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Ce monde qui bouge

19 septembre 1988, le discours explosif de Chadli

Publié par Hassan Zerrouky
le 13.09.2018 , 11h00
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Il y a 20 ans, le 19 septembre 1988, Chadli Bendjedid, très remonté, prononce au Palais des nations, un violent réquisitoire auquel aucun des 2 000 participants (gouvernement, militaires, direction du FLN et des organisations de masse, cadres de l’Etat et des entreprises) ne s’attendait. Pas plus d’ailleurs les Algériens – le discours a été intégralement retransmis dans la soirée – qui habituellement ne prêtaient qu’une oreille distraite aux discours officiels, avec l’impression d’entendre la même chose depuis le 19 juin 1965. Mais cette fois-ci, ils étaient plus nombreux que d’habitude devant leurs télés, stupéfaits par les propos tenus par le chef de l’Etat. «Que celui qui est incapable d’accomplir son devoir ait le courage de reconnaître son incapacité, car nul n’est indispensable», accusait alors Chadli Bendjedid, dénonçant l’incompétence, la gabegie, le laisser-aller, les tares de l’économie… et «ces responsables» qui «exercent au sommet de l’Etat, au sein d’institutions du parti et du gouvernement ou dans d’autres structures, avant d’asséner que «ceux qui ne peuvent suivre» n’ont qu’un seul choix : «se démettre ou être écartés». Waouh ! «Seule l’armée fut épargnée», écrira plus tard l’ex-général Benyelles. 
Après ce discours, que la télévision repassait en boucle dans les jours suivants, avec son florilège de commentaires et d’analyses autorisés, sur fond de rumeurs sur ce qui se passait dans les coulisses du pouvoir, chacun s’attendait à l’imminence d’une vaste purge au sein des appareils de l’Etat. Car en sous-main, sous la direction de Mouloud Hamrouche, alors secrétaire général de la présidence, et par qui les dossiers importants transitaient, un groupe d’hommes – les réformateurs – préparaient une série de réformes dont octobre 1988 allait accélérer la mise en œuvre.
C’est, en effet, dans un contexte socio-politique explosif qu’a lieu cette intervention présidentielle. Le retournement de la conjoncture pétrolière en 1985, qui verra le baril de pétrole chuter à moins de 10 dollars (40 dollars en 1980), se traduit par de sévères mesures d’austérité budgétaire pour les plus démunis. Les programmes sociaux, notamment le logement, subissent un coup d’arrêt. Le programme d’importation alimentaire est réduit de plus de 50%. Les prix grimpent. Les pénuries de denrées de base, les coupures d’eau se multiplient. Le chômage se développe et franchit la barre des 20% dès 1986, les conflits sociaux se multiplient, la zone industrielle de Rouiba est paralysée par une grève très dure. La dette extérieure passe de 17 milliards à 26 milliards de dollars entre 1985 et 1988. 
Fin 1988, les ressources de l’Etat avaient diminué de 40%. Le pays était au bord de la faillite, et en arrière-plan, le courant islamiste, après l’échec du maquis de Bouali, contrôlait déjà une partie des mosquées du pays et attendait son heure. 
Le constat est là, Chadli Bendjedid, qui avait inauguré son mandat par le mot d’ordre «Pour une vie meilleure», sa restructuration des entreprises, la chasse aux cadres, et son PAP (Programme anti-pénurie) avec aux manettes Abdelhamid Brahimi, n’avait plus les moyens de satisfaire les besoins pressants d’une grande partie de la population. Et le moins qu’on puisse dire est que ce discours du 19 septembre était un constat d’échec de la politique suivie depuis 1979. 
Se greffaient sur cette situation les tensions avec la France autour du prix du gaz, de la question des enfants de couples mixtes séparés, dont la garde avait été confiée par la justice algérienne aux maris algériens et qui étaient donc retenus contre leur gré en Algérie, et de la question de la récupération des lycées français que le chef de l’Etat considérait alors comme une «question de souveraineté nationale, sacrée et non négociable» ! 
A la fin de ce discours du 19 septembre, sur un ton apaisant, comme s’il savait de quoi il retournerait – Bourguiba l’avait déjà mis en garde – le chef de l’Etat évoque le projet d’Union avec la Libye, et annonce le lancement dès le 20 septembre de débats populaires simultanés en Algérie et dans la Jamahiriya libyenne, s’engageant à respecter le choix des algériens qui étaient plus qu’hostiles à ce projet dément. Le texte constitutif de cette union politico-institutionnelle entre les deux pays, composé de 90 articles, était déjà ficelé et adopté par le CC du FLN du 30 juin 1988. Il prévoyait des institutions politiques communes dirigées collectivement et en alternance par les deux chefs d’Etat, des organes ministériels fédéraux chargés des Affaires étrangères, de la Défense, de l’économie, un Parlement mixte, et un unique hymne national. Seul point non tranché, le choix d’une capitale pour la future entité algéro-libyenne ! Grand seigneur, Kadhafi déclarait alors en juin 1987 devant l’APN : «rédigez seuls les clauses de l’Union, je les signerai en toute confiance» !  
La suite, c’est octobre 1988, qui va tout remettre à plat. 
H. Z.

 

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