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Le stade et puis le reste

L’autre fois au stade du 5-Juillet, le bonheur des dizaines de milliers de supporters de la sélection nationale de foot a quand même fini par les contenir… dans leur match. C’est que des moments du genre, ils en manquent tellement qu’ils en arrivent à la «retenue», peut-être bien en se faisant violence. Le stade est ainsi, depuis longtemps. Exutoire par excellence, il permet à ceux qui le fréquentent, à la fois de vivre un moment leur passion et parfois, à en déborder, surtout que chez nous les espaces d’expression au quotidien, les jeunes qui vont au stade comme les autres en ont eu rarement les moyens et la liberté. Lundi, on pouvait donc les attendre sur un autre… terrain que celui de porter à bras-le corps leurs favoris. Du coup, on ne sait plus comment prendre leur comportement bon enfant et entièrement tourné vers la célébration d’une victoire en Coupe d’Afrique et le spectacle proposé sur le gazon. Il est le fait d’une volonté spontanée de rester dans la joie du moment ou le résultat d’une subite «séparation des genres», s’étant rendu compte que le droit - et les moyens du bord - de dire leurs rêves et leurs colères, ils l’ont conquis ailleurs ? Pourtant, le pouvoir, toujours partagé entre la rentable instrumentalisation du foot et le redoutable retour de boomerang qui en découle parfois, avait de quoi se faire des soucis, la perspective d’entendre des vertes et des pas mûres étant plus qu’une virtualité en la circonstance. Dans le contexte, il n’avait pas les moyens de refuser quoi que ce soit au sélectionneur national qui vient de gagner la Coupe d’Afrique après une longue disette. Ils ont alors cédé à son insistance pour faire jouer le match à Alger. Ce n’est pas évident qu’il s’en sorte mieux à Blida mais il doit encore être dans ses vieilles certitudes qu’en dehors de la capitale, il peut être ménagé. Il a décidé ça tout seul et il n’y a aucune raison qu’il change d’avis. Ce qui a changé par contre, c’est qu’il n’a pas envoyé de représentants parader. On ne peut certes pas le «soupçonner» d’une quelconque remise en cause mais le bide du Caire et du Palais du peuple au retour ont dû l’en dissuader. Lundi au stade du 5-Juillet, il n’y avait que des milliers d’Algériens qui, reconnaissants pour leurs héros, sont venus célébrer une victoire dans l’intimité… familiale du temple, voir un match décontracté par l’absence d’enjeu et faire d’émouvants adieux à un joueur d’une grande popularité qui prend sa retraite internationale. Pour le reste, le 5-Juillet n’est finalement pas différent de Tchaker, l’ambiance allait du plaisir à l’émotion et l’ENTV n’a même pas eu besoin de fermer les micros d’ambiance comme il le fait depuis des mois. Mais le stade est toujours imprévisible. Et les vieilles certitudes encore tenaces.
S. L.