à la création de l’Etat d’Israël.» Israël (l’autre nom du prophète Jacob) à la création duquel vont s’opposer les voix de hautes personnalités juives : le rabbin Isaac Meyer (congrès de Montréal 1897), le savant Albert Einstein en 1938, etc.
Des voix qui rencontrent peu d’échos. Désormais, le mouvement sioniste a les mains libres et l’immigration juive prend de l’ampleur. «Entamée dans les années 1930, avec la concertation de plusieurs Etats européens et la participation du nazisme dans une montée fulgurante et fatale, l’immigration juive en territoire palestinien prend un rythme particulièrement accéléré durant l’année 1947. Ces opérations de peuplement et de colonisation sont accompagnées d’attentats terroristes et, déjà, d’agressions sanglantes contre les villages palestiniens, fomentés par des milices sionistes, l’Irgoun et Stern. Les deux groupes vont en quelque sorte agir pour mettre les Anglais devant le fait accompli. Le laxisme des autorités britanniques va encourager le phénomène. »  Ce sont les mêmes Anglais qui «avaient autorisé, à cette époque, avant même la création de l’Etat d’Israël, une immigration de 1500 juifs par mois». Après la proclamation de l’Etat d’Israël, en mai 1948, l’immigration juive se poursuit tout aussi massivement. L’exode des Palestiniens chassés de leurs terres suit le même rythme (en 1947, plus de 650 000 Palestiniens ont été expulsés de leurs terres), ils iront vivre misérablement dans des camps de réfugiés pour la majorité d’entre eux.
Dès lors, «le terrible enfant putatif des USA (Michel Arab) ne cessera de grandir en se nourrissant aux mamelles des lobbies juifs. Ces derniers sont tellement puissants que, aux Etats-Unis par exemple, «les Israéliens contrôlent la politique du Congrès et du Sénat» (sénateur Fullbrigh, 1973). 
En France, le grand philosophe Roger Garaudy a fait l’amère expérience «des pressions et intimidations et autres chantages générés par les lobbies juifs contre quiconque les dénonce ou dénonce le sionisme et l’Etat d’Israël». Amar Belkhodja cite Roger Garaudy qui raconte la cabale dont il a fait l’objet, de même qu’il consacre ensuite tout un chapitre à Israël Shahak (1933-2001), professeur de chimie à l’université de Jérusalem et ancien président de la Ligue israélienne pour les droits humains et civils. Humaniste, anti-impérialiste et laïc, Shahak s’est notamment rendu célèbre en dénonçant «l’Etat d’Israël comme étant ‘’raciste et de type nazi», en évoquant «la torture des prisonniers arabes, de sa politique colonialiste et expansionniste, de sa tyrannie cruelle à l’égard d’Arabes innocents, de son manque de désir de paix et de son mépris des droits humains de base».
La goutte d’eau qui fait déborder le vase, c’est lorsqu’il apporte un soutien public à l’OLP. Le fanatisme religieux juif, le racisme officiel en Israël, l’instrumentalisation du phénomène de victimisation des Juifs (exagération de «l’Holocoste» et de «la Shoah»), la confusion du judaïsme avec le sionisme, la Licra, le Crif, le soutien sans faille des USA... Tous ces points sont commentés et illustrés par des faits concrets, des propos d’auteurs et d’hommes politiques, des évènements passés ou récents, y compris ceux de l’histoire algérienne. 
Autant d’éléments qui permettent au lecteur de comprendre certains mécanismes de la stratégie des Anglo-Américains, avec «la mise en place d’un appendice en guise de ‘’sentinelle internationale’’ dans une vaste contrée arabe, s’ajoutant ainsi à d’autres alliés aux mêmes desseins politiques comme l’Arabie dite saoudite par exemple, qui est une autre sentinelle des intérêts américains» (on le voit bien, aujourd’hui, à travers l’alliance entre wahhabisme et sionisme et avec l’alignement de l’Arabie Saoudite sur la stratégie israélienne au Moyen-Orient).
Après avoir intelligemment éclairé son sujet, Amar Belkhodja peut maintenant faire défiler le cortège funèbre des massacres et exactions commis par Israël depuis la proclamation de l’entité sioniste (le 15 mai 1948), sur plus de 200 pages du livre. Dans cette partie bien documentée et riche d’informations, on comprend vite pourquoi le Professeur André Noushi, par exemple, dit sa «honte d’être juif». Les autres parties de l’ouvrage réunissent des écrits (commentés) de Himoud Brahimi et Mohamed Boudia, des chapitres consacrés aux juifs algériens et la guerre d’indépendance (dont Myriam Ben et certains de ses poèmes) et, enfin, des documents photographiques (dans les photos d’enfants palestiniens massacrés, il y a toute l’horreur et la monstruosité des crimes sionistes. Des images insoutenables). L’ouvrage est détaillé, minutieux, précis ; il est comme le miroir de cette Palestine «usurpée et trahie» qui interpelle la conscience des dirigeants et peuples arabes, aujourd’hui plus qu’hier.
Hocine Tamou

Amar Belkhodja, Les crimes génocidaires d’Israël, de Deir Yassine à Gaza, éditions El Kalima, Alger 2017, 554 pages, 1500 DA.

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