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Les 4 samedis

La semaine a été pénible. Pour que nos ministres éprouvent parfois le besoin de montrer qu’ils sont «aussi» citoyens, c’est qu’ils doivent en douter. Ils ont raison de ne pas trop y croire. Ils ne paient aucune facture, ils ne font pas les courses, habitent dans d’inaccessibles bunkers, se soignent à l’étranger, ne vont ni au bistrot ni en librairie et… participent aux élections. 
Le comble, quand ils veulent montrer qu’ils sont mortellement citoyens, c’est systématiquement pour suggérer que les Algériens ordinaires ne le sont pas assez ou pas du tout. Tenez, cette semaine, Madame Zerouati, ministre de l’Environnement, a construit tout son discours sur l’incivisme des Algériens pour expliquer la ruine environnementale du pays. Histoire de «donner l’exemple», elle a, pour ainsi dire, joint le geste à la parole en allant participer physiquement à un volontariat de nettoyage parfaitement scénarisé. Problème : en ces temps de choléra comme chaque jour, être citoyen devrait relever de l’évidence. Ce qu’on demande à Madame Zerouati et ses collègues, c’est d’être… ministres.
La semaine a été pénible. Dans la foulée de la reprise du championnat de foot, on a eu encore à mesurer l’ampleur de la banqueroute. Des clubs «professionnels» incapables de s’acquitter de leurs redevances, un club prestigieux de la capitale dont les joueurs et l’entraîneur peinent à bouffer et roupiller et un sélectionneur national dont on dit beaucoup de bien mais veut quand même… retourner à Tchaker pour les matchs des Verts ! Djamel Belmadi a eu une belle sortie en conférence de presse. C’est fou ce que certaines évidences deviennent carrément géniales quand on les a longtemps ignorées : «Je ne sais pas pourquoi vous me parlez de joueurs pros et de joueurs non pros. Pour moi, c’est tous des professionnels. A ma connaissance, ceux qui jouent en Algérie roulent tous dans de grosses voitures et je n’en connais pas qui sont boulangers le matin et footballeurs dans l’après-midi .» A part «Tchaker», vous êtes un as, Monsieur Belmadi.
La semaine a été pénible et elle continue. Les Algériens ne sont peut-être pas plus paranoïaques que d’autres mais ils ont quand même le sens de l’exagération. On peut devenir plus regardant sur son hygiène alimentaire dans le prolongement de cette épreuve du choléra qui a bouleversé tout le monde mais cuisiner à l’eau minérale, ne pas manger de fruits et éviter d’aller dans certaines villes, foyers supposés de la maladie, il ne faut tout de même pas pousser trop loin.
Sauf que derrière chaque excès se cache forcément un autre. Comme les vidéos qui tournent sur la toile, montrant de courageux quidams qui avalent goulûment des pastèques entières, boivent même du robinet ou tentent d’autres démonstrations censées nous convaincre que le choléra est finalement une vue de l’esprit. Non, merci.
La semaine a été pénible, avec cette «rumeur» partie d’une page Facebook, désactivée une demi-heure après le «départ du feu». Juste après, il s’en est trouvé beaucoup de monde qui «savaient». On nous a donné les détails sur le quoi, le qui, le où, le quand, le comment et tout et tout. Il s’est passé quoi ? Une rumeur.
S. L.