Jeudi 18 janvier 2018
Accueil | Edition du jour
 
Actualités
Périscoop
Régions
Sports
Femme magazine
Culture
Monde
Supplement TIC  
Les choses de la vie  
Ce monde qui bouge  
Soit dit en passant  
Digoutage
Pousse avec eux
Edition du jour
Nos archives en HTML


Chronique du jour : LES CHOSES DE LA VIE
Quand l'arbitre Bouteflika tire son carton rouge !


C’est autour de ce fameux PPP que s'est polarisée l'attention cette semaine. Cet épisode reflète correctement les luttes actuelles entre l'oligarchie et les forces patriotiques qui ne sont pas contre la privatisation mais veulent une démarche qui ne s'apparente pas à de la prédation. J'ai discuté de ce sujet des nuits entières avec mes amis Facebook et la conclusion que je retiens, au moment où je me mets à la rédaction de cet article, est que l'opinion publique se passionne beaucoup plus pour ce qui s'apparente, selon elle, à la «lutte des clans» ou à des querelles de sérail dans la perspective d'une succession difficile. En s'attardant sur ces «actualités», n'occulte-t-on pas le fond du problème qui est d'une gravité extrême ? Nous étions sur le point d'assister — passivement pour la majorité — à un véritable transfert de propriété de biens colossaux, d'hôtels prestigieux, de minoteries disposant de terrains plantés au cœur des villes; bref, d'une fortune colossale appartenant au peuple, bâtie avec hargne et moult sacrifices, vers des poches privées. Quand nous évoquons ces sujets, on nous reproche d'être les ennemis de la privatisation. Oui, c'est certain, mais de cette privatisation-là. Et nous avons mille raisons de la refuser car les précédentes expériences n'ont apporté que ruine et désolation là où il y avait un minimum d'activité, tout en enrichissant des hommes issus des mêmes milieux qui tournoient autour des centres de décision. Une question est revenue dans ces débats facebookiens : pourquoi tout ce retard dans la réaction de la présidence ? Tout en rappelant que je ne suis pas dans le secret des dieux, je dois préciser que ce genre de situations durant le règne de M. Bouteflika n'est pas une nouveauté. L'homme ne prend pas les décisions sur un coup de tête. Dans le cas de M. Tebboune, comme celui de M. Ouyahia, il semble que ce n'est pas la démarche qui est visée mais la manière peu orthodoxe avec laquelle ont été menées des opérations visiblement contradictoires mais qui ont un fond commun. Personne ne m'enlèvera de la tête que M.Tebboune a été réellement chargé par le Président d'assainir les écuries d'Augias mais il s'y prit d'une manière maladroite, multipliant les invectives et le ton accusateur, allant trop rapidement vers les objectifs assignés, oubliant que le pas politicien n'est pas celui d'un coureur de 100 mètres et qu'il faut beaucoup de sagesse, de diplomatie, de dialogue pour atteindre le but. Sa mise à l'écart brutale a été aussi le résultat de contradictions affirmées entre l'oligarchie et les forces patriotiques qui existent toujours quoi qu'en disent certains. Match gagné par l'oligarchie qui s'est sentie rassurée et tellement forte qu'elle a voulu agir vite, prendre tout ce qu'il y a à prendre, après avoir endormi une Assemblée populaire vendue au capital privé. Cette précipitation, l'agitation du premier syndicaliste qui allait livrer des entreprises publiques à des patrons privés qui... n'ont même pas de sections syndicales chez eux et l'assurance d'un Ouyahia rappelé pour redresser la situation économique et qui a bien réussi jusque-là, ont éveillé les soupçons d'autant plus que les biens visés figuraient parfois comme des symboles, pas seulement de l'histoire algérienne mais des annales mondiales. L'hôtel St-George, avec son jardin botanique unique, fut le lieu où se joua, en grande partie, l'issue de la Seconde Guerre mondiale. Le livrer à un «gonfleur de pneus» l'aurait achevé! Cette précipitation et le butin qui allait changer de mains furent d'une telle ampleur que le Président a dû user de son autorité pour arrêter net la prédation en cours. Dès lors, fallait-il saluer la décision attendue par tous les patriotes ou se perdre dans les interprétations politiciennes des uns et les délires fantaisistes des autres ? L'aveuglement ou la haine des partisans sectaires empêche toujours d'y voir clair. Et il me semble parfois que j'ai affaire à des opposants qui infiltrent les réseaux sociaux pour vendre leur marchandise et vanter leurs chefs. Nous ne sommes pas des opposants. Notre parole est libre. Cette liberté nous permet de dire tout haut ce que nous pensons des dérives du pouvoir. Mais elle serait incomplète