Rubrique
Constances

Héroïques mais anonymes

Publié par Slimane Laouari
le 20.05.2019 , 11h00
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Dans un local des hauts de la rue Didouche dont il est difficile de deviner la vocation originelle, ils sont là chaque vendredi. Assez tôt le matin, au moment où la ville se tire lentement de son sommeil, les premiers arrivés s’affairent déjà sous le regard des premiers passants qui alternent la curiosité de ceux qui les découvrent et l’admiration recommencée de ceux qui sont déjà habitués au rituel. A partir de l’entrée ouverte aux quatre vents comme pour dire qu’ici, on n’a rien à cacher, qu’on est fier de ce qu’on fait et surtout que tout le monde est le bienvenu pour mettre la main à la pâte, on peut les voir s’affairer. A distribuer, quelques signes d’identification, à charger les boîtes de secours, placer des groupes à des endroits précis, se motiver comme une équipe déterminée à gagner et donner ou recevoir d’ultimes instructions pour que rien ne soit laissé au hasard. Ils sont les « gilets oranges » de la Révolution, des jeunes filles et des jeunes hommes qui, tout à l’heure, quand s’ébranlera la marche, seront au cœur de la foule pour secourir ou simplement tenir la main des plus faibles surmontant leur fragilité pour être parmi le peuple sur la route de son destin. On ne sait pas quand ils ont commencé. On les découvre ou on a l’impression qu’ils sont là depuis le premier vendredi. Moins visibles parce que ne portant aucune distinction, on ne les voit qu’au moment précis où on souhaiterait les voir. Ils vous mettent une bouteille d’eau entre les mains quand vous ne l’attendez pas, ils se baissent, plus rapides que l’éclair, pour ramasser un menu objet que vous venez de faire tomber dans un instant d’inattention. Ils arrivent sur vous comme  des anges gardiens surgis du ciel pour vous avertir que votre téléphone ou votre portefeuille déborde de votre poche. Ils appellent à la précaution, le propos convaincant et le ton courtois, de jeunes manifestants qui prennent des risques physiques pouvant les mettre en danger. Ils sont toujours là quand une maladresse ou un excès d’enthousiasme peuvent valoir quelque désagrément.
D’autres, enfin, veillent à entretenir le bel esprit du mouvement. Ils sont là, les premiers à entonner « silmia » à chaque fois que la police montre des signes de fébrilité ou de tentation par la manière forte. Ils sont là pour veiller à ce que quelque indésirable soit « dégagé » de la foule avec autant de fermeté que de douceur. Il y en a d’autres qu’on découvre d’un vendredi à un autre. Ces femmes et ces hommes sont le cœur battant dans la discrétion du mouvement populaire. Ils sont sa force tranquille et son humilité agissante. Ils doivent avoir un nom un jour, parce que leurs visages, on les aperçoit furtivement, juste ce qu’il faut à l’instant crucial, avant de se fondre dans la foule.
S. L.

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