Rubrique
Constances

Comme un lundi

Publié par Slimane Laouari
le 19.11.2019 , 11h00
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Hier, on n’était ni mardi ni vendredi. Depuis le 22 février, Samir a marché tous les vendredis que Dieu a faits. Il aurait même battu le pavé s’il y avait deux ou plusieurs vendredis par semaine mais il a dû se rendre à l’évidence qu’il y en a un seul. Alors, il a marché aussi le mardi, quand il le pouvait. Parce que Samir travaille. On n’a beau dire qu’aucun Algérien ne travaille, il sait qu’il faut au moins aller au boulot parce qu’il faut bien faire bouillir la marmite. Son patron a quelque sympathie pour le Hirak parce que parmi les nouveaux locataires d’El Harrach, il y a quelqu’un qu’il ne porte pas dans son cœur mais ça s’arrête là. De toute façon, le jour où il avait déclaré son soutien, moral bien entendu, à la révolution, il a tenu à le faire devant tout son personnel réuni : «Le Hirak, c’est bien, je n’ai rien contre, bien au contraire, mais le travail, c’est sacré.» Il savait bien que les marches, c’était le vendredi, premier jour béni du week-end semi-universel mais il avait anticipé, des fois que quelqu’un aurait la mauvaise idée de le prolonger ou simplement de lui changer de jour. Samir n’est pas étudiant comme on le sait mais ça lui arrive donc d’aller se mêler aux étudiants quand il arrive à trouver un mensonge suffisamment gros pour passer auprès de son chef afin de le libérer. Depuis que certains de ses collègues avaient découvert son manège, parce qu’il y a des gens à qui on ne peut rien cacher, ils l’ont souvent moqué pour son nouveau «statut». Mais ça n’a pas duré très longtemps, leurs quolibets ont cessé quand, solennel et triomphant, il a répliqué : vous êtes nuls, mardi, ce n’est pas la marche des étudiants, c’est une marche à l’initiative des étudiants ! Quand Samir a vu comment il avait impressionné ses amis avec la formule et l’efficacité qu’elle a eue, il s’est mis à chercher le brillant étudiant en informatique qui lui avait appris ça, histoire de lui offrir un café pour son immense service mais il ne l’a jamais retrouvé. Il en est déçu mais il a fini par se dire qu’il y a plus grave dans la vie. Pour plein de raisons, dont la plus importante est qu’on était lundi, hier, on n’était ni vendredi ni mardi. Alors Samir a décidé de ne pas aller au boulot, comme un grand, sans demander la permission à quiconque. Son patron est strict, son chef peureux mais il sait que ça n’ira pas plus loin que le retrait d’une journée de salaire. Samir voulait faire le vide dans sa tête. Une sorte de bonheur capricieux dont il redoute les remords mais l’envie était trop forte. Mais quoi faire ? Comme la palette de choix n’est pas vraiment riche, il décide d’aller errer sans objectif, histoire de voir à quoi ressemble Alger en dehors du Hirak et du boulot. Et rentrer le soir s’installer devant la télé, à l’heure des infos de l’ENTV précédées de la campagne électorale et regarder le match des Verts contre le Botswana. Dans l’escalier, alors qu’il rentrait à la maison, il s’est rappelé qu’il n’avait plus BeIn Sports. Aux remords s’est ajouté le dégoût.
S. L.

 

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