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Ce monde qui bouge

Audin, faut-il minimiser le geste de Macron…

Publié par Hassan Zerrouky
le 20.09.2018 , 11h00
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Il ne faut pas faire la fine bouche. Qu’un président français reconnaisse que l’assassinat de Maurice Audin est un crime d’Etat mettant fin à 61 ans de déni n’est pas rien. Dans le climat actuel de montée des populismes xénophobes surfant sur la tragédie des migrants, question sur laquelle même un Jean-Luc Mélenchon semble quelque peu frileux, la décision d’Emmanuel Macron est tout simplement courageuse. Et le journal l’Humanité de vendredi dernier lui a consacré cinq pages.
Aucun président avant lui, impliqué à des degrés divers dans cette terrible guerre, les uns directement – De Gaulle, George Pompidou – les autres comme membres des gouvernements d’alors- Giscard d’Estaing, François Mitterrand – les autres encore – Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy  par nostalgie impériale, François Hollande par manque de courage – n’a osé franchir le pas. D’autant que politiquement, à quelques mois des élections européennes qui auront valeur de test pour son parti La République en marche (LRM), E. Macron n’avait rien à y gagner.
En effet, Emmanuel Macron, dont je ne partage pas du tout la vision néolibérale du monde, a fait un geste qui vaut reconnaissance pour toutes les victimes algériennes ayant subi le sort de Maurice Audin, et dont on n’a jamais retrouvé les corps.
Désormais, il sera difficile de taire les crimes commis en Algérie durant cette période et bien avant. L’ancien préfet de police d’Alger, Paul Teitgen, qui a démissionné en mars 1957 de son poste en signe de protestation, avait recensé 3 994 disparus. Or cette bataille d’Alger n’avait pris fin qu’en octobre 1957, après la mort d’Ali La Pointe et de Hassiba Ben Bouali, soit sept mois après la démission de P. Teitgen. Autrement dit, entre mars et octobre 1957, d’autres victimes sont venues grossir la liste élaborée par l’ancien préfet d’Alger. Et encore, cette liste ne comportait que les personnes dont Paul Teitgen a eu connaissance, car l’armée française ne communiquait pas et dissimulait la réalité.
Pour toutes ces raisons, il ne faut pas minimiser le geste du président français qui va en appeler d’autres, ouvrir des perspectives, de nouveaux horizons, permettre à ceux qui ont envie de témoigner de se manifester, voire répondre aux appels à témoins lancés par le fils de Maurice Audin sur la télé algérienne.
Bien sûr, il ne faut pas rêver. Ce ne sera pas simple. D’autant qu’en France, des voix – celles des nostalgiques de l’empire qui sont dans leur rôle et plus que jamais dans le déni – mais celles aussi, de certains intellectuels et historiens – qui tout en approuvant du bout des lèvres la décision d’Emmanuel Macron, ont cru bon, au nom d’un parallélisme douteux du point de vue de la morale et de l’histoire, de proposer qu’en retour, l’Etat algérien fasse de même : dénoncer le «terrorisme» du FLN, les «crimes» contre les harkis, les pieds-noirs etc. Comme si cette guerre avait opposé deux Etats, et non pas un Etat colonial, une puissance occupante et pas n’importe laquelle – ça faisait 132 ans que cette occupation durait, quand même ! – face à un peuple dominé à qui on n’a laissé d’autre choix que le recours aux armes.
A Alger, tout le monde connaît la place Audin, la station de taxi Audin, les bus de la RSTA venant d’El Biar, Birmandreis, Hydra, Mouradia, Châteauneuf sur lesquels on lit «Direction Place Audin». Mais combien de jeunes et même de vieux le connaissent ou connaissent son histoire. En 1990, l’ex-FIS envisageait de débaptiser la place Audin. Un «roumi» ! aujourd’hui, des députés islamo-nationalistes – ils se reconnaîtront – ont dénié la qualité de «moudjahid» à Maurice Laban, Henri Maillot, Raymonde Peychard, Pierre Ghenassia , et tant d’autres – tous morts, les armes à la main, Fernand Iveton guillotiné en 1957. Pire, la rue Pierre Ghenassia, tombé à l’âge de 17 ans, a été débaptisée à Ténès. Et à Oran la rue Fernand Iveton est l’objet d’une même tentative, à laquelle s’oppose la société civile oranaise.
Ces députés, qui osent s’exprimer ainsi dans l’Algérie d’aujourd’hui, sans que les pouvoirs publics les remettent à leur place, oublient-ils que c’est aussi grâce aux sacrifices d’Audin et de ses camarades de combat, «t’hebou ouala ma t’hebouch» (que vous le vouliez ou non), qu’ils siègent aujourd’hui au Parlement avec tous les avantages (gros salaire, logement et voiture de fonction) liés à leur statut ?
H. Z. 

 

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