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Ce monde qui bouge

Pas de prière géante contre Port Saïd

Publié par Hassan Zerrouky
le 09.08.2018 , 11h00
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Le monde à l’envers. Des prières géantes d’inspiration wahhabite pour faire interdire les festivals de chanson et de musique au prétexte que le pays a plutôt besoin de développement, mais en revanche pas d’appels à des prières contre le marché parallèle de la devise ou à la mémoire des jeunes militaires tombés dans la région de Skikda. 
Il ne s’agit pas de dénoncer pour dénoncer, mais du fait que cette colère sociale, à Ouargla, Bel-Abbès, s’exprime sous la forme religieuse la plus rétrograde dans un pays où l’islamisme djihadiste a fait des dizaines de milliers de victimes, est symptomatique du dévoiement de la conscience sociale et du chemin qui reste à faire pour un vrai changement sociétal moderniste. 
Cette colère sociale dévoyée à des fins réactionnaires et liberticides ne s’est jamais exprimée, par exemple, contre le square Port Saïd à Alger, ce marché informel de la devise, pour ne pas dire une place financière à ciel ouvert, où l’on peut acheter des devises fortes (euro et dollar), blanchir l’argent sale, l’argent de la spéculation ou du détournement de la rente pétrolière. Un marché qui dispose de plusieurs sites internet informant en temps réel l’acheteur potentiel de devises, sur la valeur en dinars de l’euro ou du dollar. 
Personne ne connaît la provenance de cet argent brandi par liasses par des cambistes autoproclamés en pleine rue, au vu et au su de tous, sans risque de se faire déplumer par un quelconque malfrat. Personne ne sait ou plutôt ne cherche à savoir  comment est alimenté ce marché parallèle. Personne ne sait qui fournit en devises ces cambistes. 
D’où vient-il donc cet argent qui alimente quotidiennement ce gigantesque gisement de devises et que certains experts algériens – Mourad Goumiri, Nabil Djemaâ, Ferhat Aït Ali – évaluent autour de 5 milliards de dollars par an, ce qui n’est pas rien ? S’agit-il d’une partie de l’argent du pétrole – c’est quand même la principale source de devises du pays – détournée par diverses combines vers le marché parallèle ? Sans doute. «Tout détenteur d’un registre de commerce jouit d’un libre accès au change, sans limite pour peu que ses besoins soient matérialisés par une importation, et ce, sans plafond délimité» (El Watan du 13 décembre 2009), avant que,  surfacturations ou facturations fantaisistes aidant (dixit les experts cités plus haut), de vrais-faux importateurs – tous les importateurs ne sont évidemment pas des voleurs patentés – n’en détournent une partie vers le change parallèle, qui rapporte gros et en temps réel. 
Contre cette spéculation à ciel ouvert brassant plusieurs millions de dollars par jour – il suffit de diviser cinq milliards de dollars par 365 jours pour en avoir une idée nette – de quoi financer plusieurs concerts de raï et de festivals de musique par semaine, pourquoi ces salafistes, qui dénoncent à longueur de journée dans les mosquées ou sur les antennes la «dépravation des mœurs» ne réagissent-ils pas ? Parce que pour les acteurs – je parle des gros bonnets, pas des petites mains – de cette fraude à grande échelle, qui n’est rien d’autre qu’un détournement organisé d’argent, où religiosité wahhabite et malversations font bon ménage, le marché parallèle de la devise est «hallal», c’est aussi simple que ça. On ne coupe pas la branche sur laquelle on est assis. 
C’est à ce genre de détail que l’on voit toute l’hypocrisie des salafistes wahhabites dont la fonction est de toujours détourner la colère sociale et  le regard des Algériens des vrais problèmes auxquels est confronté le pays. 
A défaut de lutter contre cette fraude organisée à grande échelle, comme l’avait tenté dans des conditions différentes l’ex-Premier ministre Mouloud Hamrouche, par des mesures garantissant la transparence des transactions financières et commerciales – c’était la mission principale de la loi sur la monnaie et le crédit avant qu’elle ne soit vidée de son contenu par ses successeurs – Sid-Ahmed Ghozali a été le premier à demander la révision de cette loi, puis Belaid Abdeslam avec son économie de guerre à la Nicolas Ceausescu, etc., – le pouvoir politique n’a rien trouvé de mieux que d’islamiser les transactions financières ( la finance islamique). Et même ça, ça n’a pas marché. 
En attendant, grâce à cette fraude organisée, des dizaines de millions d’euros sont transférés illégalement en Europe, réinvestis dans l’immobilier, quand ils ne sont pas placés sur des fonds spéculatifs basés dans les paradis fiscaux. 
H. Z.

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