Rubrique
Constances

Les étudiants sont de retour

Publié par Slimane Laouari
le 26.05.2019 , 11h00
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On ne les attendait pas forcément. Quand l’idée d’une insurrection populaire commençait à investir le domaine d’une réelle possibilité, il n’y avait peut-être pas grand monde pour imaginer que c’est des campus que pouvait surgir l’étincelle ou même un ralliement susceptible de devenir la force de frappe d’un mouvement encore incertain quant à ses motivations et peu rassuré quant à son potentiel de mobilisation. C’est que des décennies de normalisation qui ont progressivement tourné à l’inquiétante léthargie ont fini par détourner, sinon désespérer l’opinion la plus large des bancs de la fac comme source de révolte contre un système politique promis à la pérennité d’avoir plombé l’ensemble des pans de la société avec une incroyable efficacité. Au moment où elle devait émerger de sa convalescence post-années 80, l’université a d’abord été prise à la gorge par l’islamisme triomphant. La déferlante a été d’une telle ampleur qu’elle ne pouvait, logiquement ou presque, épargner un espace aussi stratégique même si, pour des raisons historiques, il devait y avoir tout de même quelques irréductibles optimistes pour l’espérer. Très rapidement, elle est devenue orpheline de ce qui fait la force et le rayonnement de l’université : un espace de liberté, d’ouverture et de permanente disponibilité à l’indignation. Le désert culturel et politique a continué à squatter les lieux, avec ce qui allait suivre. L’érosion jusqu’au désespoir du niveau de connaissances, les rangements structurels et le déploiement par le pouvoir par l’entremise de ses démembrements satellitaires boucleront la boucle. Une longue boucle dont personne n’envisageait la fin, à l’instar de ce qui a été « réussi » sur tous les segments de la vie nationale. Et s’il faut aujourd’hui chercher des explications à la résurrection de l’université et la renaissance de l’étudiant tel qu’on l’a toujours imaginé et… aimé, c’est sûrement dans la totalité du sursaut populaire qui a émerveillé au-delà de nos frontières. Pour autant, cela ne veut nullement dire que les étudiants n’ont pas de mérite particulier dans la consistance de la révolte. Bien au contraire, ils sont aujourd’hui sa sève. Par l’épaisseur, le volume de leur apport en troupes, la persistance de leur régularité, la force de leur détermination et surtout par leur niveau d’organisation, les étudiants sont en train de tirer vers le haut une mobilisation populaire qui manque à des endroits de cohérence et de lisibilité. En donnant un jour d’appoint au vendredi, en reprenant les mots d’ordre les plus lucides et surtout en révélant des embryons d’organisations les plus prometteurs, ils s’inscrivent déjà dans la durée. Ils sont l’esquisse d’une société qui se structure déjà dans la perspective de l’aboutissement.
S. L.

 

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