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Bentalha au Burkina ? L’Algérie de l’après 12 juin !

Horrible. Ça rappelle Bentalha. Plus de 160 personnes dont des femmes et des enfants ont été tuées dans la nuit de vendredi à samedi derniers à Solhan, un village du nord du Burkina Faso aux confins du Mali et du Niger, une zone où opèrent des groupes djihadistes. L’attaque a d’abord visé le poste des VDP (Volontaires pour la défense de la patrie), des civils armés par les autorités avant que les assaillants s’en prennent à leurs familles et à ceux qui les aident. Un mode opératoire qui rappelle Bentalha et les crimes de masse commis dans les années 97-98 en Algérie. La comparaison s’arrête là. Au Burkina, personne n’a accusé l’armée d’être derrière ces tueries. «Les chefs de groupes armés devraient immédiatement ordonner la cessation de telles attaques à l’encontre des civils, et les dénoncer», a demandé Human Right Watch, qui sait de quoi elle parle.  
Cela étant, ce crime de masse  – il y en a eu également au Niger, au Mali, au Tchad, au Nigéria — n’a pas suscité la même indignation que la mort d’un soldat français de l’opération Barkane tué au Sahel ! Personne, non plus, n’évoque le rapport de cause à effet entre l’intervention franco-britannique de 2011 soutenue par la Ligue arabe, en Libye, et la déstabilisation du Sahel. Quant à la négociation en cours, aux frontières de l’Algérie, au Mali, au Burkina et sans doute ailleurs, entre les pouvoirs en place et des groupes djihadistes, elle ne choque plus personne. 
Algérie. Le 12 juin, les Algériens sont appelés à élire une nouvelle Assemblée. Quel en est l’enjeu et que faut-il attendre de ce scrutin après un référendum constitutionnel marqué par une abstention historique (66,80%) ? Pour le pouvoir politique, outre le taux de participation, l’enjeu est un renouvellement générationnel de l’APN avec des visages neufs et jeunes, censé marquer une rupture avec les élections précédentes, le tout dans le cadre d’un système politique où l’exécutif concentre l’essentiel des pouvoirs. 
Pour l’Islam politique – le MSP et ses frères mais néanmoins concurrents — l’enjeu est de rafler le gros lot, former et diriger un gouvernement d’union nationale, avec à sa tête Abderezak Makri, qui se voit déjà dans la peau du futur Premier ministre. Et qui, faute d’avoir pu s’imposer au plus fort du Hirak – Makri, Djaballah, Bengrina en avaient été chassés — aura sans doute à cœur de ramener les brebis égarées de Rachad et de l’ex-FIS, sans leurs chefs naturellement, dans les rangs de cet islamisme qualifié de politiquement compatible par le pouvoir politique. 
N’étant pas dans la même posture que les islamistes, le FLN et le RND, qui risquent de sortir laminés, voire de disparaître, tenteront de sauver les meubles afin de pouvoir politiquement exister. Et puis, il y a ceux qui veulent se faire une place dans l’échiquier politique qui va se mettre en place. Jil Jadid, par exemple, et certaines listes indépendantes qui ont participé au Hirak, auxquels on peut adjoindre des dissidents du RND et du MPA de Amara Benyounès, voudraient bien incarner cette Algérie jeune, en phase avec son époque. À voir. Dans le lot, n’oublions pas tous ceux qui, à l’instar de Benbaïbèche, ont de tout temps gravité dans la périphérie du pouvoir et qui voudraient être récompensés de leur fidélité assidue… 
Quant à la participation, au regard d’une campagne électorale boudée par le public et où les dérapages verbaux non sanctionnés le disputaient à la pauvreté des projets, il est peu probable que la donne aura changé depuis le référendum constitutionnel du 1er novembre dernier. 
Cela étant, peut-on honnêtement faire abstraction du contexte socio-politique dans lequel a lieu le scrutin législatif ? Contexte de restriction des libertés où n’ont été autorisés à s’exprimer et à tenir des réunions publiques que ceux qui ont décidé de participer aux élections du 12 juin. Et dans un climat où tous ceux qui ont refusé la tenue de ces élections ont été interdits de s’exprimer publiquement, parce qu’ils considèrent que les conditions d’un scrutin équitable ne sont pas réunies, et qui sont sous la menace de sanction pénale, voire de criminalisation de leurs propos, alors que le droit d’expression est garanti par la Constitution. Et pour finir, dans une conjoncture où plus de 250 personnes sont détenues, dont certaines sans jugement à l’instar de l’ex-général et ex-candidat à l’élection présidentielle Ali Ghediri…
Aussi, le renouvellement de l’APN sur fond d’interdiction du Hirak ouvre-t-il certainement une nouvelle séquence, mais cela ne signifie nullement la fin d’une crise qui dure depuis les années 90. 
H. Z.