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Constances

Les jours after, au resto

Publié par Slimane Laouari
le 12.05.2021 , 11h00
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On fait quoi après l’Aïd ? On commence par aller au resto… comme tout le monde. On le savait déjà mais la dernière (terrible) épreuve subie par l’humanité vient de le confirmer et le réaffirmer : le resto est non seulement une belle invention mais une merveille de la vie dont les humains ne sauraient se passer. Allez faire un micro-trottoir mondial et vous serez édifié sur ce qui a manqué le plus aux femmes, aux hommes et, dans une moindre mesure, aux enfants qui, eux pour des raisons évidentes, préfèrent les parcs d’attractions. Des endroits où on trouve généralement des restaurants par ailleurs. Revenons quand même aux conditions objectives qui nous ont éloignés de ces magnifiques espaces tout de bonheur. La première est que le pays renonce de plus en plus à ce qui fait la belle vie, la détente et la récupération de l’effort. L’espace public étant livré au fait accompli obscurantiste, ne subsistent que des îlots de résistance qu’on regarde tous les jours avec des yeux qui en disent long. Nous sommes peut-être le seul pays au monde où on se demande, quasiment impuissants et résignés, quand tel ou tel lieu agréable et un tant soit peu accessible… va-t-il fermer ! Non seulement, il n’y a plus beaucoup de restos mais il n’y a plus beaucoup de monde pour aller dans ce qui reste comme espaces du genre. Par habitude perdue, par manque de moyens et même parfois par… peur. S’agissant de « l’habitude », on sait que tous les Algériens n’étaient pas vraiment préparés à faire de la… résistance, voire militer pour pouvoir aller au resto. Pour beaucoup, la majorité peut-être, quand quelque chose cesse d’être normal, naturel, il cesse d’être tout court. Ce n’est donc ni un renoncement ni une abdication, c’est ainsi et c’est tout. Pour les moyens, l’argumentation est plus simple, à portée de main : depuis deux décennies, on assiste à une érosion du pouvoir d’achat des Algériens comme jamais. C’est cela la vraie vie en dépit des illusions naïvement intégrées ou entretenues à dessein, selon lesquelles le pouvoir politique « arrose » socialement les Algériens pour se maintenir. Il y a enfin la peur, réelle, même si elle peut susciter le sourire narquois des perspicaces à qui on ne la fait pas. La peur n’est pas spécialement dans le geste précis qui consiste à aller déjeuner ou dîner au resto. Elle est perceptible dans une mutation générale du mode de vie, autrement plus importante dans son volume et plus grave dans son niveau de régression. Pour la conjoncture précise, nul n’ignore que la situation pandémique, le contexte politique et l’après Ramadhan ne font qu’accentuer un état des lieux déjà pas très brillant. Saha aïdkoum. Et bon appétit… sait-on jamais.

S. L.

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