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Le lait, l’huile, la semoule et la vie

Quand on est à l’intérieur d’un marché de la capitale ou dans une grande surface, on a du mal à croire que nous sommes dans un pays où il y a une crise de lait, d’huile et de semoule. C’est que le regard de l’observateur, qu’il soit d’ici ou débarqué d’une autre planète, sera d’abord retenu par ceci : il y a du lait, il y a de l’huile et il y a de la semoule en abondance. C’est qu’à ce stade de l’observation, on est généralement loin des nuances et des détails : nous sommes dans la conclusion… à première vue, comme on dit. Il arrive que ce genre de remarques se confirme, ce n’est ni interdit, ni scandaleux. Mais souvent on est loin du compte. Ce que retiendra en second lieu l’observateur, celui du coin ou celui tombé du ciel, est que question consommation, ça y va et pas de main morte. On a beau dire que ce n’est pas donné, les prix ayant quand même subi quelques substantiels liftings, ça se bouscule aux rayons et il faut de sacrées doses de patience devant les caisses enregistreuses. Images de fausse prospérité ou de frénésie passagère, nous sommes, vous êtes déjà loin des grandes inquiétudes. Ce n’est pas sûr que les images soient conformes à la réalité mais dans ces espaces où devraient se voir les choses en temps réel, la première à vous saisir n’est pas vraiment celle qui rappelle que les temps sont durs pour beaucoup de monde. De plus en plus de monde. Il faudra peut-être y ajouter « l’indice » du Ramadhan. Beaucoup de monde vous dira qu’il n’y a que ça - le Ramadhan - dans « l’affaire » mais celle-là aussi est trop facile. Même si, comme l’autre, elle se confirme toujours, ce n’est ni interdit ni scandaleux de ne pas l’avaler d’un coup. Parce qu’il faudra bien sortir des marchés et des grandes surfaces et se dire que ce n’est peut-être pas ici, en tout cas pas qu’ici, que la vie livre ses vérités en temps réel. Il y a d’abord cette question qu’on a rarement posée, en tout cas pas assez posée : pourquoi, c’est toujours le « lait des pauvres » qui manque ? Et d’apprécier la réponse, évidente, presque naturelle : parce que c’est le lait le plus consommé. L’autre évidence étant qu’il y a toujours plus de pauvres que de riches, surtout quand il y a autant de nouveaux pauvres qui viennent de là, où, il n’y a pas si longtemps, on consommait encore du « Candia ». Et on n’achetait quasiment pas de semoule, alors que l’huile ne pouvait pas être un problème. Bien sûr que le Ramadhan n’est pas… innocent. En tout cas jamais au-dessus de tout soupçon. Allons, il y a du lait, de la semoule et de l’huile. Il suffit juste de cacher quelques images qui viennent d’ailleurs. Aux abords du marché et devant les grandes surfaces, on ne regarde pas les vidéos sur les réseaux sociaux.
S. L.