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Ce monde qui bouge

Présidentielle de 1999, on ne s’ennuyait pas…

Publié par Hassan Zerrouky
le 17.01.2019 , 11h01
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Ça fera bientôt 20 ans qu’Abdelaziz Bouteflika est au pouvoir.  Rappelons-nous… Le 15 avril 1999, il est candidat unique d’une élection pluraliste. Ses six malheureux rivaux avaient jeté l’éponge avant le round final, pour cause de fraude, disaient-ils (1). 
A. Bouteflika était élu dans un contexte politique et sécuritaire différent de ce qu’il est aujourd’hui, un contexte marqué par la démission de Liamine Zeroual en septembre 1998, alors que son mandat courait jusqu’en 2000, et les scandales à rebondissements de l’été 1998.   
Dans l’ordre, citons la cabale politico-judiciaire contre l’universitaire et militant démocrate Ali Bensaad, d’abord condamné pour diffamation avant d’être accusé d’être membre du GIA, et condamné à mort par contumace le 7 juillet par le tribunal de Constantine !  Sans la mobilisation d’une partie de la presse et de la société civile, Bensaad aurait été embastillé. Puis, l’affaire Adami, le ministre de la Justice, protégé, affirmait-on, de l’ex-général et fondateur du RND, Mohamed Betchine, qui, d’après ses détracteurs, se voyait un destin de présidentiable. Eclaboussés, le premier par l’affaire Ali Bensaad, le second par une sombre affaire de mœurs, les deux hommes ont été contraints de démissionner. 
La fin de l’année 1998, c’était aussi ce bras de fer entre une partie de la presse et les autorités, et cette extrême tension sociale dans le pays. Grève des postiers, sidérurgistes et salariés de la zone industrielle de Rouiba menaçant de descendre dans la rue, siège de l’UGTA occupé par des centaines de syndicalistes scandant «grève générale», et à l’APN, ces échauffourées entre députés, pendant qu’Ahmed Ouyahia, sur le départ, présentait son bilan, le tout sous le regard amusé des Algériens, parce que c’était retransmis en direct à la télé. Bref, on n’avait pas le temps de s’ennuyer.  
Rebondissements encore. A quelques mois du scrutin présidentiel, l’épisode Benbaïbèche, alors SG du RND, qui refusait que son parti se range derrière le candidat du «consensus» Abdelaziz Bouteflika. Mal lui en prit car il s’était mis dans la tête de soutenir Mouloud Hamrouche. Mais derrière son dos, quelque 162 membres du Conseil national du RND, emmenés par Ouyahia, se prononçaient en faveur de Bouteflika et scellaient du coup le sort du malheureux Benbaïbèche. 
Le FLN, ce fut plus simple : sur «instructions d’en haut», affirmait alors son SG Boualem Benhamouda, l’ex-parti unique s’était rangé sans coup férir derrière le «candidat du consensus». Enfin, après avoir mis en cause le candidat Abdelaziz Bouteflika, le général Nezzar finit aussi par rentrer dans le rang en soutenant le «candidat du consensus».
L’islamiste Mahfoud Nahnah, qui persistait à maintenir sa candidature, s’était vu écarter au motif de «non-participation» à la guerre de Libération nationale, ce qui ne l’a pas empêché par la suite de rallier le camp des soutiens à Bouteflika. Egalement écarté de la course, Sid-Ahmed Ghozali, et ce, pour n’avoir pas réuni les 75 000 signatures nécessaires pour valider sa candidature. Lui affirmait le contraire. 
En avril 1999, personne n’aurait imaginé qu’A. Bouteflika resterait plus de deux mandats. C’était ce que stipulait la Constitution. Mais, après modification constitutionnelle, il briguera un troisième en 2009, puis un quatrième en 2014. 
Pour 2019, les paris restent ouverts. Certes, il y a eu le cas de Saïd Bouhadja, les officiers de haut rang limogés ou mis à la retraite, la démission du SG du FLN Ould-Abbès, qui ont alimenté le feuilleton de l’été et de l’automne 2018. Mais rien de comparable à 1999, sauf que le Président est malade. 
Ce qui n’a pas changé en 20 ans, c’est le fait que les cercles de décision du pouvoir continuent de fonctionner sur le mode de la pensée unique et ont du mal à accepter, malgré leurs professions de foi, la pluralité et la diversité politique et, partant, l’alternance politique. De plus, par rapport à 1999, les espaces d’expression et de libertés se sont considérablement dégradés. Au point où l’Algérie a été classée en 2018, par l’ONG britannique Legatum Prosperity, comme le cinquième pays le moins libre du monde, occupant la peu flatteuse 145e place sur 149, derrière…la Libye et la Mauritanie ! 
H. Z. 
(1) Mouloud Hamrouche, Aït Ahmed, Taleb Ahmed, Mokdad Sifi, Abdellah Djaballah et Youcef Khatib. 

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