Rubrique
Constances

Les 4 samedis

Publié par Slimane Laouari
le 05.09.2018 , 11h00
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Paradoxalement, c’est quand on doit leur reconnaître le mérite de la franchise que nos parlementaires suscitent les indignations les plus bruyantes. Il en est ainsi quand ils «s’adoptent» des salaires royaux et des privilèges à rallonge. Eux, ils sont dans leur «rôle» et ils n’ont aucune raison de ne pas nous rappeler qu’ils sont là pour ça. Au lieu de nous en tenir à ça, nous allons leur chercher de la vertu qui redevient donc envisageable. Cela va de la rigueur morale qui n’existe que dans nos esprits  chaque fois détournés des questions essentielles, à la fonction politique régulière que nous sommes les seuls à imaginer dans leur sillage. Nous partons alors dans de délirantes comparaisons de leurs salaires avec le Smig de rigueur dans notre pays. Et parfois nous leur faisons des cadeaux dont ils ne nous croyaient pas capables, en osant de dangereux parallèles avec ce que perçoivent leurs… confrères français, allemands, espagnols ou italiens. Il ne s’agirait donc que de ça. Au moment où on se rend compte que calculés à la valeur du dinar actuelle, les salaires et indemnités de nos parlementaires sont forcément inférieurs, eux doivent jubiler en riant sous cape : ils sont donc de vrais députés et de vrais sénateurs élus dans des conditions de transparence et de démocratie, ils ont la même fonction de législateurs, de contrepouvoir, de force de pression et de proposition et ils ne le savaient pas ! Cerise sur le gâteau, même les privilèges salariaux sur lesquels on pensait les tenir ne résisteraient pas à la comparaison.
Pourtant, eux, ils ne nous demandent rien, même pas notre avis ! Et pour cause, nous ne les avons pas élus pour qu’ils se sentent un jour redevables en quoi que ce soit envers nous. Paradoxe toujours, ils ont également le mérite de la franchise en l’occurrence. Ils ne revendiquent même pas le minimum formel que leur permet leur statut politique via les mécanismes de fonctionnement théorique de l’institution. Ils savent ce pour quoi ils sont là, alors ils poussent leur «logique» jusqu’au bout. Jusqu'à revendiquer publiquement… l’impunité pour un des leurs, pourtant appréhendé en flagrant délit de corruption. Pour cela, ils n’ont même pas fait valoir la présomption d’innocence. D’abord parce qu’au-delà de la procédure, dans leur tête la présomption d’innocence est aussi ­— ou surtout — une présomption de… culpabilité. Ensuite, parce qu’il ne faut en aucun cas que ça fasse jurisprudence, surtout en matière d’immunité. L’immunité, nos parlementaires sont aussi là pour ça ! Il y en a même qui ne sont là «que» pour ça ! Autre cadeau, de l’intérieur, celui-là mais ça rejoint la même logique. Pendant que des sénateurs de la «majorité» observaient une protestation de soutien à leur collègue ripou, des députés du FFS boycottaient la séance de reprise de la session parlementaire pour protester contre «une majorité usurpée». Comme dans un vrai Parlement où l’opposition s’exprime librement !
S. L.

 

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