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Ce monde qui bouge

Leçons tunisiennes, casse-tête algérien

Publié par Hassan Zerrouky
le 10.10.2019 , 11h00
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D’abord, bonne nouvelle, le film Papicha représentera l’Algérie aux oscars aux Etats-Unis. Par conséquent, l’interdiction de sortie du film à Alger afin de l’empêcher de concourir aura été un coup d’épée dans l’eau.(1) Ça fera un casse-tête en moins, et c’est tant mieux pour le cinéma algérien. 
Tunisie. Les élections législatives de dimanche ont accouché d’une situation inédite. Une abstention record qui a atteint 58,6%, ce qui signifie que plus d’un Tunisien sur deux est resté chez lui à regarder la télé.  Et aucun des deux partis arrivés en tête, ni Ennahdha de Rached Ghanouchi ni Qalb Tounes, formation créée le 20 juin dernier par Nabil Karoui, qui sera présent au second tour de la présidentielle du 13 octobre quoiqu’actuellement en prison, n’a dépassé la barre des 20%. 
La victoire donc du parti islamiste est toute relative, entre 40 et 45 sièges sur un total de 217 en lice, soit bien moins que les 69 sièges obtenus en 2014. Son rival, Qalb Tounes, obtiendrait autour de 33 sièges. Les autres formations en lice se situent toutes en dessous de la barre des 10% de suffrages. Ce qui donne, avec la multitude de micro-partis et de listes indépendantes ayant obtenu des sièges, un Parlement éclaté. Un vrai casse-tête pour Ennahdha et Qalb Tounes, contraints chacun de son côté de nouer des alliances afin de disposer d’une majorité leur permettant de former un gouvernement. Dépité, Rached Ghanouchi s’en est pris aux listes indépendantes qui auraient privé son parti de plus de sièges et qui vont rendre, selon lui, la Tunisie ingouvernable. 
Et ce n’est pas fini. Le second tour de l’élection présidentielle du 13 octobre qui opposera Kaïs Saïed, soutenu par Ennahdha, à Nabil Karoui, contraint de mener sa campagne à partir de sa prison, va encore compliquer la situation et fausser le résultat. D’abord parce que les deux candidats ne partent pas à armes égales. L’un, Kaïs Saïed mène une campagne en toute liberté. Le second, Nabil Karoui, en est privé, la justice ayant rejeté sa remise en liberté provisoire. Pour ses partisans, son maintien en détention n’est rien d’autre qu’un coup de pouce donné à son rival Kaïs Saïed. 
Et si dans ce cas de figure, Nabil Karoui perd l’élection, parce qu’il aura été privé de défendre son projet politique, l’Isie (Instance chargée des élections) pourrait être conduite à invalider l’élection présidentielle. 
En résumé, ce regard sur les premiers pas en démocratie en Tunisie n’est pas inutile. Les élections se sont déroulées le plus normalement. Et ce, même si l’abstention record qui les a caractérisées devrait inciter les acteurs de la société civile et politique tunisienne à s’interroger sur les raisons pour lesquelles plus d’un électeur sur deux n’a pas voté. 
En Algérie, c’est un casse-tête d’une tout autre nature. Ceux qui détiennent les clés de la maison Algérie devraient se poser la question de savoir pourquoi les revendications pour un changement démocratique, portées par des centaines de milliers de personnes, pour ne pas dire des millions, chaque vendredi depuis le 22 février, s’expriment en dehors du cadre institutionnel et politique existant. 
Et, pour finir, ajoutons que la place de l’ex-commandant de l’ALN Lakhdar Bouregâa, qui a écrit, dans une lettre rendue publique par ses avocats, avoir reçu « trois distinctions de la part de l’institution militaire : deux fois par l’Académie interarmes de Cherchell et une fois par le commandement de la Région militaire », n’est pas en prison. Elle est parmi les siens, parmi ce peuple pour lequel il a pris les armes quand il avait l’âge des jeunes qui manifestent aujourd’hui. 
H. Z. 

(1) Pour pouvoir participer aux oscars, le film doit sortir en salle dans son pays d’origine durant au moins sept jours avant le début du festival. Papicha a obtenu exceptionnellement une dérogation. 

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