si nous taisions le geste salvateur du président de la République. Il y a eu des précédents : rappelons- nous les déclarations tonitruantes du Drabki qui justifia presque l'occupation du Sahara occidental par le Maroc, en promettant que cette question allait être revue prochainement ! Et cela au nom du FLN. Quelle déchéance ! Quelques jours après, le président de la République recevait en grande pompe le chef d'Etat sahraoui avec toute son équipe. C'était sa réponse cinglante à la sortie hasardeuse de M. Saâdani. On peut citer un tas d'autres situations où la réponse est venue mais avec un retard plus ou moins long. Cette pause est-elle due à la maladie de M. Bouteflika, comme l'avancent certains ? Personnellement, je ne le pense pas. Je crois plutôt à un phénomène dû à la complexité du pouvoir. C'est un concentré de forces contradictoires où l'arrivée impromptue de l'oligarchie et la puissance qu'elle a eue a fait dangereusement pencher la balance dans le mauvais sens. Ce n'est pas le sens voulu par la Révolution algérienne, ni celui qui va avec ses objectifs suprêmes, ni celui qui reflète les idées de ses hommes valeureux ! Par le passé, M. Bouteflika s'est tu devant toutes les privatisations catastrophiques qui ont coûté à l'Algérie des pertes énormes et la paralysie de son appareil productif, ouvrant la voie à l'ère des importations massives et destructrices. L'été 2008, il étonna son monde en déclarant que la voie suivie est «un échec !» Cela préparait les grandes rectifications de 2008-2009 et, plus tard, la pause dans les privatisations et la relance de l'industrie publique sous Sellal. A propos de ce Premier ministre qui s'est fait oublier, et au-delà des histoires croustillantes qui traînent derrière lui, je pense qu'il n'a pas eu ce qu'il mérite comme reconnaissance. Tous les grands projets qui vont être inaugurés en 2018/2019 ont été lancés durant son passage. Quand M. Tebboune a été promu au poste tant désiré, tout le monde pensa que c'était l'heure de régler ses comptes à une oligarchie devenue encombrante. Mais, coup de théâtre, elle renaît de ses cendres sous M. Ouyahia jusqu'à ce jeudi 11 janvier 2018 ! Il semble bien que les forces patriotiques et saines viennent de remporter une victoire qui doit être consolidée par l'arrêt définitif du bradage.
Et s'il y a privatisation, il faut observer les règles suivantes :
1. Elaborer un bilan détaillé et chiffré des privatisation de début 2000 pour en révéler le caractère destructeur du tissu industriel public qui a échappé aux mains incendiaires des terroristes. Veiller à ne pas commettre les mêmes erreurs.
2. Ces patrons qui allaient acheter des usines n'ont pas souvent de l'argent pour en prendre les 60% du capital. Une étude exhaustive de leurs comptes bancaires renseignerait sur l'état de leurs finances. Il allaient emprunter à l'Etat pour acheter des biens de l'Etat !
3. Rentrer dans le capital d'une société créée il y a des décennies ne nécessite pas de grands moyens. Mais, ce faisant, les bénéficiaires vont aussi jouir des biens mobiliers et immobiliers. Une société peut avoir un capital d'un milliard mais posséder 600 milliards en biens et avoirs. Il est impératif de réévaluer le capital de ces entreprises et d'inclure tous les biens dans la transaction. Il y a les commissaires aux avoirs pour ce travail. Par ailleurs, il est possible que, par le truchement des décisions majoritaires et des facilités bancaires, de gonfler la part du privé, ce qui se traduira par l'atomisation du partenaire public, qui se retrouvera loin des 40% de départ, avant sa disparition pure et simple. Il faut mettre des lignes rouges pour éviter ce risque.
4. Une rentrée en Bourse serait une meilleure solution pour les entreprises publiques. Elle permettrait une recapitalisation qui va leur donner les moyens de se développer et cela dans la transparence totale.
Voilà une privatisation démocratique. Avant cette opération, il faut impérativement faire appel aux sociétés de consulting et d'expertise pour arriver à définir la valeur boursière. Ces cabinets spécialisés existent en Algérie ou à l'étranger.
5. Dans le cas où les partenaires privés ne répondent pas aux exigences d'un contrat de performance, faire appel à des géants mondiaux dans la branche. Ces derniers apporteront de l'argent frais et leur savoir-faire.
M. F.

Nombre de lectures : 1

Format imprimable  Format imprimable

  Options

Format imprimable  Format imprimable

La copie partielle ou totale des articles est autorisée avec mention explicite de l'origine
« Le Soir d'Algérie » et l'adresse du site