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L’image coupable

Là où on aurait pu attendre des comptes du ministre de la Santé en premier, c’est le wali de Blida qui a fait les frais du scandale du choléra. Le préfet de la capitale de la Mitidja n’est peut-être pas un exemple de compétence et de dévouement au point où on pourrait songer à l’exonérer de sa part de responsabilité dans l’affaire. D’abord, parce que d’une manière générale, nous avons appris à ne plus croire aux extraterrestres. Ensuite, parce qu’on l’aurait su. Si c’était le cas, on n’en serait peut-être même pas là. Enfin, parce qu’on nous a tellement ressassé que tout le monde est coupable dans l’histoire qu’on a fini par le croire. 
Tout le monde est responsable, donc personne n’est responsable ? Il y en a un, manifestement. Le tout est de savoir de quoi. Comme on ne nous le dira jamais, on n’a pas d’autre choix que de se donner sa propre explication à partir de ce qu’on sait. Ou pour être plus juste à partir de… ce qu’on n’a pas pu nous cacher. 
En visite dans un hôpital, le wali de Blida a été surpris par une caméra et un micro. Sur l’image diffusée par une télé privée, on voit le haut fonctionnaire de l’Etat parler à une malade à travers une grille qui n’a manifestement pas suffi à le rassurer sur une possible transmission de la maladie. Il a donc tenu à se tenir à distance respectable de la bonne femme qui en avait gros sur le cœur et insistait donc pour se faire entendre. Mais ce n’est pas parce qu’on a vu des images qu’on a tout compris. Même à partir de ce qu’on n’a pu nous cacher, on n’a pas forcément la bonne explication. Se pose alors cette question, dont on ne peut pas faire l’économie : le wali de Blida a été viré parce qu’il n’a pas eu le comportement qu’on pouvait attendre d’un responsable face à une malade en détresse ou parce qu’il n’a pas pu… le cacher, compromettant ainsi un dispositif de «communication» qui consiste simplement à ne rien nous dire parce que la vérité est encore plus inquiétante que ce qu’ils ont laissé échapper à leur corps défendant. Parce que tous comptes faits, on n’a pas l’habitude de voir des fonctionnaires à ce niveau de responsabilité limogés parce qu’ils ont manqué de considération envers un citoyen. Il aurait choisi de rester chez lui et éviter cette visite, il serait certainement encore en poste. Et puis, personne n’a encore oublié cette accommodante hiérarchie : le Président est merveilleux, c’est le Premier ministre qui pose problème. 
Le Premier ministre fait beaucoup de choses, c’est le ministre qui se la coule douce. Le ministre est compétent, l’ignare, c’est le wali. Le wali essaie de changer les choses, les blocages sont au niveau du maire… 
Cette classification malheureusement intégrée dans l’opinion est déjà de rigueur en «temps» normal. Il n’y a aucune raison pour qu’elle ne soit pas convoquée en ces moments de tumulte. Aujourd’hui, c’est un wali qui trime. Demain un autre, au niveau de responsabilité que dicteront les circonstances.
Le statu quo est sauf.
S. L.