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Ce monde qui bouge

Censure, à propos du film sur Ben M’hidi

Publié par Hassan Zerrouky
le 06.09.2018 , 11h00
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Nous ne parlerons pas de Ould-Abbès ni du choléra mais du film de Bachir Derrais sur Ben M’hidi, interdit de sortie par une commission relevant du ministère des Moudjahidine. Selon le réalisateur, il lui est reproché, entre autres, d’avoir fait un film politique et évoqué les désaccords entre dirigeants du FLN, notamment entre Larbi Ben M’hidi et Ahmed Ben Bella, à propos de la primauté de l’intérieur sur l’extérieur et sans doute a-t-il été question de Abane Ramdane. Si c’est cela, où est le
problème ? 
Nous n’avons pas vu le film et ne pouvons donc juger si la réalisation a été à la hauteur du sujet traité, si le scénario est bon, si les acteurs sont bien ou mal dirigés, la qualité de l’image, des plans, la reconstruction historique, le son, la musique ; en bref, tout ce qui concourt à fabriquer un film. 
Mais cette censure, car c’en est une, pose un problème, celui du traitement de l’Histoire par des universitaires, des romanciers, des réalisateurs de fictions (cinéma et théâtre) et documentaristes, voire des journalistes. 
Les faits évoqués par le film de Bachir Derrais sont de notoriété publique. A-t-on oublié les propos très durs de Ben Bella sur la chaîne Al Jazeera et dans l’entretien accordé au regretté Nadir Bensebaâ dans le journal Le Matin sur le Congrès de la Soummam, Abane Ramdane et Ben M’hidi ? Ou ceux, plus graves, de Ali Kafi sur le même Abane ? Et sur lesquels je ne sais combien de livres ont été écrits et publiés en Algérie par des Algériens – Belaïd Abane en particulier. Va-t-on donc, 61 ans après, cacher que Abane Ramdane a été assassiné par ses compagnons d’armes et non par l’armée coloniale ? 
Il en est de même de l’affaire de la Bleuite, cette opération d’intoxication de l’ALN par les services du capitaine Léger, qui a fait des victimes innocentes dans les rangs de l’ALN, et sur laquelle plusieurs anciens combattants de la guerre de Libération ont écrit – je pense à Abdelmadjid Azzi (Wilaya III), au commandant Yaha Abdelhafid (Wilaya III), au commandant Lakhdar Bouregraâ (Wilaya IV) et tant d’autres… Et que dire de ce qui s’était passé au sein de la Wilaya I et que relate dans son livre Les tamiseurs de sable  (éditions Anep) Mohamed-Larbi Madaci, notamment les exécutions de Bachir Chihani et de Laïd Lamrani, la reddition de Adjoul Adjoul… Ce sont là des faits, certes regrettables, mais cela fait partie de notre histoire. 
Jusqu’à quand, par exemple, va-t-on continuer à enseigner aux enfants que l’Association des oulémas étaient à l’origine de la création du FLN, voire de la guerre de Libération nationale, alors que cette association était pour un statut d’autonomie (pas d’indépendance) de l’Algérie dans le cadre de l’Union française, et qu’elle n’a rejoint les rangs du FLN/ALN qu’en 1956, soit deux ans après le 1er Novembre 1954 ? 
Plus généralement, les différends entre dirigeants du FLN autour du pouvoir, qui datent d’avant 1954, n’ont-ils pas fini par éclater au grand jour durant l’été 1962, donnant lieu à des affrontements sanglants ayant fait un millier de morts ? 
Or, la restitution de ces évènements passés dans leur complexité et dans leur contexte d’alors est essentiel si on veut comprendre comment l’Algérie a évolué par la suite, pourquoi elle s’est singularisée des pays du Maghreb et du monde arabe, et pourquoi elle ne ressemblera jamais à l’Arabie Saoudite et à ces pays du Golfe, qui, par un curieux retournement de l’Histoire, sont présentés comme des modèles…  
Et puis la vie est ainsi faite, on n’empêchera pas la génération actuelle de se pencher sur le passé de son pays, ni les futures générations, dans 10, 20 ou 30 ans, de déconstruire ce que leur légueront les générations précédentes, d’avoir un regard critique – critique ne veut pas dire négatif – sur le passé de leur pays. 
Une histoire de la guerre de Libération aseptisée, une sorte de roman national, une construction historique événementielle et monolithique, répondant à des fins politico-idéologiques, c’est ce que demandent ces tenants de la pensée unique qui veulent s’approprier l’histoire de la lutte du peuple algérien.  
«Le mouvement de libération nationale n’était pas monolithique. A l’image des groupes sociaux, les familles politiques qui le composent étaient dans des rapports conflictuels. Chacune d’elles, réformiste ou radicale, se présentait comme la détentrice par excellence de la vérité et recourait plus volontiers à l’exclusion qu’à la discussion», écrit Mohamed Harbi dans «1954, la guerre commence en Algérie» (éditions Barzakh.2005). C’est encore d’actualité. 
H. Z.

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