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Ce monde qui bouge

Covid-19, le retour des charlatans et le Hirak

Publié par Hassan Zerrouky
le 09.04.2020 , 06h00
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En raison du Covid-19, le Hirak observe une pause pour le 3e vendredi consécutif, pause voulue par ses acteurs et une majorité d’Algériens. A l’exception de certains courants islamistes, tous ont appelé à l’arrêt des manifestations le vendredi et le mardi.
Mieux, les appels de la chaîne El Magharibia, demandant aux Algériens de sortir pour un 57e vendredi en se munissant de masques, de foulards, sont restés lettre morte ! Personne n’a écouté Ali Benhadj appelant à braver l’interdiction de la prière du vendredi.
Tout comme personne n’a suivi Larbi Zitout qui préconisait la « confrontation pacifique » (ichtibak silmia) avec les forces de sécurité, confrontation qui avait été expérimentée par ses amis islamistes en Syrie. On sait ce qu’il en est advenu : la « révolte pacifique » a très vite échappé aux Syriens, avant de se militariser sous l’impulsion des courants islamistes soutenus par les pays du Golfe et la Turquie d’Erdogan, ainsi que l’a reconnu plus tard l’ex-Premier ministre qatari Hamed Bin Jassem al-Thani.(1)
Cela étant, si le Hirak observe donc une pause, chacun pensait, dans ce contexte où la mobilisation contre le Covid-19 concerne tout le monde, que le pouvoir répondrait par la libération des quelque 40 détenus du Hirak dont certains comme Karim Tabbou qui a appelé de sa cellule à l’arrêt des manifestations. Ça n’a pas été le cas. Abdelawahab Fersaoui a écopé d’un an de prison. Et K. Tabbou, déjà condamné, doit comparaître le 27 avril, en plein mois de Ramadhan.
Pour l’heure, le coronavirus, qui poursuit sa progression, a créé une situation que les courants islamistes rétrogrades et autres tartufes tentent d’investir à l’aune de leur grille d’interprétation politico-religieuse. Larbi Zitout, qui ne recule devant rien et qui ne doute de rien, a même fourni une recette religieuse — les lecteurs me comprendront — dont je ne ferai pas la promotion en la citant. Pour d’autres, qui l’ont déjà précédé, le Covid-19 n’est rien de moins qu’une punition divine. Comme si les pauvres, qui sont les plus nombreux à aller à la mosquée notamment le vendredi, et qui se saignent pour effectuer une omra ou le hadj, avaient ce qu’ils méritaient !
Si cette pandémie est un châtiment voulu par Dieu, se soigner reviendrait dès lors à aller à l’encontre de la volonté divine. Services publics hospitaliers, médecins et infirmiers, chercheurs, qui mettent les bouchées doubles pour en venir à bout, commettent alors un grave péché et seraient comptables devant Dieu le jour du Jugement dernier ! Notons, soit dit en passant, que ces imams autoproclamés observent un silence pieux sur la suspension de la omra par les Saoudiens, lesquels s’apprêtent – ce sera sans précédent – à interdire le hadj en juin prochain si le coronavirus n’est pas endigué.
Mais qu’importe pour ces gens, que l’irrationnel et la manipulation de la foi ne soient d’aucun secours pour les malades atteints de coronavirus ou pour ceux qui pourraient le contracter : l’essentiel n’est-il pas d’exploiter sans vergogne la détresse des couches les plus fragiles, qui pensent trouver un réconfort dans la foi, à des fins politico-religieuses, et par là se poser ensuite en sauveurs du peuple ? Ce sont les mêmes qui disent aux croyants que le tremblement de terre est un châtiment divin, et ce, sans jamais leur expliquer pourquoi l’Europe du Nord, une région de «mécréants», est épargnée depuis la nuit des temps par les séismes !
L’Algérie va vivre une situation très critique. Avec le coronavirus, le pays a basculé dans un autre temps. Tout va être en mode «pause». La vie va, certes, continuer, mais le pays va vivre au ralenti et le quotidien de chacun, son rapport à ses voisins, ses amis et le regard porté sur son environnement immédiat et le monde, ne sera sans doute plus le même.
La situation socio-économique – des associations de jeunes entrepreneurs, des économistes tirent déjà la sonnette d’alarme – appelle des réponses urgentes nécessitant l’apport de tous. Ce qui fait que toute la question est de savoir si l’Algérie est suffisamment armée pour y faire face et si les autorités seront en mesure de contrôler la situation.
H. Z.

(1) Lire H. Zerrouky, «Syrie. le Qatar crache le morceau» in L’Humanité du 30/10/17, et «Syrie, crainte d’une militarisation de la révolte» in Le Soir d’Algérie du 29/11/2011.
H. Z.

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