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Ce monde qui bouge

Hirak, Rabat-Madrid et le chantage migratoire

Publié par Hassan Zerrouky
le 20.05.2021 , 11h00
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Avant d’aborder le Hirak, un mot sur la tension entre Rabat et Madrid. Mohammed VI prend-il exemple sur Erdogan : ce dernier avait menacé l’Union européenne (UE) de laisser passer des dizaines de milliers de migrants, syriens et autres, vers l’Europe si les Européens ne sortaient pas le carnet de chèques. 
Les faits. Dans la nuit de lundi à mardi, Ceuta, l’enclave espagnole située en territoire marocain mais dont Rabat n’a jamais exigé le rattachement au Maroc, a été submergée par quelque 8 000 harragas marocains — dont plus de 1 500 mineurs — à pied et à la nage, que les forces marocaines ont laissé passer.  
La raison de cette passivité marocaine ? L’hospitalisation du dirigeant du Polisario, Brahim Ghali, à Madrid pour cause de Covid-19. Déjà brouillée avec l’Allemagne qui s’est prononcée pour le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination, Rabat veut faire pression sur l’UE, via Madrid, afin que cette dernière suive l’exemple des États-Unis qui, sous Donald Trump, ont reconnu la marocanité du Sahara Occidental. 
Mais voilà. Quoique Rabat dispose en la France de Macron d’un solide allié, l’UE ne semble pas disposée, du moins pour le moment, à subir le chantage marocain. Bien qu’il ait normalisé ses relations avec Israël, le Maroc n’est pas la Turquie. Ankara et Rabat ne jouent pas dans la même division. La Turquie, 17e puissance économique au monde, membre du G-20, est aussi la 2e puissance militaire de l’Otan. Ce n’est pas le cas du Maroc. C’est là toute la différence. 
Venons-en rapidement au Hirak. Le mardi des étudiants n’a pas eu lieu. C’est qu’il s’est passé plein de choses depuis que le ministère de l’Intérieur a décidé de soumettre les marches du vendredi à une « autorisation préalable » formulée par ses organisateurs ! Ce qui revient à neutraliser de fait toute manifestation. Premier effet de ce tour de vis, la marche de vendredi passé a été étouffée dans l’œuf, les arrestations et les condamnations ont été plus nombreuses que d’habitude. Reste que manifester un vendredi, 2e jour de l’Aïd, n’était sans doute pas la chose la mieux indiquée. Et pour cause, la mobilisation n’était pas au rendez-vous.   
Certes, des voix se sont élevées pour affirmer que les Algériens n’avaient pas sollicité d’autorisation préalable pour « dégager » Bouteflika ! Mais, rétorque-t-on, c’était une autre époque. Ce temps-là est fini. Place aux élections législatives du 12 juin. Une date à laquelle, à en croire Soufiane Djillali, « aura lieu le début du changement et non le changement » ! 
Autre constat : demander une autorisation pour manifester en indiquant ce que les gens vont scander dans la rue est impossible. Les autorités savent que ce qui caractérise le Hirak, c’est son horizontalité. Ce n’est pas un mouvement vertical, structuré et hiérarchisé. Personne ne peut parler en son nom et prétendre le représenter au risque de se faire rabrouer. Il n’a ni chef ni leader en lesquels les manifestants s’identifient. Si tel avait été le cas, un dialogue pour une issue positive à la crise aurait été possible entre le pouvoir et ses représentants supposés. 
Le Hirak, avec ses excès comme il y en a dans toute manifestation populaire dans le monde, reste un courant d’opinion. Au-delà de la question de savoir s’il est représentatif ou non d’un courant d’opinion majoritaire, il n’en reste pas moins qu’il est la manifestation visible d’une vraie fracture entre une partie importante de la société algérienne et les institutions censées la représenter. Le Hirak pose un problème politique. Le nier n’aide pas à faire avancer les choses. 
Un mot pour finir, sur l’image que renvoient de l’Algérie ces interpellations, gardes à vue prolongées, condamnations et placements sous contrôle judiciaire de journalistes connus et de personnalités parmi lesquelles l’astrophysicien de renommée internationale Jamel Mimouni. C’est un mauvais signal donné à l’international et à ces jeunes chercheurs algériens qui ont fait le choix de travailler en Algérie. L’Algérie n’est certes pas la Birmanie, mais quand c’est l’ONU qui interpelle pour la deuxième fois les autorités algériennes sur les droits de l’Homme et la liberté d’expression, la sagesse doit prévaloir. Dans ce registre, Alger doit donner l’exemple comme elle l’avait fait dans les années 70 en matière de soutien aux mouvements de libération. 
H. Z.

 

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