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Ce monde qui bouge

Les supporters de Liverpool et les migrants, et les Gilets jaunes

Publié par Hassan Zerrouky
le 06.12.2018 , 11h00
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L’histoire vaut le détour. C’est celle de deux migrants africains que les supporters de Liverpool, de retour de France après le match contre le PSG, ont découverts cachés dans leur car, accueillis fraternellement et emmenés en Angleterre. L’un, rapporte Le Monde citant la presse britannique, s’était caché dans le compartiment moteur, l’autre dissimulé près d’une roue. 
Invités à monter dans le car, salués, les deux migrants ont eu droit à une série de photos avec les supporters, diffusées sur les réseaux sociaux, avant de se voir offrir à boire et à manger. Arrivés à Liverpool, ils ont fait la «une» d’un journal local. Ce geste humanitaire a été salué par la direction du FC Liverpool comme étant «tout à leur honneur, au club mais aussi à la ville de Liverpool». 
Par ces temps de xénophobie et de racisme ambiant, ces supporters du FC Liverpool viennent d’administrer une leçon d’humanisme et de fraternité aux racistes de tous bords, que symbolise fort bien leur chant «You’ll never walk alone» («Tu ne marcheras jamais seul») entonné quand leur équipe affronte un adversaire. 
Leur geste en tout cas tranche avec celui de ce groupe de Gilets jaunes de Flixecourt dans la Somme (nord de la France), qui ont découvert six migrants cachés dans la cuve d’un camion-citerne. Non seulement ils les ont insultés comme le montre la vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, dénoncés à la gendarmerie, mais il y en a même un qui a proposé d’en faire «un barbecue géant». Un acte que le syndicat CGT douanes a dénoncé. Même scène à Cognac (sud-ouest de la France) où des Gilets jaunes ont insulté une automobiliste aux cris de «retourne chez toi». 
Ces faits dénotent les risques de récupération et de dévoiement par l’extrême-droite et leurs alliés de la droite dure, qui guettent ce mouvement des Gilets jaunes. Et, même si la question de l’immigration ne figure pas parmi leurs revendications, il n’est pas impensable, dans le contexte d’une gauche qui peine à être entendue – même Jean-Luc Mélenchon est en baisse dans les sondages — qu’elle y vienne, comme l’a montré l’exemple italien. Pour l’heure, ce n’est pas le cas.
Ce mouvement des Gilets jaunes est une coalition d’intérêts divers, agrégeant des catégories sociales pauvres ou en voie de paupérisation — chômeurs, travailleurs indépendants, retraités, petits employés et ouvriers, petits commerçants – écrasées par les impôts, par le coût de la vie, qui peinent à joindre les deux bouts, et qui sont inquiets par une croissance pour tout le moins en berne. 
C’est l’expression de cette France qu’on ne voit pas, celle des oubliés, et dont une bonne partie ne vote pas – les taux de participation aux élections baissent d’année en année. Ce mouvement est né dans les régions où le service public – transports, écoles, services sociaux, maternité, hôpitaux, postes – a été démantelé sous prétexte de réduction de la dépense publique. En résumé, ce mouvement protestataire inédit, qui se coordonne à travers toute la France grâce aux réseaux sociaux et internet, est le produit du désengagement social de l’Etat.  
Traduisant une crise de la représentativité – de nombreux Gilets jaunes ne se reconnaissent dans aucun parti et le clament tout haut – ce mouvement contestataire montre surtout que l’on ne gouverne pas impunément, de manière verticale, contre le peuple et ses aspirations à plus de justice sociale et de dignité. 
Mais de là à voir dans cette colère sociale une protestation semblable à celle qui a débouché sur la révolution de 1789 qui avait mis fin au règne de Louis XVI et à l’abolition de la monarchie, rien ne permet de le penser.  
H. Z.

 

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