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Les risques majeurs sont-ils… mineurs ?

Selon une information parue dans «Périscoop» du Soir d’Algérie, le ministère de l’Enseignement supérieur a décidé de fermer la filière «Gestion des risques majeurs» de l’université de Mostaganem. On ne sait pas s’il existe d’autres départements de formation dans la spécialité au sein d’autres universités du pays mais on sait déjà qu’une filière d’enseignement fermée, ce n’est jamais un bon signe. Surtout quand elle est censée offrir des compétences dont le travail est directement lié à des créneaux novateurs dans lesquels le pays accuse déjà un retard abyssal. Comme on ne sait pas non plus si cette spécialité de l’université de Mostaganem est dédiée à un domaine précis, voyons, en spéculant à peine, si ce que suppose cette décision peut être compréhensible. Parce que d’emblée, ça fait sourire en coin, en imaginant le premier message que la mesure nous suggère. Et peut-être bien rêver, en espérant pouvoir partager le bel optimisme qui en fait la quintessence. Voilà, imaginons et rêvons que le pays soit, si ce n’est entièrement, du moins en partie, à l’abri des risques naturels (majeurs). Imaginons et rêvons d’une Algérie où il peut… pleuvoir sans l’angoisse des catastrophes souvent douloureuses et parfois dramatiques. Pensons aux séismes dont l’ampleur des dégâts matériels et humains est toujours le résultat de négligences criminelles, de constructions loin des normes basiques, de l’inexistence de dispositifs de prévention et même de la… gestion des jours d’après. Voyons si un jour, on pourra passer une semaine sans accident grave qui coûte la vie à des algériens qui ont eu la mauvaise idée de… prendre la route. Essayons de concevoir une année sans épidémies de maladies dont on nous ressasse l’éradication depuis un demi-siècle. Parlons un peu de la prospective économique et posons les bonnes questions sur notre avenir immédiat en matière de développement : pouvons-nous envisager des réponses convaincantes et du coup rassurantes ? Songeons aux perspectives politiques qui se profilent à l’horizon dans notre pays en ébullition et concédons que l’Algérie est entre de bonnes mains, que tout est prévu pour un avenir radieux, sans… risques majeurs. Si c’est cela que suppose la fermeture de la filière «Gestion des risques majeurs» de l’université de Mostaganem, ça fait toujours sourire en coin. Sinon, ce n’est pas moins inquiétant. Parce qu’en fait, le gros risque, c’est d’y croire, au point où en sont les choses. Il a plu ces derniers jours, des hommes en sont morts, l’économie est à l’arrêt et en la matière, l’audace et l’imagination ne sont pas au pouvoir. Les perspectives politiques sont incertaines et il n’y a pas qu’un département de campus qu’on ferme. On peut rêver bien sûr, mais en pensant aux bonnes raisons de le faire.
S. L.