Rubrique
Constances

Les 4 samedis

Publié par Slimane Laouari
le 20.07.2019 , 11h00
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La semaine a été pénible. Elle a même été dramatique, avec le terrible accident de Jijel qui a coûté la vie à quatre personnes dans la foulée des manifestations de liesse populaire, après la qualification des Verts à la finale de la Coupe d’Afrique. Du coup, les vieilles formules désagréables à entendre sont revenues pour ajouter de la tristesse à la tristesse. Il paraît que les Algériens meurent indifféremment quand ils sont malheureux et quand ils sont heureux. Quoi dire, quoi en penser ? Les mots sont dérisoires dans de pareilles situations. Les accidents, ça arrive, mais on ne peut pas s’empêcher de dire qu’il y a des accidents plus évitables que d’autres. Il n’y a plus de mots, en dehors de ceux qui disent la douleur et la solidarité partagées avec les familles endeuillées.

La semaine a été pénible. On pensait que les autorités allaient se faire discrètes et laisser tomber la propension maladive à la récupération politique de tout ce qui fait le bonheur commun des Algériens. Non, elles n’ont pas eu la retenue qu’on pouvait attendre d’elles. L’équipe nationale fait un bon parcours et les voilà encore à parader en mobilisant tout ce qui est mobilisable pour suggérer que c’est grâce à leur génie  que la réussite est au bout. C’est d’autant plus pénible que personne n’en pense un mot, y compris les joueurs et le staff qui, une fois n’est pas coutume, n’ont eu de pensée que pour le peuple algérien. Un bonheur ne vient jamais seul.
La semaine a été pénible. Abdelkader Bensalah est au Caire pour assister à la finale de la CAN, comme le veut le protocole de la compétition. Du coup, tout le monde se tient le ventre. Le pouvoir, qui redoute la réaction des supporters algériens qui ne sont pas vraiment un exemple de « discipline » et puis tous les Algériens qui appréhendaient, avec plus ou moins de sincérité, que l’Algérie « se donne en spectacle en terre étrangère ». Au moment où s’écrivent ces lignes, on ne sait pas encore si les appels à la « sagesse » allaient servir à quelque chose mais on sait que les supporters étaient déjà… dans le match. « Le peuple veut la Coupe d’Afrique », tout le reste est secondaire.
La semaine est moins pénible, puisqu’elle se termine avec le début du festival Racont’Art dans le village de Sahel, à Bouzguène. Dans un pays souvent qualifié de « désert culturel », chaque moment et chaque espace arrachés à la grisaille est une retentissante victoire de la lumière sur les ténèbres. Cette manifestation, qui devient maintenant un rendez-vous annuel attendu, est d’autant plus réconfortante qu’elle est autonome, libre et de qualité. Un festival au cœur des villages de Kabylie, dont la population est entièrement impliquée, c’est vraiment quelque chose et c’est le moins qu’on puisse dire.
S. L.

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