Actualités : Saïd Sadi n’est plus militant du RCD
«Je serai engagé sur d’autres terrains»


Une page d’histoire s’est tournée. Saïd Sadi s’est officiellement retiré des rangs du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) qu’il avait fondé en 1989. Un retrait qui ne pouvait passer inaperçu en raison de la richesse du parcours d’un homme engagé sans limites pour l’avancée de la cause culturelle berbère et l’ouverture démocratique.
Bien qu’étant resté à l’écart de la direction du RCD depuis mars 2012, date à laquelle il décidait de ne plus assumer la présidence du parti, l’annonce de son départ a toutefois eu un effet de surprise au sein de l’opinion.
Ce week-end, à l’ouverture du 5e congrès du parti, il prononce donc un discours pour clarifier la situation. «N’étant pas congressiste et n’étant plus depuis ce matin militant, je ne vais pas m’exprimer en tant que fondateur du parti comme cela a été suggéré», déclare-t-il, avant de se lancer tout de go dans des explications formulées dans un langage direct qui a toujours fait le propre de l’homme.
«On ne fonde pas un parti pour se l’approprier, dit-il, d’ultimes défis attendent ma génération. Ceux avec qui j’ai partagé les luttes de notre jeunesse souhaitent repenser l’évaluation de notre engagement pour le rendre plus visible et le protéger des falsifications qui ont mutilé et perverti la guerre de Libération», a-t-il expliqué.
De manière presque directe, il contredit ensuite les récents propos de Ouyahia selon lesquels le Président Bouteflika avait été contre l’interdiction de la conférence de Moulould Mammeri en mars 1980 à l’Université de Tizi-Ouzou. «Ce n’est pas le lieu d’épiloguer sur cette dernière supercherie mais il faudra rapidement remettre les pendules à l’heure pour que les positions de tout un chacun dans cette séquence historique soient connues dans leur pleine et entière vérité», déclare Saïd Sadi.
De manière sévère, il s’élève ensuite contre ceux qui «investissent la lutte comme on ouvre une boutique, ceux qui veulent jouir de leur action politique comme on consomme le légume que l’on a planté la saison précédente, assurent que notre combat a échoué parce que nous ne sommes pas au pouvoir». Puis il assène : «Nous n’avons pas le même logiciel et nous n’habitons pas la même galaxie. Ils parlent promotion, nous disons émancipation ; ils disent carrière personnelle, nous répondons destin collectif ; ils cultivent les apparences, nous creusons des fondations, ils vivent de l’instinct et de l’instant, nous construisons l’Histoire.» Vient ensuite cette phrase qui soulève des interrogations sur la suite que compte donner Saïd Sadi à sa carrière de militant politique. «Je serai, dit-il, engagé dans d’autres registres et sur d’autres terrains». Lesquels ? De cela, l’opinion n’en saura rien pour l’instant. Mais la richesse du parcours de l’homme laisse supposer, d’ores et déjà, que ce dernier ne s’arrêtera pas avec son retrait de la présidence du RCD.
Docteur en médecine, spécialiste en psychiatrie, il avait en 1978 effectué un bref parcours au sein du FFS (Front des forces socialistes) qu’il quitte cependant rapidement en raison de désaccords avec la ligne et la pratique du parti.
En 1980, il initiait la fameuse manifestation du 7 avril 1980 précédant la grève générale qui a paralysé toute la Kabylie en avril de la même année. Deux mois plus tard, il est arrêté en compagnie de 23 autres activistes et présenté devant la Cour de Sûreté de l’Etat de Médéa avant d’être remis en liberté. Membre fondateur de la Ligue pour la défense des droits de l’Homme, membre de la section Algérie d’Amnesty International, il est une nouvelle fois arrêté en 1985 et encore conduit devant la Cour de Sûreté de l'Etat. Condamné à trois ans de prison, il est incarcéré à Tazoult avant de bénéficier d’une grâce présidentielle, deux ans plus tard. En novembre 1988 et en compagnie d'autres militants, il appelle à l'organisation des assises nationales du MCB (Mouvement culturel berbère). Elles se déroulent les 9 et 10 février 1989 et donnent naissance au RCD. Saïd Sadi est à la tête de la formation.
En 1991, il se prononce pour l’annulation du premier tour des législatives de décembre 1991 remporté par le FIS (Front islamique du salut). En 1995, il prend part aux présidentielles et obtient 1 200 000 voix. Lors des législatives de juin 1997, son parti entre à l'APN avec 19 députés dont lui-même.
En 1997, il intègre le gouvernement avec Amara Benyounès et Hamid Lounaouci. En 2001, et suite aux graves évènements que connaît la Kabylie, il se retire du gouvernement.
En 2012, il annonce qu'il ne briguera pas un nouveau mandat de président du RCD. Mohcine Belabbas, député d'Alger, lui succède à la tête du parti. Sadi est également auteur de sept ouvrages, tous consacrés au combat mené pour l’avancée de la cause berbère et de la démocratie en Algérie.
Les deux derniers ont porté sur deux figures emblématiques de ce combat, Amirouche (2010) et Chérif Kheddam (2017). L’écriture le passionne, l’aspect linguistique aussi. Y consacrera-t-il le reste de son parcours de militant politique ?
A. C.



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