Rubrique
Ce monde qui bouge

Erdogan, cap sur 2023 ! Ouyahia, son rêve...

Publié par Hassan Zerrouky
le 28.06.2018 , 11h00
1673 lectures

Avant de dire un mot sur Ouyahia, je commencerai par Tayyip Erdogan, qui vient de déjouer tous les pronostics et qui me fait penser à une vieille star de rock réac sur les bords. Cela fait quand même depuis 2002 qu’il est au-devant de la scène et une majorité de Turcs – plus de 52%, ce qui n’est pas rien – vient de lui accorder encore un tour de piste. Mais voilà, son parti, l’AKP (Parti de la justice et du développement), n’a pas fait le plein : avec 42% de voix et 290 députés, il reste certes en tête, mais il n’a plus la majorité absolue comme dans la législature précédente : en 2015, il avait obtenu 49,50% et 317 députés sur 550. Toutefois, grâce à l’alliance scellée avec l’encombrant Parti de l’action nationaliste (MHP, droite nationaliste, 49 députés), il pourra dominer le Parlement. Face à Erdogan, personne ne faisait le poids. Muharrem Ince (31%), le candidat du Parti républicain du peuple (CHP) parti kémaliste qui se revendique de la social-démocratie et de la laïcité, a reconnu sa défaite. Le CHP, qui se dit de gauche laïque, est en fait un parti fondamentalement étatiste et nationaliste et traîne derrière lui au moins deux casseroles. Il a du mal à se débarrasser de l’image d’un parti ayant noué des liens dans le passé avec la fraction la plus droitière de l’armée quand cette dernière réprimait à tout-va non pas les islamistes mais les Kurdes et la gauche progressiste. De plus, il niait l’identité kurde au nom d’une conception étroitement nationaliste de la nation. Ce que les Kurdes ne lui ont jamais pardonné bien que le CHP ait quelque peu évolué sur cette question. Sur ce terrain de l’identité, Erdogan a été plus malin que ses adversaires laïques : c’est sous sa gouvernance que les Kurdes ont disposé de radios et de télés dans leur langue et du droit de s’exprimer en langue kurde dans les meetings politiques, au Kurdistan bien sûr. Cela a profité aux démocrates kurdes mais aussi à l’AKP. Car, en bon adepte de l’islam politique, c’est sur le terrain politico-religieux que le parti d’Erdogan s’oppose au PKK (Parti du travail du Kurdistan, marxiste) et non sur le terrain de l’identité, tout en ne renonçant pas à son projet de créer une sorte de Sinn Fein kurde, à savoir un parti prenant ses distances avec la lutte armée menée par le PKK marxiste et avec lequel il pourrait s’entendre. A défaut d’un Sinn Fein «kurde», Erdogan doit compter avec le HDP (Parti démocratique des peuples, issu de la mouvance marxiste kurde), héritier du BDP (Parti de la paix et de la démocratie) mais différent de ce dernier en ce sens qu’il se veut un parti national de gauche et non régional. Ce qui lui a permis en novembre 2015 d’obtenir, dans des conditions difficiles et répressives, plus de 5 millions de voix et 59 sièges de députés y compris dans les régions turcophones. Plus que le CHP et ses 146 députés, c’est bien le HDP de Salahettine Demirtas qui a voté à partir de sa cellule – il est en prison depuis novembre 2016 sous le prétexte fallacieux de complicité avec le «terrorisme» du PKK – ce «clou de Djeha» à la turque, qui pose problème à l’AKP et Tayiip Erdogan, parce qu’il est porteur d’une alternative plurielle et progressiste. Malgré la répression qui frappe le HDP, ce dernier a obtenu plus de 11% et 68 députés (neuf sièges de plus). Pour clore ce sujet, Tayyip Erdogan, super-Président ou sultan, comme vous voulez, a le regard fixé sur 2023, centenaire de la fondation de la Turquie moderne. Mais d’ici là, il doit désormais compter avec une opposition pas du tout affaiblie – 261 députés sur les 562 que compte le Parlement turc – et une situation économique en net déclin. Algérie maintenant. Jeudi dernier, sans surprise, Ahmed Ouyahia a demandé au chef de l’Etat de rempiler pour un 5e mandat. Mais vu que le FLN et pas mal de micro-partis ont fait de même, rien n’interdit de penser qu’au dernier moment Abdelaziz Bouteflika, dont personne ne sait ce qu’il pense, annonce son retrait et adoube celui qui lui a été jusque-là le plus fidèle, Ahmed Ouyahia : ce dernier en rêve sans doute, et ce, malgré les désaveux que le chef de l’Etat lui a infligés (il y en a pas mal). On observera, qu’en la matière, Abdelmalek Sellal, qui a si bien servi le chef de l’Etat, espère aussi un retour d’ascenseur. Quant aux candidats des partis de l’opposition, ils serviront à légitimer un scrutin présidentiel joué d’avance. Ce serait miracle que l’un d’eux puisse mettre en ballottage le candidat du système. Or, on le sait, en Algérie, le miracle n’existe pas.
H. Z.

 

CHRONIQUE
DU JOUR

Les + populaires

(*) Période 30 derniers jours

1

Actualités 11:00 | 15-09-2018

Exportation de gaz
Vers la fermeture du gazoduc traversant le Maroc

Un «48 pouces» reliera El Aricha à Béni Saf, soit du point de jonction de la partie algérienne du gazoduc Maghreb-Europe à celle marocaine, à l’autre gazoduc transportant le gaz algérien vers l’Espagne à savoir le Medgaz. Ce qui laisse supposer la fermeture de ce gazoduc traversant le Royaume chérifien.

2

Périscoop 11:00 | 15-09-2018

Un recrutement surprise chez Bouhadja !

Le président de l’APN, Saïd Bouhadja, en a surpris plus d’un en recrutant, dans son cabinet, le fils d’un ancien chef du gouvernement. Un recrutement pas du tout «apprécié» par l’entourage de Bouteflika qui se méfiait