Rubrique
Constances

Hirak : discuter pour être indiscutable

Publié par Slimane Laouari
le 27.01.2020 , 11h00
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Il y a d’abord ce malaise profond qui s’est emparé des élites et plus largement de la société protestataire : faut-il renvoyer, séance tenante et toutes affaires cessantes, l’ensemble des questions liées à la vie ordinaire et à l’activité nationale pour se consacrer entièrement au politique parce que la conjoncture en fait une priorité sans concurrent ? Les deux types de réponse, forcément antagoniques, introduisent des situations aussi, sinon plus embarrassantes encore. Il y a, d’un côté, ceux plus nombreux et sans doute plus légitimes du fait que leurs discours intègrent plus nettement et plus résolument les revendications du mouvement populaire. D’aucuns diront qu’ils sont dans le confort de ceux qui ont le privilège du beau rôle. Ils n’ont pas toujours raison, sinon le « débat » serait clos. Surtout pas quand ils sont dans le réflexe accusateur et ont l’oreille lourde. La propension à évacuer des préoccupations ordinaires sous prétexte qu’elles sont systématiquement et forcément portées par des forces mobilisées pour faire diversion et polluer les nobles combats révolutionnaires révèle parfois des péremptions contreproductives et quelques conclusions inexactes, quand elles ne sont pas injustes. Pour autant, les troupes en service commandé qui « grenouillent » le mouvement populaire avec le dessein de lui faire lâcher la proie pour l’ombre, ne sont pas une vue de l’esprit. Vieux clients du système toujours en quête d’acclimatation, professionnels de l’alignement en démonstration de disponibilité, aigris politiques incapables de se fondre dans la foule, opposants du dimanche surpris que « ça se passe sans eux », tout ce beau monde s’active à mettre son grain de sel qui les remettrait au-devant de la scène. Ils peuvent se revendiquer du « Hirak originel » qui aurait dévié de ses premiers objectifs, du « soutien critique » d’un mouvement populaire qu’ils suggèrent « avoir à l’œil » ou s’agiter au bout des ficelles « traditionnelles », ils sont nettement visibles et audibles. C’est en acceptant qu’il y ait une… vie en dehors du Hirak, en intégrant le fait que tout peut se discuter dans les rangs du mouvement et ses prolongements dans la société, que les « pollueurs » apparaîtront dans leurs oripeaux du jour. C’est aussi de cette façon que les hésitants sincères rejoindront les rangs d’un mouvement qui, quoi qu’on en dise, n’est pas à l’abri de tout. Bien sûr, les discussions ont déjà commencé. Peut-être pas de tout mais ça viendra, quand tout se fera à hauteur de la représentation que méritent la qualité et le volume du mouvement, ainsi que la grandeur de ses projections.
S. L.

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