Rubrique
Constances

Les Suisses d’Algérie

Publié par Slimane Laouari
le 17.10.2019 , 11h00
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Ils ne sont ni pour ni contre, bien au contraire. La formule est peut-être usée, pas eux. Le pays est en ébullition, assis sur un brasier, pendant qu’une armée de Suisses algériens regarde faire et dire dans une « neutralité par endroits affligeante et à d’autres plutôt drôle. Il arrive qu’ils rôdent le vendredi à des heures « inclassables ». A neuf heures du matin sur la rue Didouche ou dans ses ruelles adjacentes, on n’a pas idée de se poser toutes les questions sur la présence de quelqu’un, en tout cas pas celle qui consiste à se demander les raisons qui ont fait sortir un quidam hors de chez lui. Eux, ils le savent, alors ils y vont de leur pas sans trajectoire, le regard vague et la mine décontractée. Ils ne sont ni enthousiastes ni inquiets mais on croit toujours déceler dans leur démarche une certaine prudence suggérant qu’ils sont là par hasard, en tout cas pas pour les mêmes raisons que les Algériens… normaux qui, eux, savent pourquoi ils rejoignent chaque vendredi, à des instants précis et réguliers, les points de ralliement du pays en colère. Aux premières heures de la matinée, ils peuvent traîner le couffin des courses, s’attabler un instant à une terrasse ou même faire la causette à un policier sur un pan de trottoir. Ils ont le kit complet de ceux qui veulent montrer à qui veut bien le savoir, qu’ils sont au-dessus de la mêlée. Sinon, plus tard, il y a quelques tapis de prière sur l’épaule pour indiquer qu’il y a plus important que tout le reste. Le soir, quand les clameurs sont tues et l’heure des bilans a sonné, ils retrouvent toute la verve, toute l’éloquence de ceux qui ont tout compris et la perspicacité roublarde de ceux à qui on ne la fait pas. Alors, ils racontent la journée des braves vécue dans leurs balcons fleuris ou face aux télés qu’ils sont les seuls à regarder. Ils ont tout vu, tout entendu mais ils peuvent en penser la chose et son contraire. Tour à tour, avec une égale assurance, ils peuvent s’en prendre aux manifestants et aux policiers. A ceux qui sont en prison et ceux qui les ont mis en prison. A ceux qui ont bloqué l’autoroute et ceux qui ont réussi à contourner les barrages. Ils peuvent donner raison à Karim Tabbou et encenser Ibitisssam Hamlaoui, accabler dans les mêmes termes et sur le même ton ceux qui sont pour les élections et ceux qui sont contre. Ils sont les Suisses et les… couteaux suisses d’Algérie. Ils sont «neutres», alors ils peuvent se découvrir toutes libertés, tant qu’ils auront l’arme fatale en main. Mais ils sauront toujours arrondir les angles, dans un sens comme dans un autre. Ils ont tout, sauf le sens du risque. Ils ont les vrais chiffres, les vraies informations, les vraies conclusions et les vraies… prophéties. Quand toutes les clameurs se seront tues, ils auront forcément raison, puisqu’ils peuvent sortir la chose ou son contraire.
S. L.

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