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Ce monde qui bouge

Le dernier coup de poker de Bouteflika ?

Publié par Hassan Zerrouky
le 16.03.2019 , 11h00
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Son mandat prend fin le 16 avril. Au-delà, il n’aura plus « la légitimité des urnes », assure Fatiha Benabou, juriste constitutionnel sur le site TSA. Il reste donc au chef de l’Etat en fin de mandat un peu plus d’un mois de pouvoir. 
Un mois, c’est court. Avec la nomination de N. Bedoui et de Lamtane Lamamra, ce dernier à la fois vice-Premier ministre – une première dans les annales politiques– et chef de la diplomatie, poste qu’il a déjà occupé, et de Lakhdar Brahimi (85 ans) comme président de la conférence nationale chargée de la transition, une figure respectée sur la scène diplomatique internationale, Abdelaziz Bouteflika pensait avoir abattu ses atouts maîtres. Or, ça ne va rien changer à la situation. 
La rue a répondu. Elle a opposé une fin de non-recevoir aux propositions du chef de l’Etat sortant qui pensait ainsi garder la main sur la transition proposée. Son renoncement à briguer un 5e mandat n’a convaincu personne car il s’apparente à une prolongation du 4e mandat, ce qui, par définition, est une violation d’une Constitution qu’il a lui-même fait adopter par un Parlement aux ordres. 
Les jeunes et moins jeunes refusent l’alternative proposée, ils refusent de jouer les prolongations, cette sorte de troisième mi-temps, alors que la pression populaire a inversé les priorités. Surtout que la transition proposée s’inscrit dans un temps long, entre une et deux années, alors que son mandat se termine le 18 avril. Et pire, ils ne l’ont pas cru quand il a affirmé qu’il n’avait jamais été question pour lui de briguer un 5e mandat. 
Si cela est vrai, cela signifie que le chef de l’Etat n’était pas maître de ses décisions. Dès lors, qui a fait croire aux Algériens qu’il le briguait, ce 5e mandat? De toute manière, c’est trop tard. Lui ou son entourage se sont obstinés à maintenir cette candidature surréaliste d’un candidat malade, pendant que son Premier ministre n’écartait pas de recourir à la force tout en agitant le spectre d’un chaos syrien ou libyen afin de faire peur, ce à quoi les Algériens ont aussitôt opposé « l’Algérie n’est ni la Syrie ni la Libye ».  
Le nouveau facteur apparu que les gouvernants n’ont pas vu venir, c’est l’entrée en politique de la jeunesse. Une jeunesse que le régime croyait avoir dépolitisée, après avoir organisé depuis 1999 un vide politique au moyen d’un étouffement des libertés d’expression et de réunion, de traque des journalistes, des internautes et blogueurs, tout en laissant le salafisme occuper l’espace dans le but de canaliser la colère des jeunes en la détournant, contre les femmes, les activités artistiques, les bars… Le résultat : ces jeunes, en phase avec leur temps, avec une longueur d’avance sur les gouvernants, faisaient de la politique à leur manière, via les réseaux sociaux. 
L’opposition politique, sans base populaire, qui a passé son temps à interpeller l’armée notamment pour lui demander de garantir une transition, n’a pas vu non plus l’entrée en politique de ces jeunes qui, d’ailleurs, rejettent en bloc, à tort ou à raison, la classe politique parce que, dans leur esprit, elle ne s’adressait pas à eux, mais à l’institution militaire. 
Un mot encore sur cette rue algérienne qui gronde. Qui est-elle ? L’Algérie de 2019 n’est pas celle de 1988. Ce ne sont pas des misérables en quête de pain qui manifestent. Nous ne sommes plus en octobre 1988, contexte d’une économie de pénurie où les manifestants en colère avaient pillé les Souks-el-Fellah. En 2019, il n’y a pas eu de pillage de commerces ni de banques. Signe de maturité politique, la culture de l’émeute a cédé la place aux manifestations citoyennes. 
L’époque a changé. La société s’est modernisée et s’est diversifiée socialement. Elle est plus éduquée, plus au fait de ce qui se passe dans le monde. Elle communique plus. Le niveau de vie a évolué. La demande sociale est d’une autre qualité, elle n’est pas celle d’un peuple analphabète qu’on tente d’abrutir en instrumentalisant le religieux. Ce qui fait que le chômage et la dégradation sociale, bien que réels, ne sont pas les seuls moteurs de la contestation. C’est cela que le pouvoir politique, ancré dans des certitudes vieilles de 50 ans, passant son temps à financer à coups de milliards la paix sociale, n’a pas vu venir.  
H. Z.

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