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Ce monde qui bouge

L’Aïd des années 2000 et celui des années 60-70

Publié par Hassan Zerrouky
le 23.08.2018 , 11h00
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Comme dit la chanson, je vais parler «d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître». D’abord de ces années 60, années de l’après-guerre de Libération nationale, où acheter un mouton de l’Aïd était un luxe réservé aux nantis. C’était une époque où les Algériens n’avaient pas d’argent : sur dix millions d’habitants, plus de deux millions étaient au chômage. L’Aïd était naturellement fêté, mais en raison d’un cheptel décimé par la guerre et qu’il fallait reconstituer, les autorités demandaient alors aux Algériens qui avaient les moyens, ou aux familles à qui les émigrés envoyaient de l’argent, de se passer du mouton de l’Aïd. Et patriotisme aidant, ils le faisaient. Le mouton bénéficiait ainsi d’un sursis.
Cette tradition de faire l’impasse sur le mouton de l’Aïd s’était quelque peu maintenue sous la gouvernance de feu Houari Boumediène. Des appels étaient d’ailleurs lancés dans ce sens à la population. A la différence d’aujourd’hui, dans ces années 70, l’Aïd el-Adha ne donnait pas lieu à ces spectacles transformant les rues, cours d’immeubles et quartiers d’Alger et des grandes villes en immenses abattoirs à ciel ouvert, où l’on égorge le mouton à chaque coin de rue. Ni non plus à ces spectacles donnant à voir en pleine ville des garages, des commerces, des cours d’immeubles, transformés en étables que visitent les acheteurs potentiels de moutons.
Sous le régime de Boumediène, l’achat d’un mouton n’était pas vécu comme une obligation religieuse. Les Algériens ne se serraient pas la ceinture, allant jusqu’à s’endetter pour s’offrir un mouton. Ils avaient la tête ailleurs. Et en pleine révolution agraire – on en était à la troisième phase (la révolution pastorale visait à nationaliser les gros éleveurs), rares étaient ceux, parmi les gros éleveurs, qui auraient été tentés d’écouler une partie de leur cheptel sur le marché noir.
En fait, cette histoire de mouton de l’Aïd, qui a vu les Algériens rivaliser entre eux pour se l’offrir, peuplant des appartements déjà surpeuplés par les humains, a vraiment débuté durant les années 80 quand le pouvoir de Chadli Bendjedid a commencé à opérer un recentrage de l’Etat autour des valeurs islamiques, au détriment de l’option socialiste prônée par son prédécesseur Houari Boumediène. Et même si en ce temps-là on ne poussait pas le culot jusqu’à dire aux Algériens que le sacrifice du mouton était quelque chose de religieusement souhaitable, c’était tout comme.
Aussi, expansion de la religiosité aidant, sur fond de PAP (Programme anti-pénurie) et de libéralisation du marché, la demande en moutons augmentait d’année en année. Et quand il n’y en avait pas assez, on en imputait la faute tantôt à la révolution agraire qui ne faisait d’ailleurs plus partie du discours politique depuis 1981, tantôt à la sécheresse. Au point où – je ne me souviens pas exactement de l’année – c’était en tout cas sous le gouvernement d’Abdelhamid Brahimi, dit «Brahimi la science», les autorités ont dû importer des moutons d’Australie afin de pallier la pénurie pour faire face à la demande, mais aussi pour faire baisser les prix.
Qu’à cela ne tienne, les islamistes, qui avaient déjà pignon sur rue – ils étaient en pleine ascension et de mèche avec les maquignons quand ce n’était pas une seule et même personne – et qui n’étaient jamais à court d’idée, ont fait courir le bruit que le mouton australien était «haram», impropre à la dégustation collective. La raison, et ce n’est pas une blague, le mouton australien, disaient-ils, a une queue plus courte que son cousin maghrébin ! Donc ce n’était pas un vrai mouton, il était suspect. Ce qui n’avait pas échappé à des bouchers malicieux qui, la main sur le cœur, garantissaient aux clients que leur viande de mouton était authentiquement algérienne. La preuve, elle ne sentait pas fort et elle était moins grasse que la viande du mouton australien ! Raison pour laquelle, affirmaient-ils, son prix est plus élevé que les morceaux de mouton australien proposés par les Souks-el-Fellah, fustigés pour mille et une raisons par les Algériens !
Aujourd’hui, depuis que l’Arabie Saoudite importe des moutons d’Australie et de Nouvelle-Zélande, tout est rentré dans l’ordre. Plus une voix ne s’élève contre l’importation de viande en provenance de ces lointaines contrées anglo-saxonnes !
Signalons, pour terminer, qu’au Caire, l’abattage des moutons en pleine rue est interdit et passible d’une amende de 5 000 livres égyptiennes (280 dollars) ! C’est également interdit à Casablanca, Rabat, Riyadh (Arabie Saoudite), Dubaï et Doha… on continue ?
H. Z.

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