Rubrique
Constances

Aïn El Fouara et les noms du chat

Publié par Slimane Laouari
le 11.10.2018 , 11h00
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Sur la main courante du stade du 5-Juillet au début des années 1990, un joueur de foot international avait refusé de serrer la main tendue de Madame Aslaoui, ex-ministre de la Jeunesse et des Sports, alors qu’elle saluait son équipe. A l’époque, la chose était tellement inimaginable qu’on n’a pas su quoi faire sur le moment. Mais on s’est «débrouillé» comme on pouvait après coup. Tout le monde savait pourquoi il avait fait ça : par «conviction religieuse». Madame Aslaoui était une femme et qu’elle soit ministre et lui sportif d’élite n’y changeait rien. On avait alors dit que c’était «un jeune passionné » dont on pouvait donc pardonner la faute un peu comme on pardonnerait à un autre footballeur, auteur d’un… tacle appuyé sur l’adversaire ! On ne sait rien de l’évolution du footballeur en question mais on sait ce à quoi nous a conduit l’islamisme. Quand les islamistes avaient investi la rue avec comme unique objectif la prise du pouvoir, tout le pouvoir, ceux des Algériens qui n’avaient pas le courage de franchir le pas en intégrant leurs rangs mais s’accommoderaient bien de leur règne avaient déjà trouvé un… nom. Ce n’était donc pas des islamistes mais des… musulmans ! Plus tard, plus haut, on avait appelé ça un… parti politique qu’on avait agréé, à qui on avait donné sièges et subventions, puis un système électoral sur mesure pour ce qu’ils représentaient dans la société. Quand les islamistes avaient attaqué la caserne de Guemmar, on avait dit que c’était la main de l’étranger. Quand ils se sont mis aux assassinats ciblés, ils ont dit que c’était trop louche alors qu’eux, assumaient, revendiquaient et parfois… expliquaient. Quand ils ont tué des enfants, ça ne pouvait pas être… eux parce qu’un musulman ne ferait jamais ça. Ils l’ont fait pourtant, ils ne l’ont même pas démenti ! Quand est proclamée la réconciliation nationale, on en a fait des «égarés». Quand ils ont lynché des femmes à Ouargla, on les avait appelés les «habitants du quartier». Quand récemment ils ont lâchement et violemment agressé une jeune comédienne, c’était des «riverains». Quand ils font le tour des plages pour veiller, le gourdin au clair, à la moralité des estivants, au caractère «familial» des espaces et aux tenues de rigueur, on les présente comme des «volontaires» et parfois des… associations. Quand ils font des descentes punitives dans les bars, c’est des… citoyens. Quand une première fois, un intégriste qui a revendiqué son acte es qualité, avait vandalisé la statue d’Aïn El Fouara au cœur de la ville de Sétif, c’était un aliéné. Maintenant qu’un autre intégriste, accoutrement, discours et attitude à l’appui, a fait la même chose après une coûteuse restauration de l’œuvre artistique, c’est le… ministre de la Culture qui a conclu avant les psychiatres, avant la police et avant la justice que c’est… l’œuvre d’un autre détraqué. Pas de panique donc, il y a à Sétif des détraqués, comme il y a ailleurs des «citoyens», des «riverains», des «habitants du quartier», des «volontaires» et qui sait encore d’autres noms à venir, la source d’inspiration en la matière étant inépuisable. Depuis qu’il n’y a plus de terroristes, depuis qu’il n’y a plus d’islamistes, depuis qu’il n’y a plus d’intégristes, on dort tranquille.
S. L.

 

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