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Ce monde qui bouge

2 avril 2019, une joie de courte durée

Publié par Hassan Zerrouky
le 02.04.2020 , 06h00
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Oublions un instant le Covid-19 et remémorons-nous cette soirée du 2 avril 2019. Ce soir-là, un vent de liberté soufflait sur Alger. Quelques instants après l’annonce de la démission d’Abdelaziz Bouteflika, j’ai vu la place Audin submergée par la joie d’une foule innombrable, emblèmes national et amazigh entremêlés, chantant et dansant, des files de voitures interminables rue Didouche et Abdelkrim-el-Khatabi… 
Ce 2 avril, l’impensable s’était produit : celui qui avait été à la tête du pays, confiné avant l’heure par la maladie, démissionnait dans des conditions plutôt mouvementées. La veille, 1er avril, un communiqué présidentiel annonçait que le chef de l’État démissionnerait avant le 28 avril tout en restant flou sur la date exacte de son départ et que « des décisions importantes » seraient annoncées pour assurer la continuité de l’État ». Estimant que le communiqué présidentiel n’émanait pas du chef de l’État mais « d'entités non constitutionnelles et non habilitées », l’état-major de l’armée, désormais maître du jeu, exigeait la mise en application immédiate « des articles 7, 8 et 102 » de la Constitution. 
Pour Abdelaziz Bouteflika, c’était une fin piteuse. Ces images tournant en boucle sur toutes les chaînes de télévision donnant à voir un homme impotent, soudain seul, remettant sa lettre de démission à Tayeb Belaïz en présence du futur président par intérim, Abdelkader Bensalah, avaient quelque chose d’irréel. En était-il conscient, lui qui avait incarné jusqu’à l’absurde un système politique finissant et qui avait juré de mourir sur son siège de chef d’État. Un homme qui aura manœuvré pour garder la main sur le processus de sa propre succession. La suite : l’Alliance présidentielle explose, ses dirigeants – Ouyahia, Sellal, Amar Ghoul et Amara Benyounès – sont incarcérés, des ministres, des oligarques subissent le même sort…
La joie populaire exprimée ce soir du 2 avril sera de courte durée.  Un autre agenda est proposé aux Algériens : l’élection d’un nouveau chef d’État au terme d’un intérim de la présidence de la République de 90 jours, assuré par Abdelkader Bensalah, qui promet « un scrutin présidentiel transparent et régulier » fixé au 4 juillet. Autrement dit, il leur est proposé un simple changement d’homme à la tête de l’État ! Pas question d’une instance de transition indépendante, ni de vide constitutionnel, les deux chambres – APN et Sénat — restent en fonction, les institutions ne bougent pas. Il n’y aura donc pas de révision constitutionnelle avant l’élection présidentielle et encore moins de refonte du système politique, comme l’exigeaient les Algériens.  
Et bien que l’élection du 4 juillet ait été annulée, c’est cet agenda-là qui sera maintenu après un semblant de dialogue conduit par un panel de personnalités dont certaines avaient soutenu le 5e mandat. Mais sans attendre les conclusions du panel dirigé par Karim Younès – le rapport final ne sera remis que le 8 septembre — le général Gaïd Salah demande, dès le 26 août, que l’élection présidentielle se tienne rapidement et le 2 septembre que le corps électoral soit convoqué pour le 15 du même mois, ce qui sera fait. 
Pendant ce temps, le Hirak, lui, se poursuivait, avec des hauts et des bas. Et s’il avait réussi à faire annuler l’élection présidentielle du 4 juillet, il échouera à empêcher celle du 12 décembre. La campagne électorale, qui s’est déroulée dans un climat tendu, marqué par des arrestations de dizaines de hirakistes dont des porteurs de l’emblème amazigh et des figures du Hirak, verra cinq candidats issus du même système briguer la présidence de la République. Marquée par un faible taux de participation (39,88%), l’élection sera remportée, dès le 1er tour, par Abdelmadjid Tebboune. A partir de là, une nouvelle séquence s’ouvrait, sur laquelle on aura le temps de revenir… 
Un an après, par ce temps de propagation du Covid-19, qu’est devenu Abdelaziz Bouteflika ? On n’en sait strictement rien. Aucun journaliste algérien ne l’a approché ni interviewé car il réservait ses entretiens exclusivement aux médias étrangers. Tout ce qui s’écrit et se dit aujourd’hui sur sa « retraite » est pour l’heure invérifiable. 
Certes, il doit être jugé, même à titre symbolique, comme le demande Abdelaziz Rahabi ou encore Mohcine Belabbas du RCD. Mais qu’il soit jugé ou non, l’État de droit reste à construire, car A. Bouteflika est le produit d’un système politique qui lui a survécu. 
Autre question, qu’en est-il de l’argent détourné et placé en Suisse et ailleurs, des mandats d’arrêt contre les ministres et autres personnalités en fuite à l’étranger ? 
H. Z. 

 

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